LE MIEL DU DIABLE
Il miele del diavolo - Italie, Espagne - 1986
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Le Miel du diable »
Réalisateur : Lucio Fulci
Musique : Claudio Natili
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 83 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 2 mars 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Miel du diable »
portoflio
LE PITCH
Cecilia et Gaetano s’aiment d’un amour fou, charnel et pervers. Malgré cette passion destructrice pour laquelle elle accepte différentes humiliations, la jeune femme ne peut imaginer sa vie sans le beau saxophoniste. Mais suite à un stupide accident de moto, Gaetano meurt sur la table d’opération du docteur Dominici. Le chirurgien, dont le mariage avec Carole vole en éclat, est alors enlevé et séquestré par Cecilia qui le tient pour responsable de la mort de son bien-aimé. S’ins...
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chaud et sucré

Consacré grand maître du cinéma gore et du macabre, Lucio Fulci a toujours eu beaucoup plus de mal à imposer après coup ses réalisations éloignées du cinéma purement horrifique. Tourné dans la dernière partie de sa carrière, bien moins glorieuse, l'érotique Le Miel du diable est sans doute son ultime sursaut artistique.

Tombé gravement malade après le tournage de Murderock (dont la ressortie est toujours attendue), multipliant les pathologies et les hospitalisations, Lucio Fulci est encore très affaibli deux ans plus tard lorsque le producteur Vincenzo Salviani (Milan Calibre 9) lui propose de mettre en image Le Miel du diable, scénario sulfureux surfant toujours bien entendu sur la vague du soft porn européen lancé par le fameux Emmanuelle. D'ailleurs la présence en tête d'affiche de la Corinne Cléry d'Histoire d'O est largement mise en avant même si en définitive son rôle est assez secondaire. Si Lucio Fulci a déjà manié la nudité et l'érotisme soft dans des comédies comme Obsédée malgré lui ou les giallo Perversion Story et Le Venin de la peur, celle-ci n'a jamais été la composante principale de l'objet ni même véritablement sublimée par un auteur bien plus obsédé par la décomposition (des sens et des corps). Au premier abord, Le Miel du diable semble en effet très loin de ses univers habituel et les premières minutes du film provoque encore et toujours un vrai choc esthétique auprès des fans, heurtés par ces airs de roman photo du pauvre. Fringues, permanentes et flous on ne peut plus 80's sont baignées dans une mélodie d'ascenseur déjà irritante digne d'un téléfilm vaguement cul interprété par des bellâtres et des pinups fadasses... Le déclin, que dis-je la chute, est déjà engagée ?

 

un cadavre entre les draps


Mais malgré la commande, la petitesse du budget et effectivement un casting pas franchement à la hauteur (seul le vétéran Brett Halsey tire son épingle du jeu), le metteur en scène s'impose très rapidement, détournant le genre comme il sait si bien le faire, pour l'embarquer vers des rives beaucoup moins confortables. Le jeu des regards entre les deux jeunes amants, brûlants de désirs, se transforme ici presque immédiatement en jeu de domination. D'humiliation même puisque le saxophoniste vient livrer sa performance, l'instrument contre le sexe de sa « victime » lui procurant un plaisir à la hauteur de sa gène et de son avilissement. La réalité est toujours plus triste que le fantasme, et Fulci ne cesse de le rappeler dans des flash-backs sordides ou lorsque Johnny (Stefano Madia) oblige la jolie Jessica (Blanca Marsillach) à accepter un acte anal, montrant à l'image un plaisir consentis, graphiquement orchestré, alors que la bande son est noyée sous les cris de douleurs et de refus... Et les aboiement du berger allemand qui tente d'enfoncer la porte de la demeure comme dans un cauchemar gothique. Des pratiques de film d'horreur qui viennent se plaquer sur une sexualité déviante, perverse, violente, intensément triste, voir pauvre et glaciale chez le couple d'âge mur interprété par Corinne Cléry et Brett Halsey. C'est la mort de Johnny et l'incapacité à le sauver du Dr incarné par ce dernier qui provoque la rencontre entre cette jeune femme happée par la folie et un homme perdu dans l'apathie. Une séquestration, de tortures en humiliations, naît pourtant une histoire d'amour sadomasochiste déroutante où l'un sert d'exutoire de plus en plus consentant aux démons de l'autre. Profondément malaisant, jamais excitant, mais fascinant dans cette exploration frontale d'une romance des plus dysfonctionnelles, d'une sexualité mortifère que Fulci estime vouée à l'auto-destruction, Le Miel du diable est une œuvre incandescente par les deux bouts.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Artus reprend ici la copie HD produite par Severin en 2017. Une copie effectuée à partir d'un nouveau scan 2K du négatif et restaurée au mieux par l'éditeur. Les défauts de pellicules, longtemps visibles en vidéo, ont désormais disparu, et les contrastes sont largement mieux dessinés, mais bizarrement le résultat est loin d'être parfait. Peut-être à cause d'une source très abîmée, ou des outils utilisés, l'image impose un grain variable, mais toujours présent, entre le bruit numérique et le flaconnage de pellicule, et la définition, bataillant aussi avec un flou très artistique de l'époque, manque franchement de mordant. C'est l'unique copie HD existant à l'heure actuelle et ce n'est sans doute pas prêt de changer.

 


Son :
La version doublée anglaise restera de l'autre coté de l'océan. Pas plus mal, la version post-synchronisée italienne est quand même ce qu'il y a de mieux en terme d'interprétation et d'équilibrage dans le mixage audio. Même si quelques scories se font encore entendre. Le doublage français, d'époque, montre très bien l'intérêt que les distributeurs locaux pouvaient avoir pour le film : on dirait un mauvais film érotique du dimanche soir sur M6 (oui, c'est vieux).

 


Interactivité :
Nouveau et inattendu titre de la collection Lucio Fulci de l'indispensable Artus Films, Le Miel et le diable est donc proposé à son tour dans un Digibook du meilleur effet, où le livret piqué dans la reliure a été, comme il se doit, confié à Lionel Grenier, LE spécialiste français du cinéaste. Il y est forcément question de la phase descendante de la carrière de Fulci, d'un corps de plus en plus défaillant qui l'avait amené à s'éloigner deux ans durant des plateaux de tournage et de l'arrivée salvatrice du projet en question. Film incompris à sa sortie et souvent boudé encore aujourd'hui, il est analysé avec précision et passion pour enfin pouvoir le réintégrer fièrement dans les opus majeurs du cinéaste.

Pour les suppléments vidéos disposés sur le Bluray, en plus d'une interview inédite d'Antonella Fulci (script-girl sur les films de papa) ne parlant jamais vraiment du Miel du diable mais toujours touchante par le regard qu'elle porte sur l'homme et son cinéma, on retrouve une partie des entretiens présents sur l'édition US. Le compositeur Claudio Natili évoque cette première bande originale produite pour le cinéma, mais n'aura finalement croisé le réalisateur qu'une seule fois, tandis que la franco-italienne Corinne Cléry se remémore plus sa carrière que ce tournage proprement dit, même si elle en garde un assez bon souvenir. Un poil plus loquace, Vincenzo Salviani, a vraiment tous les charmes du producteur italien à l'ancienne, revenant sur son intention premier de filmer le projet lui-même, puis de son accompagnement d'un metteur en scène un peu fébrile à l'idée de tourner des scènes purement érotiques.

Liste des bonus : Livre 80 pages de Lionel Grenier « Mourir d'aimer », Le saxo du diable, entretien avec Claudio Natili (9'), Produire Le miel du diable, entretien avec Vincenzo Salviani (13'), Entretien avec Corinne Cléry (12'), Entretien avec Antonella Fulci (12'), Diaporama d'affiches et de photos, Générique français (3').

 
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