EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES
Emanuelle e gli ultimi cannibali - Italie - 1977
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Genre : Horreur
Réalisateur : Joe D’Amato
Musique : Nico Fidenco
Image : 1.85 16/9
Son : Français et italien Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 93 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 7 juillet 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
A New York, Emanuelle mène une enquête dans un hôpital psychiatrique quand elle voit une patiente dévorer le sein d’une autre. La dévoreuse possède une marque sur le ventre, un signe d’appartenance à une tribu de cannibales. Sentant le sujet d’un reportage sensationnel, Emanuelle s’entoure d’une équipe pour aller mener une expédition au cœur de la forêt amazonienne.
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L'Appetit vient en mangeant

Symbole absolu de l'opportuniste forcené du cinéma d'exploitation italien et de ses déviances les plus bis, le presque culte, et surtout cul, Emanuelle et les derniers cannibales fut l'un des incontournables des rayons cachés des vidéoclubs de quartiers. Et quarante ans après c'est toujours aussi magique. Mais est-ce le bon terme...

On dit souvent que le cinéma italien de la belle époque était une véritable machine à avaler et digérer le moindre succès, la moindre mode qui passait le bout de son nez. A ce titre, la révolution sexuelle et sociétale que provoqua le pourtant très chiant Emmanuelle de Just Jaekin ne pouvait pas rester sans conséquence et fut, dès l'année suivante transformé en aventure érotique pour journaliste globe-trotteuse avec Emanuelle Nera (notez la disparition d'un « m »), ou Black Emanuelle en Afrique chez nous, évocation beaucoup plus libertaire et décomplexée des aventures sexuelles d'une Laura Gemser joyeusement exposée. Du cinéma gentiment érotique et relativement sage, auquel dès le suivant Black Emanuelle en Orient, le stakhanoviste pervers Joe D'Amato (Anthropophagous, Emmanuelle et Françoise) va apporter sa petite touche personnelle en soupoudrant le tout d'évocations beaucoup plus malsaines et violentes. Une variation qui, après avoir culminé dans le totalement déviant Black Emanuelle en Amérique mélangeant fesse légère, viols, tortures et snuff movie avec insertion de plans totalement pornos, franchit une nouvelle frontière avec l'improbable Emanuelle et les derniers cannibales.

 

apéritif dinatoire


Un temps connu chez nous sous le titre bien plus putassier de Viol sous les tropiques, le cinquième opus d'Emanuelle Nera délaisse gracieusement le caviardage hardcore, mais préserve bien entendu la substantive moelle de la série. Soit une nouvelle aventure exotique de cette accueillante journaliste de l'extrême, qui va traverser la jungle amazonienne à la recherche d'une tribu anthropophage. Un prétexte dans la première grande moitié du film à de nouvelles parties de jambes en l'air décomplexées avec le vrai partenaire de Gemser, Gabriele Tinti (L'île mystérieuse), mais aussi avec la Milf Susan Scott (aka Nieves Navarro) qui s'offre à un sherpa toujours prêt à rendre service, et surtout avec la charmante blondinette Monica Zianchi. Un érotisme de bon aloi, qui oscille entre le voyeurisme plutôt excitant lorsque cette dernière se caresse en zieutant les ébats de la belle Emanuelle, le ridicule lors d'une séance de touche-pipi pataud aux abords d'une cascade et le bizarre lorsque Gemser tripote une patiente cannibale vorace pour la détendre un peu. Construit comme un puzzle bizarre où d'Amato explore autant son amour du cul que ses méthodes bisseuses éprouvées par la mode des douteux Mondo pour nous faire croire à un tournage au Brésil à coup de stock-shots granuleux, de figurants philippins mal déguisés et l'apparition d'un chimpanzé clépto très éloigné de son Afrique natale.

 

main course


Bercé par les musiques pop électro-lounge d'un Nico Fidenco savamment sensuel, l'essai aurait déjà les galons d'un bijou du bis si la mode des films de cannibales n'était pas passé par là. Suite au carton d'un certain Le Dernier Monde cannibale de Ruggero Deodato, l'Italie se passionne pour les peuplades anthropophages et les délires sanglants qu'ils peuvent provoquer à l'écran, et d'Amato va s'en donner à cœur joie faisant bifurquer le métrage vers le pur film du genre avec un dernier tier traversé d'empalements, de poitrines arrachées, de tripes à l'air, de dégustations gourmets, de corps coupés en deux et de cadavres pourrissant avec bien entendu, en point d'orgue, un viol collectif annonçant un sacrifice ultime. Si techniquement on verra bien pire et plus convaincant dans les années suivantes, cette cohabitation constante entre les genres, entre les caresses sirupeuses et la barbarie bisseuse, donne une couleur très particulière à ce Emanuelle et les derniers cannibales : bien loin de l'univers vaporeux de la glaciale Sylvia Kristel toujours à la lisière du gros nanar qui tache (ces dialogues !). Un film d'exploitation qui exploite tout. C'est aussi un nouveau pas franchi par Joe d'Amato qui ira par la suite creuser plus que de raison ce sillon sordide avec des pelloches comme Sesso Nero, Porno Holocaust ou Caligula La Véritable histoire. La naissance d'un auteur en somme.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
A force de tirer ses films vers le Mondo, le brave Joe d'Amato aura finalement réussi à souffrir des mêmes soucis techniques que ces derniers : entre les stock-shots et les vieux bouts de pellicule mal préservés les copies de films comme Emanuelle et les derniers cannibales sont aujourd'hui très abimées, affichent un grain souvent éclaté et des teintes instables. Retravaillé à partir d'un scan 2K d'une copie à la source (pas le négatif c'est sûr), le master dont dispose Artus Films est sans doute ce que l'on pouvait faire de mieux : l'image est relativement propre, la colorimétrie s'accroche aux murs pour rester stable et la définition tente vaillamment d'offrir un peu de coffre à l'ensemble. Très inégal, le visionnage alterne des plans franchement fluctuants (petites taches, glissements vers le verdâtres, cadres flous) avec d'autres bien plus percutants, mais reste une gageur par rapport à ce que l'on avait vu jusque-là. Et puis l'absence visible de retouches numériques permet de préserver ce petit coté craspec qui va si bien au film.

 


Son :
Sobrement disposé en Dolby Digital, les petits monos d'origines résonnent plutôt pas trop mal. La clarté constante et le petit équilibre sobre font leur effet avec un confort d'écoute sans gros reproches (quelques saturations mais rien d'étonnant) et une belle valorisation des compositions de Nico Fidenco. Le doublage français, totalement désincarné, à la masse et à l'humour totalement involontaire devrait rappeler quelques bons souvenirs aux nostalgiques...

 


Interactivité :
Proposé sous la forme d'un toujours aussi élégant Mediabook made in Artus, Emanuelle et les Derniers cannibales se donne de grands airs avec son visuels aguicheur et son excellent livret de 60 pages rédigés par Mr David Didelot (Videotopsie) qui démontre une nouvelle fois ses talents d'écriture en retraçant la grande et belle aventure des Black Emanuelle au cinéma. S'amusant manifestement beaucoup des dérivés pas toujours officiels et des changements de titres intempestifs, s'affolant aussi, forcément, à l'évocation de la plastique de Laura Gemser et certaines de ses partenaires. Délicieux (comme dirait l'autre), et l'homme est en verve puisqu'il revient dans un supplément vidéo pour résumer avec brio la carrière déroutante de d'Amato, et sa fascination inextinguible pour le cinéma et l'érotisme. Si l'édition américaine proposait quelques interviews inédites des membres du casting, nous on a Didelot et pas sûr du tout qu'on y perde au change.

Liste des bonus : Livret 64 pages rédigé par David Didelot : Emanuelle au pays du sexe... et du sang, Joe d'Amato, par David Didelot, Diaporama d'affiches et de photos, Bandes-annonces.

 
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