ADULTS IN THE ROOM
France, Grèce - 2019
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Adults in the Room »
Réalisateur : Costa-Gavras
Musique : Alexandre Desplat
Image : 1.66 16/9
Son : Français & grec DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Aucun
Durée : 124 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 24 juin 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Adults in the Room »
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LE PITCH
De janvier à juillet 2015, la lutte de Yanis Varoufakis, ministre grec des finances, pour renégocier la dette de son pays auprès des membres inflexibles de l'Union Européenne…
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Grèce insoumise

Aussi incroyable que cela puisse paraître, en près de 55 ans de carrière et 19 long-métrages, Costa Gavras n'avait jamais eu l'opportunité de travailler en Grèce, pays de sa naissance. Il lui fallait trouver le sujet idéal, celui qui parlerait autant à l'homme qu'à l'artiste (très) engagé. C'est désormais chose faîte avec Adults in the Room, l'adaptation du livre/témoignage de Yanis Varoufakis, éphémère et très médiatique ministre des finances du premier gouvernement formé par Alexis Tsipras, en pleine crise financière.

À l'exception de la scène finale, ballet kafkaïen et burlesque dénonçant l'absurdité des politiques menées par l'Union Européenne sans le moindre dialogue, la mise en scène de Costa Gavras est purement fonctionnelle, télévisuelle même. Et pas dans le meilleur sens du terme. Adults in the Room est un film assez laid qui aggrave son cas en prenant l'étrange décision de ne choisir des acteurs qui ne ressemblent pas (ou peu) aux personnalités qu'ils interprètent. Si l'on s'éloigne de l'impression de Musée Grévin qui vampirise 99% des biopics modernes, on verse malheureusement dans une caricature qui ne s'assume qu'à moitié et avec des résultats peu convaincants. Christine Lagarde, Michel Sapin, Pierre Moscovici et Mario Draghi sont ainsi complètement ratés. Plus satisfaisant est le choix d'Ulrich Tukur dans la peau de l'intraitable ministre des finances allemand Wolfgang Schauble, principal antagoniste de l'histoire, tandis que l'inconnu Damien Mougin s'offre une brève (mais ô combien glaçante) apparition en Emmanuel Macron.

Peu importe la forme, en réalité. Sur le fond, Adults in the Room est en fin de compte un film d'utilité publique, une comédie politique et économique qui réussit là où échouait assez lamentablement La Conquête de Xavier Durringer. Trop timide, complaisant et à la recherche du bon mot, Durringer passait à côté de son analyse du phénomène Sarkozy. Costa Gavras, vieux sage rompu à l'art de la parabole politique, se fout de heurter qui que ce soit et tranche dans le vif. Adults in the Room n'épargne personne et surtout pas la faiblesse et le renoncement des membres de Syriza, petit poucet de gauche trop facilement dévoré par l'ogre néo-libéral.

 

Athènes, nid de créanciers


Il existe un véritable tout de force à savoir rendre dramatiques et passionnantes d'interminables négociations dans les hautes sphères de la finance européenne. Presque aussi habile qu'un Aaron Sorkin (revoir The Social Network et Steve Jobs et mourir) , Costa Gavras opte pour une structure en flash-back où Yanis Varoufakis, en témoin privilégié et dépité, revient sur chaque étape de ses tractations avec l'Eurogroupe. Chaque réunion se conclut par une humiliation plus atroce que la précédente. En soi, le film n'avance jamais et c'est là son génie. L'inflexibilité de l'Europe vis à vis de la dette grecque revient à espérer de voir une vieille voiture toute cabossée parvenir à défoncer un mur de béton armé. Avec le même résultat tragicomique à la clé. Et lorsqu'Alexis Tsipras, pris de panique, tourne le dos au résultat du référendum qui aurait pu le mettre en position de force et faire sortir son pays d'une austérité sans fin, Costa Gavras ne filme même plus l'impact de la voiture contre le mur. Un carton-titre laconique suffit.

Devant la caméra du réalisateur de L'Aveu et de Missing, l'échec de la Grèce à faire plier l'Europe et à lui faire entendre raison devient l'échec de tout un continent et qui résonne plus fort encore de nos jours, alors que la crise du coronavirus est assuré de faire plonger le monde dans une récession pire encore que celle ayant suivie la crise des subprimes de 2008. Adults in the Room est un film affûté, pas forcément compréhensible par tous, mais qui mérite que l'on s'y perde. Tout y est. La cause profonde de notre misère politique, économique, social, sanitaire et intellectuelle. Deux heures pour tout comprendre. Le cours est un peu laborieux au démarrage, le powerpont fait un peu peine à voir, mais il serait criminel de s'endormir au fond de la classe.

Alan Wilson










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Image :
Un rendu numérique très propre, avec des contrastes exceptionnellement doux et une définition qui n'a que rarement l'occasion de se distinguer. On pourra à la limite retenir le rendu plus vrai que nature des intérieurs de Bercy.

 


Son :
La musique d'Alexandre Despat occupe les canaux arrières tandis que le découpage des dialogues s'effectue avec une clarté chirurgicale à l'avant. Un drôle de ping-pong acoustique, discret mais payant.

 


Interactivité :
Deux suppléments de taille pour emporter le morceau. Même s'il un peu tendance à s'éparpiller, le making-of d'une quarantaine de minutes parvient à couvrir tous les aspects de la production, des choix de casting à un tournage où les fonds verts occupent une place surprenante (les salles de réunion de l'Eurogroupe n'ont été que partiellement reconstituées) en passant par les choix de mise en scène de Costa Gavras. Le même Costa Gavras est d'ailleurs invité à se confronter au vrai Yanis Varoufakis lors d'une émission de Mediapart diffusées sur Internet en novembre dernier et la discussion prend un tournant forcément plus politique même si Edwy Plenel tente fréquemment de faire revenir le cinéaste sur ses choix artistiques. Passionnant.

Liste des bonus : Les coulisses / Entretien avec Costa Gavras et Yanis Varoufakis à Mediapart / Bande-annonce

 
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