VIJ OU LE DIABLE
Viy / Вий - Russie - 1967
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Vij ou le diable   »
Genre : Horreur
Musique : Karen Khachaturyan
Image : 1.33 4/3
Son : Russe et Français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 76 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 6 juin 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Vij ou le diable   »
portoflio
LE PITCH
Trois jeunes séminaristes quittent leur monastère pour partir en vacances. La nuit, ils se font héberger par une fermière qui se révèle être une sorcière. Khoma l’empoigne et la laisse pour morte, après qu’elle se soit transformée en jolie jeune fille. Sous la pression de la famille, le recteur oblige Khoma à passer trois nuits auprès de la défunte afin de prier pour son âme. Il va vivre trois nuits d’épouvante jusqu’à l’apparition de VIY, le démon et maître des Gnome...
Partagez sur :
Les Longues nuits de l'exorcisme

Longtemps resté un cas unique en tant que film d'horreur russe, Vij ou le diable fut aussi l'un de ces grands sommets du cinéma gothique des années 60 brassant les croyances d'autrefois pour les exhorter à des visions cauchemardesque visionnaires.

Adaptation assez fidèle dans les grandes lignes d'une très célèbre nouvelle fantastique de Nikolay Gogol, Vij va directement piocher son univers dans le folklore slave, et plus précisément ukrainien, pour délivrer un conte (a)morale qui porte immédiatement la marque de son auteur. Un mélange de descriptions réalistes de la campagne de son époque - toujours aux lisières de la chronique paysanne acerbe - et d'évocations plus fantastique qui permettent aux mythes et légendes locales de prendre corps dans une ferme isolée, véritable catharsis des craintes et folies de l'écrivain. Une vision de l'épouvante profondément ancrée dans les instincts primaires de l'humanité, faisant alors régulièrement échos aux voisins transylvaniens, aux lointains démons japonais, plus qu'aux fétichistes valeurs chrétiennes. Et c'est d'autant plus perceptible dans ce long métrage crédité aux jeunes, et rapidement oubliés, Konstantin Ershov et Georgiy Kropachyov, mais qui fut essentiellement dirigé, on le sait, par le célèbre Aleksandr Ptushko (La Fleur de Pierre, Le Conte du Tsar Saltan). Nommé dans le générique au poste de coscénariste, directeur artistique (magnifique) et responsable des effets spéciaux (fabuleux), c'est clairement lui qui donna à cette fable les atours d'une lente mais implacable chute vers un cauchemar terminal.

 

les nuits avec mon ennemie


Pour cela, Vij ou le diable prend intelligemment son temps, suivant avec un ton presque aimable les mésaventures de ce brave séminariste, trop désinvolte et gourmand, qui pour s'être défendu d'une sorcière le chevauchant et l'entrainant dans les airs, doit veiller le corps redevenu beau et jeune de la demoiselle pendant trois nuits. Une évocation ironique d'une castration aussi grotesque que progressive du brave jeune russe que l'on nous décrit possible que par son apathie et son acceptation de croyances populaires d'abord ridicules, puis de plus en plus concretes et impressionnantes. En l'occurrence les trois fameuses nuits où, retranché derrière un cercle à la craie et brandissant son livre de prières, le séminariste tente de résister aux assauts d'une revenante se contentant de frapper à ces murs invisibles, puis s'enhardissant en faisant voler son cercueil avant de déchainer dans un final spectaculaire et terrifiant pour l'époque, croisement halluciné entre le segment La Nuit sur le mont chauve de Fantasia, la saga des Yokai de la Daei, les explosions de couleurs d'un Mario Bava et les visions infernales d'un Hellraiser. Inoubliable, cette terrible montée en puissance porte à nouveau la signature Ptushko, autant visible dans chaque composition de plan aux airs de tableaux complexes et évocateurs à la Eisenstein, et la multitude de trucages malins, de trouvailles visuelles et de maquillages monstrueux et outrés. Malgré ses faux airs d'épouvante classique, traditionnelle, Vij ou le diable est l'un de ces jalons incontournables vers un cinéma d'horreur plus insidieux, plus dérangeant et psychologique, dont on va retrouver des traces dans les recoins les plus inattendus. Par exemple, à peine six ans plus tard dans la chambre d'une jeune fille possédée par un certain Pazuzu.

Nathanaël Bouton-Drouard




Partagez sur :
 

Image :
Profitant d'un un tout récent scan 2K du négatif original, Vij nous parvient grâce aux bons soins d'Artus Films avec un master de très haute qualité. La restauration est absolument exemplaire et ne laisse que très rarement transparaitre les années passées, et ce même dans les plans composites, tandis que la palette de couleurs retrouve toute sa chaleur et son intensité. Un cadre idéal pour imposer une définition sensible venant souligner un grain de pellicule harmonieux et naturel, de très agréables reflets argentiques et des compositions tout en profondeur.

 


Son :
Plus sobres, les pistes mono d'origines ont, elles aussi, connu un rafraichissement salutaire. La version russe se déguste avec beaucoup de rondeur et de netteté. Le doublage français fait lui un peu trop moderne dans certaines intentions pour ne pas provoquer de légers décalages.

 


Interactivité :
Proposé avec le désormais habituel, mais toujours aussi apprécié, Mediabook classieux, Vij va pouvoir se glisser directement aux cotés du précédent Le Conte du Tsar Saltan. On retrouve d'ailleurs le même Nicolas Bonnal aux commandes de l'excellent livret de 60 pages piqué dans la reliure. Un document à l'écriture plutôt libre qui passe allègrement de l'analyse freudienne du film aux évocations biographique de Gogol, aux ramifications avec le cinéma d'horreur moderne. Des pistes très intéressantes et exposées avec décontraction. Les disques proposent eux aussi leur petit bonus vidéo avec les interviews croisées de Stéphane Derderian et Christian Lucas qui évoquent les différences entre le texte et ses exploitations sur grand écran. Un peu fouillis parfois.

Liste des bonus : Le livre (64 pages) rédigé par Nicolas Bonnal : « L'épouvante selon Nicolas Gogol », De l'écrit aux écrans, par Stéphane Derderian et Christian Lucas (18'), Galerie d'affiches et de photos, Générique français.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020