OPéRATION PEUR
Operazione paura - Italie - 1966
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Genre : Horreur
Réalisateur : Mario Bava
Musique : Carlo Rustichelli
Image : 1.85 16/9
Son : Italien, anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 85 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 3 juin 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Opération peur »
portoflio
LE PITCH
Le village perdu de Karmingen semble frappé de malédiction : les habitants meurent les uns après les autres. Aidé par le docteur Eswai et une sorcière locale, l’inspecteur Kruger décide de mener l’enquête. Mais lorsqu’il se fait tuer, il est révélé que c’est le fantôme de Melissa, la défunte fille de la baronne de Graps, qui est responsable de ces meurtres en série. Ce qui entraine le Dr Eswai et ses compagnons dans un affrontement fatidique à la Villa Graps.
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Des yeux de poupée

Longtemps resté inédit en France, en l'occurrence jusqu'aux année 90, Opération peur est cependant pour beaucoup la quintessence de l'esthétique gothique de l'illustre Mario Bava. Une simple histoire de fantômes, mais qui aujourd'hui encore peut faire froid dans le dos.

Entamé en 1960 par le Masque du démon, le grand cycle gothique de Mario Bava, et du même coup l'effet de mode qui habita toute l'industrie italienne, touchait à sa fin six ans plus tard lorsque le cinéaste aborda Operazione paura - bien connu des anglophiles sous le titre bourrin de Kill Baby Kill ! - qui signait alors, inconsciemment sans doute, l'aboutissement de recherches visuelles, de motifs et d'une exploration poétique des troubles morbides. Pas de grande star internationale à l'affiche, un décor presque unique, des effets spéciaux réduits à quelques effets de montage, un budget tellement réduit que l'équipe acheva le film sachant qu'elle ne serait jamais payée... Et pourtant cette tension vers une épure nécessaire sert entièrement le métrage où la même simplicité du scénario (une vengeance venue de l'au-delà et c'est marre) permet à l'esthète de ce recentrer sur la construction des cadres, une éblouissante photographie mordorée et surtout une atmosphère incroyablement étouffante, macabre, transforment progressivement mais surement ce petit village isolé, enfermé dans ses anciennes croyances, en une porte vers le purgatoire.  Les habitants s'y estompent tandis que les ombres s'allongent, la nuit s'étend et les certitudes des deux protagonistes, Giacomo Rossi Stuart (Je Suis une légende avec Vincent Price) et l'icone bis Erika Blanc (La Vengeance de Lady Morgan, Si douces, si perverses...) se perdent dans un récit aux accents cauchemardesques.

 

puissance de l'abstraction


Un petit quelque chose du voyage psychanalytique dans cette utilisation récurrente d'un gigantesque escalier en colimaçon qui donne le vertige, une certaine fascination pour les glissements nécrophiles, une visite terrifiante dans un cimetière hors du temps et surtout une utilisation obsédante et hantée d'anciennes compositions musicales de Carlo Rustichelli (dont ces battements funèbres piqués à une obscure comédie)... Tout cela donnerait presque à Opération peur des airs de Lucio Fulci avant l'heure. Plus consciencieux et noble, moins gore certes, mais habité par cette même inéluctabilité de la mort et de la décrépitude. Rarement une riche demeure aristocrate n'aura été autant affublée de crasse et de toiles d'araignée, ni autant désincarnée par un mise en scène et un montage qui en étire et en désarticule les fondations. Une maison hantée par la colère et la folie de sa dernière habitante, qui donne littéralement corps à la désormais très célèbre apparition du film : Melissa Graps, petit fille blonde en tenue de poupée portant un ballon (presque plus flippant qu'elle) dont le sentiment d'étrangeté tient autant à son immatérialité qu'à son incarnation à l'écran par un petit garçon à l'air biaisé. Une vision qui traumatisa les spectateurs de l'époque (et pour cause) et devint depuis un leitmotiv du genre, jusqu'à bien entendu un dédoublement particulièrement célèbre dans le Shining de Stanley Kubrick. Précurseur comme toujours, Mario Bava signait avec Opération peur un fascinant exercice de style.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Remasterisée à partir d'un scan 2K d'un internégatif 35mm d'une copie allemande, l'image dénote bien des nombreux efforts qui ont été fournis pour redonner un coup de lustre à un film que l'on connaissait essentiellement sous des traits des plus fatigués. Nettoyé avec soin, réétalonné avec autant de discernement, compressé avec amour, le bluray est une excellente surprise où les teintes ocres et les flashs de lumières de Bava se mêlent harmonieusement. Très marqué, le grain de pellicule est assez bien géré, même si certains plans nocturnes (avec brouillard en prime) et quelques bouts de séquences manifestement récupérés sur une source un peu moins solide, rappellent régulièrement que le film va sur ses soixante ans.

 


Son :
On reste sobre avec les mono proposés pour le doublage français plutôt agréable, celui un poil forcé de nos amis américains et le plus naturel et imprégné italien. C'est ce dernier qui assure d'ailleurs les ambiances les plus maitrisées et les plus équilibrées, là où les deux autres ont tendance à soit écraser les effets, soit gonfler artificiellement leur présence.

 


Interactivité :
Dernière titre de la collection Bava d'ESC en date, Opération peur est proposé cela va de soit dans le désormais habituel Digipack doté d'un superbe visuel repris de la plus belle affiche du film. En plus du livret explicatif concocté par Marc Toullec et la copie DVD, l'édition propose son petit lot de suppléments vidéos avec une longue présentation du film par Alexandre Jousse qui, s'il se répète parfois un peu, révèle tout de même quelques intéressantes anecdotes sur la production et en particulier la bande originale. Plus accrocheur pour les fans, l'actrice Erika Blanc, toujours aussi rayonnante malgré les années, délivre une courte introduction en préambule puis une interview plus concrète qui lui permet de rappeler à nouveau toute l'admiration qu'elle a pour Bava et le plaisir qu'elle a eu à tourner le film malgré des soucis économiques très présents. Belle trouvaille aussi de la part de l'éditeur que d'avoir scanné les pages d'une ancienne revue de cinéma qui avait proposé une version Roman Photo du film... Et oui en ce temps là pas de Bluray, de DVD, et même pas de VHS mon p'tit.

Liste des bonus : Un livret de 16 pages par Marc Toullec, Présentation du film par Erika Blanc, Entretien autour du film avec Alexandre Jousse, Entretien avec Erika Blanc, Roman photo, Bande-annonce originale.

 
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