YUKI, LE SECRET DE LA MONTAGNE MAGIQUE
ゆき- Yuki - Japon - 1981
Image plateforme « Blu-Ray »
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Réalisateur : Tadashi Imai
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 89 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 20 janvier 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Yuki vit au ciel avec ses grands-parents, qui veillent sur la Terre. L’année de ses 13 ans, elle est envoyée chez les humains pour faire revenir la paix. Elle aura un an pour mener à bien sa mission, au risque d’être transformée en un sombre vent hurlant. Confrontée au mauvais sort des habitants d’un village du Japon féodal, elle découvre que la cause de tous leurs maux est bien plus mystérieuse que ce que l’on croit…
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Un cinéaste retrouvé

Ça n'en a peut-être pas l'air mais la sortie en copie restaurée de Yuki, le secret de la montagne magique est un événement. Pépite du cinéma d'animation japonais pour enfants, ce film était pourtant jusqu'alors quasi-invisible en France où il n'avait bénéficié que d'une confidentielle édition VHS dans les années 80. Cette sortie en salle, et désormais en Bluray, est également l'occasion de parler de son réalisateur Tadashi Imai, personnalité majeure du cinéma japonais, mais dont les années ont effacé la trace.

Car si aujourd'hui son nom n'évoque rien même aux plus férus des cinéphiles - seul trois sur quarante-neuf de ses films ont été édités en DVD, aucun en zone 2 - Tadashi Imai fut un cinéaste d'une importance considérable. Au Festival de Berlin, il fut couronné de l'Ours d'argent du meilleur réalisateur en 1958 (pour Un Amour pur) et de l'Ours d'or du meilleur film en 1963 (pour Contes cruels du Bushido). Au Japon, il reçut entre 1951 et 1960 cinq Blue Ribon Awards (équivalent de nos César) du meilleur film et quatre du meilleur réalisateur. Un record !
Alors pourquoi un tel oubli ? Les raisons sont multiples et probablement complexes. Mais on peut émettre l'hypothèse que son engagement politique à gauche et la fibre sociale de ses films ont fait de lui un réalisateur considéré comme trop militant. Et peut-être pas assez formaliste pour être célébré par un public cinéphile hors de ses frontières et des festivals. De plus, son départ de la Toho à la fin des années 40 (pour raisons politiques) l'a amené à travailler avec des compagnies indépendantes qui n'avaient pas le rayonnement des grands studios, ce qui a pu nuire à l'exportation d'une œuvre d'une grande diversité. Un parcours riche donc, qui l'a conduit en 1981, au crépuscule de sa carrière, à se lancer dans un pari audacieux : la réalisation de son unique film d'animation.

 

L'Aube rouge


Produit par Mushi Production, le studio fondé par Osamu Tezuka à l'origine de la mythique trilogie Animerama (Les Mille et une nuits, Cleopatre, Belladonna), le film conte l'histoire de Yuki, jeune fille de 13 ans envoyée par ses grands-parents, des dieux vivant au Ciel, dans un village du Japon féodal. Chargée d'y ramener la paix en moins d'un an, elle va vite intégrer une bande de mendiants et se confronter à des Samouraïs à la solde d'un propriétaire terrien exploitant les paysans. Imai a été militant au Parti Communiste japonais, et ça se sent. Le film est éminemment politique dans son propos (le synopsis parle pour lui-même), mais aussi dans la manière dont est menée la narration. C'est ainsi que le personnage de Yuki, pourtant référent du spectateur et moteur de la fable, est parfois étrangement absent. Une façon pour Imai de mieux caractériser - souvent avec tendresse - les nombreux personnages et mettre ainsi en valeur la notion de solidarité. Et par la même de questionner la sempiternelle figure du héros solitaire et individualiste, chère au cinéma classique. L'histoire est le plus souvent filmée à hauteur d'enfants, cible évidente de ce superbe récit d'une émancipation collective. Mais aussi parfois, comme lors de la magnifique et expressionniste scène de bataille contre les samouraïs, à hauteur des nuages. Comme si les grands-parents de Yuki, dieux bienveillants, observaient avec stupeur la folie sanglante des hommes.

En ces temps de bérézina totale pour les salles de cinéma, Yuki, le secret de la montagne magique est sorti dans un tout petit cercle de salles. C'est pourtant un film précieux qu'il est important de soutenir, à la fois pour découvrir le cinéaste qu'était Tadashi Imai, mais aussi pour proposer aux plus jeunes (à partir de 5-6 ans) un récit engagé et brillamment mené, comme ils ont peu l'occasion d'en voir sur grand écran.

François Willig






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Image :
Restauré à la source par des artisans japonais chevronnés, Yuki affiche un master HD de toute beauté. Un travail extrêmement soigné qui a permis de nettoyer le master de toutes les traces vidéos et autres défauts de l'âge pour ne laisser que la matière celluloïd de l'anime à l'ancienne. Il y a bien quelques poussières, légères griffures et traces mais ce ne sont plus que celles inscrites dans les cellulos du film, venant rappeler la minutie que l'animation traditionnelle nécessitait. Un rendu somptueux dans sa définition, généreux et pointu, que viennent accompagner des couleurs à la jeunesse et l'énergie renouvelée. Tout les films d'animation devraient être traité avec autant de respect.

 

 

 


Son :
Rafraichi et rééquilibré pour cette ressortie, la piste sonore japonaise en DTS HD Master Audio 2.0 est surtout emprunt d'une belle clarté et d'un confort impeccable, ne s'essayant finalement qu'assez peu au dynamiqsme frontal. Mais c'est certainement le doublage français qui tournera le plus puisque le film est dédié au jeune public. Celui-ci est hérité de l'ancienne sortie VHS des années 80. L'avantage c'est que les doubleurs étaient rompus à l'exercice (ce sont des habitués de Récré A2 et du Cliub Dorothée donc), le défaut c'est que le mixage date un peu et à tendance à creuser les silences.

 


Interactivité :
Finalement toujours trop peu connus chez nous Yuki et son auteur Tadashi Imai méritait effectivement quelques suppléments venant éclairer leur identité. S'engageant essentiellement sur les alentours du film d'animation (le studio Mushi, l'assistant réalisateur, le roman d'origine, le chara-design), Olivier Fallaix, ancien rédacteur en chef d'Animeland, fait preuve d'un grand didactisme dans sa présentation et réussit à brasser tous les points importants qui entourent le film, sa confection et son apparition à une époque encore compliquée pour ce type de long métrage. Complément parfait, le petit portrait du cinéaste effectué par Pascal-Alex Vincent (qui prépare un doc sur Satoshi Kon) dresse le portrait d'un homme de conviction dont finalement Yuki peut-être vu comme la synthèse parfaite.

Liste des bonus : 4 cartes postales, « Yuki, du roman à l'image » : interview de Olivier Fallaix, spécialiste de l'animation japonaise (20'), « Tadashi Imai, le peintre du peuple japonais » par Pascal-Alex Vincent, cinéaste, enseignant à la Sorbonne Nouvelle, auteur de deux dictionnaires du cinéma japonais (6'), Clip musical, Bande-annonce.

 
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