DUNE
Etats-Unis - 1984
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Dune   »
Réalisateur : David Lynch
Musique : Brian Eno, Toto
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 136 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 8 juillet 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
An 10191. Deux clans, les nobles Atréides et les belliqueux Harkonnen, se disputent la planète Arrakis, précieuse parce que son sous-sol renferme la substance la plus rare de l’univers : l’Épice. La guerre fait bientôt rage sur ce sol hostile, rendu plus dangereux encore par des vers monstrueux que, selon une prophétie, le jeune Paul Atréides doit soumettre. S’il y parvient, il aura gagné à sa cause les Fremen, le peuple des sables dans l’attente de son sauveur.
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Les hérétiques de dune

Alors que les spécialiste autoproclamés s'étripent déjà pour évaluer le niveau de trahison du prochain diptyque de Denis Villeneuve, une nouvelle édition du film maudit de David Lynch vient rappeler que la fidélité ne fait pas seule un grand film. Tout est une question de proportion.

C'est le seul film dont il dit aujourd'hui qu'il a perdu le contrôle et ce fut longtemps une œuvre presque honteuse, rejetée par les fans du roman, incomprise par le public et dénigrée par les cinéphiles qui n'y voyaient qu'une affreuse commande au service du roublard Dino De Laurentiis (Conan le Barbare, le 1er remake de King Kong, Flash Gordon). Une simple commande en effet acceptée par un David Lynch encore très jeune, à l'identité un peu incertaine après l'expérimental Eraserhead et la reconnaissance spectaculaire du très beau Elephant Man (merci Mel Brooks), qui y voyait justement une opportunité pour se consolider auprès du public et une première marche vers un projet plus personnel qui deviendra Blue Velvet. Un univers SF d'autant plus loin du sien que cette adaptation traine ses guêtres dans les coulisses d'Hollywood depuis les années 60. Un temps envisagé sous la houlette d'Arthur P. Jacop (La Planète des singes) et David Lean (Lawrence d'Arabie), puis métamorphosé en manifeste psychédélique et pharaonique par le délirant Alejandro Jodorowsky (ce rêve improbable a même eu le droit à son documentaire), il venait tout juste d'être abandonnée par un ambitieux Ridley Scott (dont le Alien était déjà né des cendres du film de Jodo) lorsque Lynch en récupère le lourd et précieux fardeaux.

 

Les enfants de dune


Une machine fastueuse au casting royal et au budget glorieux, Dune est dès le départ une œuvre malade traversée constamment par les fantômes de ces multiples films avortés dont on perçoit encore et toujours la trace au grès des plans, des designs ou des dialogues. Pas étonnant que le jeunes cinéaste, à peine sorti de multiples réécritures du nouveau scénario, se soit rapidement senti écrasé sous le poids de la tache, perdu entre les multiples équipes de tournage, ne goûtant que très peu à la préparation des effets spéciaux "spatiaux" et autres impératifs à régler en post-production. Lui préfère largement rechercher une récréation des sensations, des visions mystiques et poétiques de Frank Herbert plutôt que son exploration complexe et incroyablement détaillée d'un futur aussi politique que baroque. Lynch bâcle clairement la mise en place de la grande bataille finale qui aurait dû être un morceau de bravoure épique, pour accumuler des plans étranges, des photographies improbables de l'espace, de gouttes d'eau et de créatures mutantes, ajoutant des détails grotesques dans les décors (en particulier du coté Harkonnen), quelques idées totalement déviantes au service d'un décorum SF beaucoup plus opératique, voir rococo, que réaliste et crédible.

 

La Maison des mères


La crédibilité n'est pas le soucis de Lynch tout comme la trame du film qu'il fait voler en éclats autant par une nécessité de temps (le bouquin est une fois encore extraordinairement vaste) que par instinct personnel. Les personnages secondaires vont et viennent d'un premier plan à un arrière plan sans explication et surtout la destinée de Paul Atréide (Kyle MacLachlan, futur acteur fétiche de Lynch... parmi d'autres), destiné à devenir un dieux vivant, se constitue ici par scènes clefs plutôt que par une gradation logique et fluide. Le cinéma de Lynch était déjà une affaire de sensations, d'étrangetés, de mystères et d'aspérités, et même en ajoutant des voix off supplémentaires (omniprésentes dans le livre, envahissantes dans le film) et une narratrice venant carrément évoquer des pans dramatiques entier mis de coté, ce Dune préserve sa nature intangible, esquissée, comme conscient lui-même qu'il n'est qu'une petite porte ouverte sur une fresque beaucoup plus grande. Film définitivement malade, charcuté et greffé de toutes parts, tiraillé entre l'identité du cinéaste, les attentes du producteur et les standards du space opera contemporain, le Dune unique à un pouvoir de fascination hors normes dans l'histoire du cinéma moderne, réussissant en se débarrassant du détail, du mot de Herbert, à en retrouver la voix, le son : un entremêlement de pensées, des cris devenant des armes meurtrière, des voyages spatiaux décrits comme des rêves éveillées qui offrent le pouvoir et des mythes qui prennent corps : « le dormeur doit se réveiller ». Et après y en qui vont nous dire que ce n'est pas un film lynchien...

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Nouvelle édition, nouveau Master HD pour Dune qui avait déjà été relativement bien servi auparavant... en particulier lorsqu'on se souvient de l'état de la copie vidéo de la génération précédente. On retrouve ici toujours les même petites pertes de précision et de stabilité lors des plans composites et un grain plus marqué dans les fondus enchainés, mais il est indéniable qu'en laissant de coté les filtres de dégrainage le piqué y gagne beaucoup. Il est ici beaucoup plus précis qu'autrefois, apportant une profondeur et un petit grain argentique très agréable. Même la luminosité, autrefois un peu tendue, fait preuve de plus de finesse et de chaleur.

 


Son :
Présent sur les galettes depuis un petit moment déjà, le remixage 5.1 de la bande sonore semble aujourd'hui toujours aussi bricolé et peu naturel. Si l'effort sur les ambiances et la dynamique est plutôt appréciable, certains dialogues se payent une distance curieuse tandis que la bande originale se perd totalement dans le mixage. L'éditeur a eu heureusement la bonne idée de fournir en même temps la stéréo d'origine, restaurée, en DTS HD Master Audio pour un résultat tout à fait fluide, claire, vif et équilibré.

 


Interactivité :
Il y a tellement de chose à faire autour de ce Dune, tellement de matériaux existants qui n'ont pas été visibles depuis des années, d'interviews rétrospectives à réunir... Pourtant aucun éditeur ne semble pour l'instant avoir eu les coudées franches et le budget nécessaire pour produire une véritable édition collector digne de ce nom. Nouveau détenteur des droits en France, ESC en est quitte pour nous glisser à nouveau le petit entretien de 1985 avec le réalisateur, loin d'être inintéressant au demeurant, et à fournir une petite présentation maison signée Gilles Penso. Ce dernier s'en sort parfaitement bien et réussit avec simplicité à retracer la petite histoire du film et sa place pivot dans la carrière de Lynch, mais cela ne peut prétendre à l'exhaustivité attendue sur un métrage de cette importance. Au fait, il est où le montage version longue présent en SD sur les collector d'Opening et Filmedia ?

Liste des bonus : La Science-fiction selon David Lynch (20'), Interview de David Lynch (8').

 
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