QUAND LES TAMBOURS S'ARRêTERONT
Apache Drums - Etats-Unis - 1951
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Quand les tambours s'arrêteront »
Genre : Western
Réalisateur : Hugo Fregonese
Musique : Hans J. Salter
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 75 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 26 juin 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Quand les tambours s'arrêteront »
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LE PITCH
Une petite ville du Nouveau-Mexique subit l’assaut d’une tribu d’Apaches Mescaleros. Retranchés dans l’église locale, les habitants s’y défendront coûte que coûte jusqu’à l’arrivée de la cavalerie.
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Hostile, la nature

Quelle ironie. Quand les tambours s'arrêteront est un chef-d'œuvre. Et il n'est connu que d'une infime poignée d'aficionados. Jamais, le film n'était sorti en vidéo. Il ne fut diffusé qu'une seule et unique fois par le pistolero Eddy Mitchell lors d'une «Dernière Séance» qui fit les grandes heures de FR3. Justice est aujourd'hui rendue à ce western majuscule, si longtemps invisible et boudé par la critique américaine, désormais disponible dans une version haute-définition belle à se damner.

Au premier abord, nous voilà face à une série B typique des années cinquante. Pas de stars à l'affiche, mais une horde de seconds couteaux affutés. Quant à l'intrigue, elle s'avère classique, à savoir l'affrontement archétypal des cowboys et des indiens. Mais en y regardant de plus près, on réalise que le long-métrage va bien au-delà des archétypes. Il bouscule les clichés, triture les faux-semblants et innove constamment sur le plan dramatique comme sur le plan formel.
Territoire d'expérimentations en tout genre, Quand les tambours s'arrêteront est le fruit d'une collaboration entre le cinéaste argentin Hugo Fregonese et Val Lewton, producteur atypique dont ce fut le tout dernier film. Lewton était déjà entré au panthéon du septième art en finançant trois des plus grandes œuvres du cinéma d'épouvante: La Féline, Vaudou et L'Homme-léopard, triptyque de terreur pure orchestré par Jacques Tourneur. Longtemps associé aux studios RKO, Lewton erra un temps de bureau en bureau avant d'atterrir chez Universal pour y insuffler pas mal de sa singularité et de son originalité débordante. Il a donc l'excellente idée d'adapter sur grand écran un roman de l'aventureux Harry Brown, à la fois reporter de guerre, écrivain, poète et scénariste (on lui doit les scripts d'Une Place au soleil, de L'Inconnu de Las Vegas et de l'Ocean's Eleven originel). En résulte un film complètement hors de sentiers battus qui, sous ses airs de ne pas y toucher, distille tout un tas d'idées de cinéma.

 

Nouvelle donne


L'intrigue s'immisce aux côtés d'immigrés gallois exilés au fin fond des contrées arides du Nouveau-Mexique. Par une nuit agitée, hommes et femmes subiront les assauts insistants d'une tribu apache particulièrement belliqueuse. Première constat, le scénario quitte très vite les chemins du western traditionnel qui confronte le plus souvent l'individu à la communauté. Ici, il s'agit d'une communauté disparate et antagoniste, composée de meurtriers, de renégats, de filles de joie et de descendants d'esclaves (à ce titre, le personnage afro-américain est traité avec une finesse de ton particulièrement digne pour l'époque). Ce groupe ethnique, loin d'être irréprochable, s'oppose à une autre communauté, celle des Indiens, traitée à l'image d'une entité impalpable, menaçante et maléfique. Autre aspect novateur, le rapport à la nature. La terre nourricière, fondement même de la mythologie du nouveau monde, n'y est nullement rédemptrice mais source de dangers permanents et annonciatrice d'une mort certaine. Un sentiment d'insécurité amplifié par la mise-en-scène et le jeu des couleurs. Épaulé par une photographie aux contrastes saisissants, Fregonese se démarque à chaque plan, notamment lors du siège de l'église dont s'est certainement inspiré John Carpenter dans son redoutable Assaut (on connaît la fascination de Big John pour le western classique). Nous quittons les vastes étendues de l'Ouest sauvage pour nous retrouver au sein d'un huis-clos oppressant, pour ne pas dire suffocant. Une enceinte fantomatique et diabolique qui lorgne farouchement vers le cinéma d'horreur; merci à Val Lewton pour avoir livré, en sous-texte, pas mal de ses obsessions et de ses angoisses personnelles, si cinématographiques. L'ennemi est invisible puis, d'un coup, il surgit de toute part.

Fregonese amplifie cette tension insoutenable en insistant sur les sources de lumière et la pénombre, les tons rouge sang et le feu qui s'empare progressivement de la bâtisse délabrée. Comme le souligne Bertrand Tavernier dans les suppléments, certaines séquences évoquent, par leur puissance formelle, les toiles des grands maîtres de la Renaissance. Le metteur-en-scène cite même «La Pietà» de Michel-Ange, s'cusez du peu... Cette flamboyance visuelle, proche de l'abstraction, propose une vision presque métaphysique d'un genre cinématographique aux codifications souvent délicates à transcender. Dans les bonus, Patrick Brion, autre cinéphile averti, insiste quant à lui sur l'atmosphère terrifiante qui se dégage de Quand les tambours s'arrêteront. Un film qui, selon lui, est semblable à une purge. Un exercice de style «éblouissant» dont la rareté et la subtilité s'imposent, près de soixante-dix ans plus tard, comme une évidence.

Gabriel Repettati








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Image:
Le tout nouveau transfert haute-définition restitue parfaitement le travail effectué sur les couleurs et les contrastes. La majesté de la mise-en-scène de Fregonese est restituée dans les moindres détails. En extérieur et surtout lors des scènes en intérieur, authentiques valeurs ajoutées d'un western qui ne ressemble à aucun autre.

 


Son:
La musique est typique de celle des westerns hollywoodiens des années cinquante. Tout à tour tonitruante et intimiste, elle fait le job mais ne se démarque pas spécialement. Quant aux dialogues, ils sont bien étalonnés, malgré un léger souffle. À vous de voir si vous préférez la VO ou une VF au rendu bien vintage.

 


Interactivité:

L'éditeur Sidonis Calysta a réquisitionné son duo habituel de spécialistes : Bertrand Tavernier et Patrick Brion. Deux encyclopédies vivantes du cinéma que l'on écoute toujours avec le même plaisir et la même attention. Le tandem s'accorde à rappeler la qualité ébouriffante du long-métrage de Hugo Fregonese et l'injustice avec laquelle il a longtemps été traité. Selon eux, il s'agit ni plus ni moins de l'un des plus beaux westerns de l'histoire du cinéma.

Liste des bonus: Combo Blu-ray/DVD avec fourreau, présentation du film par Bertrand Tavernier, présentation du film par Patrick Brion, bandes-annonces.

 
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