UN CHâTEAU EN ENFER
Castle Keep - Etats-Unis - 1969
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Un Château en enfer »
Genre : Guerre
Réalisateur : Sidney Pollack
Musique : Michel Legrand
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 107 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 31 mai 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Un Château en enfer »
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LE PITCH
Belgique, seconde guerre mondiale. Un groupe de soldats américains à bout de force, désabusés, trouve refuge au sein d’un château du Xème siècle abritant une collection d’oeuvres d’art inestimables.
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L'art de la guerre

1969. Alors qu'il n'est encore qu'un très jeune cinéaste (avec seulement quatre films à son actif), Sydney Pollack entreprend la réalisation d'un film de guerre pas comme les autres. Décor inhabituel, casting hétéroclite, scènes surréalistes, le tout sur une musique de Michel Legrand. Un Château en Enfer est une œuvre rare, précieuse, et une sacrée expérience, comme seul le cinéma des 70's était capable d'en proposer. Et Rimini Editions a la bonne idée de la sortir chez nous dans une version bleue restaurée.

A l'origine du film, le roman de William Eastlake, Castle Keep, qui raconte un épisode de ce que vécut réellement l'écrivain lors de la seconde guerre ; une halte dans un vieux château belge rempli d'oeuvres d'art, dans l'attente (longue) d'une éventuelle attaque de l'armée du IIIème Reich, à deux doigts de la reddition. Un récit semi-autobiographique donc, qui interroge de manière philosophique sur la cruauté de l'âme humaine et ce qui l'en éloigne aussi le plus : l'Art. Une approche qui va être au coeur du film de Pollack, comme celle de conserver l'ensemble de son casting cosmopolite, des soldats américains aux origines et professions variées : un boulanger d'origine italienne (Peter Falk), un historien de l'art (Patrick O'Neal), un écrivain (Al Freeman, Jr.), l'ensemble dirigé par le Major Falconer (impressionnant Burt Lancaster), monolithe borgne (bandeau sur l'oeil à l'appui) qu'on sent fatigué par cette guerre mais prêt à tout pour défendre la position de son unité. Dussent le château et toutes ses œuvres d'art être réduits à néant. Face à eux, le Comte de Maldorais (Jean-Pierre Aumont), aristocrate belge vivant seul dans le domaine familial avec sa jeune nièce. Un châtelain qui accueille les soldats, malgré les dangers que sous-entendent leur présence, mais conserve une aura mystérieuse, mal définie, comme s'il pouvait lui aussi représenter un potentiel danger.
Un cadre, un casting et un début d'intrigue plutôt inhabituels pour un film de guerre donc, et qui vont encore l'éloigner un peu plus des frontières du genre en y ajoutant un nombre invraisemblable de scènes singulières entre onirisme, surréalisme et baroque.

 

Quand les flutes attaquent


Si l'introduction d'Un Château en Enfer (des soldats, la seconde guerre mondiale, un château) fait immanquablement penser à la cultissime Forteresse Noire de Michael Mann (sortit près de quinze ans plus tard!), son rapprochement s'arrêtera là. Point de forces obscures ni de vieilles pierres gothiques ici, mais tout simplement quelques hommes perdus loin de chez eux, dans un contexte surréaliste, à la recherche d'un point d'ancrage susceptible de les préserver de la folie. Ainsi, dès leur arrivée au château, les hommes à bout de force, tous agglutinés sur un véhicule trop petit pour eux, commencent à réfléchir à une façon d'occuper leur temps : l'écrivain pense au titre du livre qu'il écrira de leur histoire (Castle Keep donc), l'historien pense à une pièce de théâtre à monter, le major Falconer, lui, finit rapidement dans les bras de la nièce de leur hôte (qui est aussi son épouse : il faut tenter coûte que coûte de donner un nouvel héritier aux Maldorais!) tandis que d'autres trouvent des occupations tout aussi éloignées de cette guerre certes mises en sommeil mais dont la menace plane toujours. Le boulanger se rend au village le plus proche et devient... boulanger (la femme du boulanger absent l'accueillant à bras ouverts comme s'il était parti la veille), d'autres visitent le bordel du coin, un autre soldat (le jeune Scott Wilson) découvre une voiture (une Volkswagen, marque allemande) et en tombe amoureux (!)... Le summum étant atteint lors d'une scène à l'étrange singularité où un soldat tente de reproduire, sans succès, un air à la flûte, et trouve une aide inattendue auprès d'un soldat allemand dissimulé dans un fourré qui lui répond lui aussi avec une flûte, avant d'être abattu sans sommation.

 

L'armée des ombres


Au départ Un Château en Enfer était bien parti pour devenir un film de guerre comme les autres (surtout dans l'esprit de son acteur principal). Finalement, Sydney Pollack, Daniel Taradash (scénariste de Tant qu'il y aura des hommes ou du méconnu mais très bon Morituri) et David Rayfiel (qui accompagnera Pollack durant presque toute sa carrière) en font une expérience inédite, originale et sacrément déstabilisante. A tel point qu'on est parfois plus trop sûr de savoir ce qu'est le film. Un pamphlet anti militariste ? Il y a de ça, d'autant qu'un peloton d'objecteurs de conscience (mené par Bruce Dern) y fait plusieurs apparitions (encore une fois décalées), mais le réduire à cette seule définition serait l'enfermer dans une case bien trop étroite pour lui. Une étroitesse dont le formidable travail de Michel Legrand l'éloigne à de nombreuses reprises, tantôt sur des rythmes jazzy lorsque les soldats s'engouffrent dans l'antre baroque du bordel, tantôt sur des airs doux et légers lorsqu'ils se reposent dans le château et surtout sur des notes plus dramatiques (magnifique thème central qui reste longtemps en tête) dès que la menace ennemie, invisible mais bel et bien présente, réapparaît. Jusqu'au final, apocalyptique, où l'oeuvre revêt enfin ses atours de film de guerre plein de bruit et de fureur et donne la preuve, irréfutable, que Sydney Pollack, à l'aube d'une carrière monumentale, possédait déjà tous les talents.

Surréaliste, onirique, philosophique, décalé... Les adjectifs ne manquent donc pas pour qualifier cette étrange film de guerre venu d'un autre temps. Un temps où les producteurs ne craignaient pas de proposer des œuvres subtiles qui pouvaient nécessiter plusieurs visionnages, pour en percer tous les mystères, en saisir toutes les nuances. Par la grâce du bluray, il est plus que jamais temps de s'y perdre.

Laurent Valentin








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Image :
Une copie pas exempte de défauts et qui manque souvent d'éclats : la neige semble répondre au gris du ciel, les contrastes semblent même parfois mal définis, mais ce résultat participe finalement à l'atmosphère étrange et même parfois éthérée du film. A noter tout de même une griffure au milieu de l'écran qui suit les personnages pendant plusieurs scènes au 3/4 du film.

 


Son :
Oublié le DTS HD Master audio 4.0 sorti chez les Anglais de Powerhouse en 2017. Pour nous, la simple stéréo d'origine suffira. Reste que le résultat final reste très correct et n'handicape jamais l'univers sonore du film, en particulier le score de Michel Legrand et la bataille finale, nerveuse et tonitruante.

 


Interactivité :
De l'édition double galette anglaise bourrée à craquer de bonus alléchants (entretiens avec William Eastlake, Sydney Pollack, Burt Lancaster) il ne reste rien. Rimini a fort heureusement pallié cette regrettable absence en appelant à la rescousse quelques spécialistes (Samuel Blumenfeld du Monde, le producteur Yves Chevalier et l'historien du cinéma Christian Viviani). Sous la forme de deux entretiens, les trois appelés reviennent sur la genèse du film, la rencontre entre Lancaster et Pollack (à l'occasion du tournage du Temps du Châtiment de John Frankenheimer) et la réception, plutôt tiède côté public, que reçu Un Château en Enfer. Intéressant, même si on aurait préféré entendre les principaux intéressés.

Liste des bonus : Une peinture signée Pollack (39 mn), interview de Samuel Blumenfeld, journaliste au Monde, et Yves Chevalier, producteur, Un château en enfer, art ou action (20 mn), interview de Christian Viviani, professeur à l'université de Caen Normandie

 
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