LAURIN
Allemagne, Hongrie - 1989
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Image de « Laurin »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Robert Sigl
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 83 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 21 avril 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Laurin »
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LE PITCH
Mars 1901, dans un village portuaire allemand, Laurin, âgée d'une douzaine d'années, entend l'appel au secours, à la nuit tombée, d'un petit garçon qu'elle voit, depuis sa fenêtre, se faire enlever par un adulte. Au cours de la même nuit, Flora, la mère de Laurin, aperçoit sur un pont le corps inerte du garçonnet et le visage de son assassin ; on la retrouve morte au matin, son corps gisant au bas du pont. Le père de Laurin, marin, étant souvent absent, la fillette, en proie à d'é...
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La petite fille et la mort

Il n'y a pas que les pépites du cinéma de genre français qui sont exhumés par l'excellent Le Chat qui fume. Il y a aussi des exceptions comme Laurin, film fantastique diffusée deux semaine dans les salles allemandes, une fois à la télé locale et gentiment enterré, qui détonne sérieusement dans le paysage du cinéma moderne teuton.

Evoqué parfois au détour d'une conversation, d'un vague souvenir d'une osbcure projection vue dans un festival étranger ou de quelques lignes d'une revue de l'époque regrettant le manque de couverture médiatique que connait le film, Laurin est un film rare qui aurait pu définitivement disparaitre si quelques cinéphiles allemands ne s'étaient pas fendu il y a cinq ans d'un travail admirable de résurrection en restaurant l'objet avec soin et en lui offrant à la fois une sortie vidéo d'envergure mais aussi en faisant de nouveau circuler une copie cinéma. Quelque chose de l'œuvre miraculée qui ajoute certainement à l'aura de ce premier long métrage réalisé par un tout jeune Robert Sigl, à peine 24 ans et fraichement sorti de son école du 7ème art. Produit par l'Allemagne de l'ouest mais tourné pour des raisons pratique (les superbes décors) et budgétaire en Hongrie, Laurin cumule clairement les incongruités en affichant deux nationalités pas franchement enthousiastes sur les productions fantastiques et plus particulièrement horrifiques. L'autre incongruité est justement de ne pas aborder le genre avec une brutalité et une lourdeur toute germanique, optant plutôt pour un étrange poème gothique nourri de souvenirs fantasmatiques des mythiques productions Hammer et des obsessions morbides qui occupaient depuis longtemps l'esprit du réalisateur. Des visions de mort intimement liées à l'enfance et à cette découverte terrible de la rudesse du monde adulte. La passeuse de relais est donc ici une jeune fille Laurin, orpheline de mère, laissée souvent seule par un père marin, qui se croit visitée certains soir par le fantôme de sa maman, tandis que sa curiosité naturelle l'amène à découvrir le mystère des disparations d'enfants qui frappent régulièrement son village.

 

forever young


Certains y ont vu des influences de Mario Bava, de Dario Argento dans cette utilisation frappante d'éclairages ultra contrastés bousculant une réalité déjà bien fragile. On y verra certainement plus une fraternité européenne, surtout que l'essentiel de Laurin est beaucoup plus délicat, atmosphérique et réel que ses confrères italiens. Si Sigl évoque comme impulsion la découverte du flamboyant Le Bal des vampires de Roman Polanski, l'humour burlesque est ici absent, ce conte aux accents historiques (nous sommes en 1901) fait naitre le fantastique essentiellement par le regard de sa toute jeune narratrice. On retrouve là de cette étrangeté entre naïveté, appétit pour les détails et les jeux, et mélange constant de rêve et de cauchemar qui ont marqué d'autres sublimes, mais hors-normes, films sur l'enfance comme Paperhouse de Bernard Rose et L'Enfant miroir de Philip Ridley... et cette même terreur, tapie dans l'ombre ou dans la main faussement chaleureuse d'un adulte. Certes parfois l'interprétation générale dans un anglais incertain entame la crédibilité de quelque personnages et situations, mais le métrage fascine par sa capacité à donner corps à un microcosme tout en secret, en refoulé, en pulsions couvertes, qui ont naturellement données naissance à un monstre tueur d'enfant. Un croquemitaine que la petite Laurin, comme dans tout bon conte de Grimm, va devoir affronter directement dans son antre. Incroyable, devant la beauté des images, les cadrages et une photographie aux teintes à la Rembrandt, devant la richesse du film, de se dire qu'un tel objet est resté presque invisible aussi longtemps et n'a pas donné un autre échos à la carrière de Robert Sigl qui en dehors d'une participation remarquéz à la série Lexx aura dû se contenter de quelques téléfilms plus corsés (les deux slashers Jeux de massacre) entre un épisode de Alerte Cobra et de Tatort. Inutile de préciser que l'intérêt que suscité aujourd'hui Laurin a des petits airs de revanche.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Remasterisé il y a quelques années par l'éditeur allemand Bildstörung, Laurin nous parvient chez Le Chat qui fume avec les mêmes excellentes conditions. Effectuée à partir d'un négatif 35 mm, la restauration est admirable sur tous les points assurant déjà une propreté exemplaire, tout en mariant avec élégance une définition soutenue et un respect organique du grain de pellicule. Les cadres ont un cachet certain, aux reflets argentiques presque intemporels. Sensation que vient conforter une colorimétrie riche et soutenue, admirablement contrastée, révélant plan après plan la beauté de cette photographie gothique.

 


Son :
Inédit en France, Laurin n'est disponible ici que dans sa piste sonore internationale anglaise. Un exercice un peu difficile puisque les accents sont très présents avec parfois un manque de clarté dû à des acteurs répétant les dialogues en phonétique. Le mixage DTS HD Master Audio 2.0 n'a cependant rien à se reprocher, accompagnant le tout avec netteté et équilibre.

 


Interactivité :
Encore un édition très riche pour Le Chat qui fume qui a récolté ici la plupart des suppléments produits par l'éditeur allemand. Pour commencer des interviews des anciens jeunes acteurs Barnabás Tóth et Dorá Szinetár, manifestement toujours épatés de voir qu'on vient leur parler de cette œuvre devenue culte pour certain et une rencontre avec le directeur photo Nyika Jancsó qui revient sur sa collaboration avec le réalisateur Robert Sigl. Ce dernier est bel et bien présent à la fois lors d'une vidéo enregistrée pour la présentation du film à L'Etrange festival et dans une interview inédite enregistrée par l'éditeur français. Dans cette dernière tout particulièrement le réalisateur revient avec plaisir sur la naissance, difficile, de son film, ses influences, sa curieuse carrière et son retour sur le tard. Il y évoque aussi un montage « director's cut » impossible à rassembler aujourd'hui à cause de sources perdues. On peut toutefois en percevoir quelques scènes et images dans la collection de scènes coupées offertes, mais malheureusement en qualité VHS. L'ensemble s'achève par un making of promo d'épo pas inintéressant et le court métrage de fin d'étude de Siegl, Der Weihnachtsbaum, (restauré lui aussi pour l'occasion) curieuse fête de noël en tête à tête entre un père et son fils, joué par le metteur en scène.

Liste des bonus : Interview du réalisateur Robert Sigl (39'), Présentation du film à l'Etrange Festival de Paris 2019 (16'), Interview de l'acteur Barnabás Tóth (9'), Interview de l'actrice Dorá Szinetár (17'), Interview de Nyika Jancsó (directeur de la photographie) (15'), Court-métrage "Der Weihnachtsbaum" (19'), Making-of (9'), Scènes coupées (19'), Film annonce

 
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