LA RUMEUR
The Children’s Hour - Etats-Unis - 1961
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Image de « La Rumeur »
Genre : Drame
Réalisateur : William Wyler
Musique : Alex North
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 106 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 24 juin 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Rumeur »
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LE PITCH
Amies proches, Karen et Martha sont à la tête d’un florissant pensionnat de jeunes filles. Jusqu’au jour où Mary, une écolière malveillante, fait une révélation mensongère au sujet de l’intimité des deux femmes.
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Jeux interdits

Wild Side sort le grand jeu avec la redécouverte en version intégrale et restaurée d'un mélodrame aussi feutré que déflagrateur signé William Wyler, grand cinéaste de l'âge d'or hollywoodien. Une singulière étude de mœurs sortie à l'orée des années soixante et traitant d'un sujet délicat : l'homosexualité féminine.

Porté par le classieux tandem Audrey Hepburn/Shirley MacLaine, La Rumeur est le propre remake d'un long-métrage de Wyler datant de 1936 et adapté d'une pièce de Lillian Hellman. La trame a juste légèrement changé. Dans l'oeuvre originelle, l'une des protagonistes jalouse son amie s'éprend de son fiancé. Dans celle de 1961, elle est jalouse d'un homme qui lui a volé la femme dont elle est secrètement éprise. Le décorum ajoute beaucoup à l'intensité ouatée du film. À savoir, un pensionnat de jeunes filles niché au coeur d'une Amérique WASP, huppée et profondément puritaine. Une micro-société ultra codifiée et carrément oppressante où tout semble sous contrôle. Tout, sauf la puissance des sentiments.

En observateur des soubresauts de l'âme, le réalisateur des Hauts de Hurlevent, des Plus belles années de notre vie, de Vacances Romaines et de Ben-Hur orchestre l'implosion progressive de cette prison dorée avec une redoutable finesse de ton. Il faut dire qu'il est épaulé par un casting cinq étoiles. Le personnage de Martha, à l'origine de tous les maux, est interprété par Shirley MacLaine qui venait de se distinguer avec La Garçonnière de Billy Wilder. Dans la peau d'une institutrice à fleur de peau, la soeur de Warren Beatty livre une prestation complexe et souvent déchirante, notamment dans la dernière partie où sont mis à nu toutes les névroses et les non-dits. Face à elle, le parangon d'élégance et de vertu qu'est Audrey Hepburn incarne Karen, une innocente peu à peu dépassée, voire bouleversée, par une suite d'incidents perturbateurs qui mèneront au dénouement tragique.

 

trainée de poudre


À la manière d'un Clouzot d'outre-Atlantique, Wyler décortique les effets dévastateurs et autres mécanismes irréversibles d'une rumeur. Dans un excès de malveillance, Mary, une petite peste, fait chanter l'une de ses camarades de chambre (pour l'anecdote, Veronica Cartwright, future «Lambert» du Alien de Ridley Scott) et laisse courir le bruit que Martha et Karen entretiendraient une relation intime. Le jeu de cartes s'effondre. Les piliers de la bienséance se fissurent et la trame esquisse une sorte de piège dépressif à l'issue inéluctable. Comble de l'ironie, on apprend in fine que la rumeur s'avère à moitié vrai. Audacieux et précurseur, le film de William Wyler fut l'un des rares de l'époque à traiter de l'homosexualité sur grand écran. En 1936, le long-métrage originel avait déjà dû se plier aux conventions du code Hays qui imposait une censure terrible. Dans la version de 1961, le cinéaste contourne les conventions en insistant davantage sur la notion de mensonge et les conséquences exponentielles qui en découlent. Mais le sujet de fond demeure bien présent. Même si, comme le rappelle Shirley MacLaine dans ses mémoires, Wyler aurait trahi l'oeuvre de Hellman en coupant les scènes trop explicites (mais restituées dans cette version collector) qui illustrent la passion interdite que Martha voue à Karen. Certes, le classicisme de la mise-en-scène peut aujourd'hui paraître ampoulé mais la force du propos et la qualité de l'interprétation emportent la mise. Le huis-clos ne fait qu'amplifier les fêlures et les refoulements des héroïnes. Un peu à l'image d'un théâtre psychanalytique. Semblable à une descente aux enfers, La Rumeur est une critique acerbe du puritanisme à l'américaine, aveugle, intolérant et pétri de certitudes. Le long-métrage dynamite également l'image de l'enfant au sein du cinéma hollywoodien. Évacué, l'angélisme de façade tant la jeune Mary se révèle «badass», vicelarde et manipulatrice. Tourné presque exclusivement en intérieurs, La Rumeur évoque souvent la «Nouvelle Vague» européenne, via un traitement subtil des rapports humains. À ce titre, la scène (étouffante) dans l'habitacle d'une voiture, durant laquelle la délatrice se confesse et met littéralement le feu aux poudres, constitue un modèle de construction dramaturgique. William Wyler évite sciemment le manichéisme, les outrances et la mièvrerie au profit de la retenue, des silences et de la fébrilité. C'est de la belle ouvrage.

Gabriel Repettati






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Image:
La pellicule bénéficie d'un nouveau transfert HD chic à se damner. Netteté éclatante du noir et blanc, puissance des contrastes et de la profondeur de champ. L'occasion rêvée de suivre cette dégringolade amoureuse et sociale, traitée d'une main de maître par le solide artisan qu'est William Wyler.

 


Son:
La partition est signée Alex North (Un tramway nommé désir, Spartacus...), l'un des grands manitous de la musique hollywoodienne. Le score colle parfaitement au propos et accompagne les tensions psychologiques avec une inspiration et une délicatesse de tous les instants. C'est classique, oui, mais superbement exécuté.

 


Interactivité:
Comme à son habitude, Wild Side propose une édition collector particulièrement soignée. En plus d'un superbe livret illustré de photos de tournage inédites, on appréciera l'interview du fils d'Audrey Hepburn qui revient sur le talent et l'aura unique de la star, ainsi qu'un entretien plutôt éclairant avec la britannique Veronica Cartwright, dont le film constitua l'un des tout premiers faits d'arme au cinéma.

Liste des bonus: Boîtier médiabook avec blu-ray du film et DVD du film, livret de 68 pages rédigé par Frédéric Albert Lévy, «La fin du voyage: entretien avec Sean Hepburn, fils d'Audrey Hepburn» (15'), «Vérités sur un mensonge: entretien avec Veronica Cartwright» (24').

 
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