PHASE IV
Royaume-Uni, Etats-Unis - 1974
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Genre : Science-fiction
Réalisateur : Saul Bass
Musique : Brian Gascoigne
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 83 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 17 juin 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Phase IV »
portoflio
LE PITCH
Des fourmis du désert se regroupent subitement pour constituer une intelligence collective et déclarent la guerre aux humains. C’est à deux scientifiques et une fille qu’ils ont sauvé des mandibules des fourmis qu’échoue la mission de les détruite.
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Ant-é

Designer de génie ayant remodelé la communication cinématographique par ses affiches symboliques inoubliables, puis transformé les laborieux génériques d'ouverture en introductions virtuoses, Soul Bass n'aura finalement signé qu'un seul et unique long métrage : Phase IV. Un essai vendu comme une simple série B d'horreur, mais qui reste l'un des plus extraordinaires films de SF des années 70.

Si l'on connait de lui ses ouvertures magistrales pour des films comme Autopsie pour un meurtre, Psychose (dont il aurait imaginé la fameuse scène de douche) ou Spartacus, Soul Bass a rapidement eu des ambitions cinématographiques, mélangeant dans ses courts métrages, parfois publicitaires, prises de vues réelles et animations, dans des exercices de montages sensitifs et sensoriels extrêmement pertinents. Après avoir pu mettre la main à la pâte comme réalisateur de second équipe sur Grand Prix (le générique là encore mais aussi toutes les courses de voitures...), Bass se voit enfin proposer la mise en scène d'un long métrage complet: un film d'invasion d'insectes, un film d'horreur avec des fourmis. Comme en atteste l'affiche choisie pour le film lors de sa sortie - superbe mais trompeuse main dévorée de l'intérieur par un terrible insecte sur fond d'apocalypse spectaculaire - il y aura dès lors une incompréhension certaine entre les attentes des commanditaires et ce que va en faire Soul Bass. Aidé de son scénariste Mayo Simon (Les Naufragés de l'espace, Les Rescapés du futur), il s'empare du concept initial pour tendre bien plus volontier vers la science-fiction engagée et réflective de son époque, tout à fait à sa place au milieu d'œuvre aussi ambitieuses et pertinentes que Soleil Vert, Silent Running ou Le Mystère Andromède. Avec celui-ci, il partage d'ailleurs la même approche extrêmement scientifique, suivant presque froidement les extrapolations du Dr Hubbs (Nigel Davenport) et son assistant (Michael Murphy) aux agissements inquiétants d'une colonie de fourmis vindicatives et particulièrement intelligentes.

 

la fourmi est l'avenir de l'homme


Pas de jump scare ici ou de grands effets provoquants la peur, Bass construit savamment son suspens et son atmosphère de plus en plus écrasante en charpentant presque mathématiquement ses plans aux multiples figures géométriques et en usant avec brio des séquences macros capturées par le génial spécialiste des insectes Ken Middleham (Des Insectes et des hommes, Mutations, Les Moissons du ciel). Ces dernières filmées à « hauteur » d'insecte et incorporées dans le montage complet à la même valeur que celles des acteurs humains, donnent une dimension à la fois monstrueuse et imposante aux fourmis, soulignant moins leur réalité, qu'une étrangeté et un comportement presque extraterrestre. Entre une séquence sidérante de sabotage, une attaque collective contre une mante religieuse, un voyage presque érotique sur le corps nu de Lynne Frederick et une récupération des morts exposés comme les cercueils des victimes du Vietnam, ces fourmis montrent presque plus d'humanité que leurs opposant humains, et Soul Bass administre le coup de grâce en renversant peu à peu le cadre transformant les scrutateurs en sujets d'expérimentations. Un équilibre qui tient sur un fil, entre intellectualisation brillante et émotion qui comme dans le modèle 2001 L'Odyssée de l'espace de Kubrick, manque un peu d'émotion, de faillibilité, mais opère l'un des plus pertinents et terrifiants rappels à l'ordre de la place de l'humanité sur cette petite planète.

Une réflexion portée par des images inaugurales presque mystiques décrivant pas à pas un désordre de l'écosystème grandissant et un message lointain, des figures géométriques trouvés dans champs, des monticules aux airs de monolithes, qui culminent dans un grands final dont il ne reste malheureusement dans le montage définitif (le film aura été sur-charcuté par la production) que quelques minutes à peine. Un final un peu expédié, mais déjà impactant, qui laisse une sensation assez nihiliste... Là où le montage complet (présenté en supplément sur l'édition), beaucoup plus fou, expérimental, psyché, hypnotique, mais compréhensible, induit une évolution nécessaire synonyme d'élévation et de symbiose avec l'ordre naturel. Quelques part entre Koyaanisqatsi et le grand opéra de 2001 (encore), entre le film d'anticipation écolo et la grande œuvre expérimentale, Phase IV est peut-être le seul long métrage de Saul Bass, mais c'est du pur Saul Bass.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Il n'existe à l'heure actuelle qu'un seul et unique transfert HD fourni par la Paramount qui n'a manifestement pas jugé opportun d'investir dans une restauration complète et poussée. Pas de de retour à la source, pas de nouveau scan, le remaster est uniquement passé par la case numérique avec une difficulté de taille en vue : les nombreux plans composites et effets de montage. Le cadre est donc assez propre dans les grandes lignes, mettant de coté plutôt efficacement les taches, traces et autres griffures, mais la gestion du grain n'est pas franchement impressionnante et surtout la définition manque de piquant. On notera aussi quelques effets d'halos sur les silhouettes, dues aux retouches numériques. Un peu décevant, la copie marque son âge, mais reste honorable, en particulier grâce à une colorimétrie bien plus maitrisée qu'autrefois.

 


Son :
Sans accrocs, les mono d'autrefois nous parviennent dans des DTS HD Master Audio qui assurent une nouvelle clarté et un confort d'écoute évident. L'ambiance sonore très travaillée du film reste constamment en avant et on n'aurait sans doute pas été contre pour une fois une tentative de redynamiser l'ensemble en 5.1 pour donner plus de coffre.

 


Interactivité :

15ème volume de la superbe collection Ultra Collector de Carlotta toujours limitée à 2000 exemplaires. Le visuel du coffret est parfaitement choisi reprenant le visuel de l'affiche tout en lui redonnant une esthétique bien plus proche de celle de Soul Bass. C'est d'ailleurs bel et bien lui qui est célébré tout au long de l'objet.

Que ce soit dans l'interview croisée des anglais Jasper Sharp et Sean Hogan, qui s'efforcent de donner un maximum d'informations sur le film et son auteur, mais aussi et surtout dans la présence des six courts métrages encore existants du monsieur. Donc The Searching Eye développé pour Kodak ; Why Man Creates et ses schémas libres sur la civilisation humaine et son pouvoir d'imagination ; Bass on Titles qui permet de redécouvrir quelques-uns de ses génériques les plus célèbres ; Notes on the Popular Art fantaisie à sketchs souvent humoristiques ; The Solar Film produit par Robert Redford pour mettre en avant l'énergie solaire alternative ; et enfin Quest, moyen-métrage de SF très ambitieux et métaphysique qui partage de nombreux points communs avec Phase IV. Plus de deux heures d'expérimentations cinématographiques, de recherches et trouvailles visuelles, de poèmes graphiques questionnant systématiquement la nature humaine.

A ces items répond directement la fin alternative de Phase IV, celle voulue au départ par Soul Bass, présentée en bonus (dommage de ne pas l'avoir réintégré dans un Director's Cut) et qui s'apparente à une certaine quintessence de son travail, mêlant toutes ses thématiques et ses obsessions visuelles dans un maelstrom fascinant et bien plus lumineux que celle préservée par le studio.

Complément idéal à ces bonus vidéo, l'ouvrage Phase IV, éclipse de l'humanité rédigé par Frank Lafond (enseignant et auteur du Dictionnaire du cinéma fantastique et de science-fiction), s'apparente à un making of extrêmement complet et précis, retraçant avec fort détail toutes les étapes du projet, explorant les différentes versions du scénario, les phases du tournage et les difficultés rencontrées avec la production. On imagine mal comment l'éditeur aurait pu faire une édition plus complète.

Liste des bonus : Le livre « Phase IV, éclipse de l'humanité » rédigé par Frank Lafond (200 pages), « Une vie de fourmi » : entretien avec Jasper Sharp et Sean Hogan (21'), Fin originale de Saul Bass (18'), 6 courts métrages de Saul Bass : « The Searching Eye » (1964, 18'), « Why Man Creates » (1968, 25'), « Bass on Titles » (1977, 34'), « Notes on the Popular Art » (1977, 20'), « The Solar Film » (1980, 10'), « Quest » (1983, 30').

 
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