LES CANNIBALES
I cannibali - Italie - 1969
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Genre : Drame
Réalisateur : Liliana Cavani
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Italien 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 84 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 5 septembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Dans un pays écrasé par le totalitarisme, défense est faite à la population d'enterrer les corps des opposants tués par la police. Une jeune femme, malgré ses liens de parenté avec le chef du régime, et un étrange jeune homme se révoltent...
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Antigone chez Orwell

« Toi, tu possèdes la vue, mais même si tu y vois, tu ne vois pas dans quel abîme tu as sombré. » C'est sur cette citation de Sophocle, et après un massacre d'enfants sans raison apparente, que s'ouvre le deuxième long-métrage de Liliana Cavani. Puis une longue séquence nous plongera dans une ville de Milan grisâtre où de nombreux cadavres recouvrent le sol...

L'aveuglement, l'obéissance sans résistance d'une population face à un pouvoir dictatorial et autoritaire, voici l'un des nombreux thèmes évoqués dans Les Cannibales, véritable OFNI et film choc, encore aujourd'hui, inspiré librement d'Antigone, la tragédie antique de Sophocle. Un peu comme Jean Anouilh, la réalisatrice utilise ici la mythologie pour analyser son époque, les années 1968, point d'orgue de la contestation et d'une libération des idées et des mœurs.
Toutefois la crainte d'un retour des totalitarismes restait prégnante, notamment en Italie, pays qui avait vécu près de vingt-deux années sous le joug de Mussolini. Une crainte partagée dans le monde entier, et qui avait été mise à l'honneur dans le 1984 de George Orwell et son fameux « Big Brother is watching you. ». La peinture de la société « orwellienne » trouve ici plusieurs échos : l'indifférence générale de la population envers autrui (dans le film, l'Etat laisse pourrir les cadavres des « rebelles » dans les rues pour l'exemple...et ce sans la moindre réaction de la population), une surveillance généralisée, l'obligation de choisir un camp, la collaboration des différentes parties de la société (religion, armée, famille...), des ennemis invisibles...

 

IQuand Cavani va droit au but !


Connue et reconnue pour sa volonté de choquer et créer le scandale (voir le culte Portier de nuit de 1974, qui traitait d'un « amour » entre une juive rescapée des camps et son tortionnaire nazi...), Liliana Cavani poursuit avec ses cannibales son but : réveiller les esprits quitte à attaquer en règle différentes institutions, dont la sacro-sainte Église (nous sommes en Italie!). Parmi de nombreuses images, retenons celle d'un Pape priant dans les rues suivi d'un camion déversant du désinfectant, ou de l'eau bénite (!), sur les corps des rebelles. L'Armée n'est évidemment pas épargnée, accusée de castrer ses futures recrues et se plongeant dans des rituels ridicules et malaisants, proche du Salõ de Pasolini. Les prisons sont des asiles remplis de fous (Cavani réalisera d'ailleurs un film sur ce sujet avec L'Ospite), les interrogatoires sont étourdissants (au sens propre comme au figuré)... Quant à l'État, il ne sera que répression implacable, le Premier Ministre n'hésitant pas à sacrifier son propre fils pour le « bien » de la Patrie...

 

Si Ennio est à la BO...


Britt Ekland, future James Bond girl et superbe Willow dans The Wicker Man, est ici en pleine période « Cinecitta » après Gli Intoccabili de Montaldo, entre autres. La suédoise tient parfaitement un rôle difficile, avec peu de dialogues, d'une sœur obligée de devenir une contestataire pour enterrer son frère. Avec encore moins de dialogues, Pierre Clémenti figure une sorte de prophète hippie, on pense bien sûr à Jésus, ne sachant dire qu'un mot « Sennà » et peignant des poissons sur les murs... Intéressant de redécouvrir un acteur oublié, abonné aux films d'auteur obscurs, qui n'arrivait pas à garder un travail à cause de ses cheveux trop longs ! On le retrouvera l'année d'après dans le très sympathique La Victime désignée, avec un certain Tomas Milian que nous retrouvons justement ici en fils de Créon, le Premier Ministre. D'abord détestable pour sa couardise, le fiancé d'Antigone finira par nous inspirer une pitié infinie après son sacrifice. Un rôle marquant de plus pour cet acteur qu'on range trop souvent dans le seul registre du Bis.
Enfin, le regretté Maestro Ennio Morricone nous délivre une fois encore une Bande Originale de qualité alternant thèmes angoissants, classiques, sixties, voire carrément « pop » avec la chanson éponyme de Dan Powell. Toujours à la croisée des chemins, les morceaux entendus nous feront ainsi songer à des œuvres antérieures (Song of Life est une reprise de Aboliçao sur Queimada de 1969) et postérieures (Senza possibilita d'uscita nous rappellera Ricerca sur Sans mobile apparent, 1971). Comme d'habitude, sa musique apporte une plus-value indéniable au film, instillant une touche mystique et bizarre à un film l'étant déjà pas mal !

Samuel Bouvet










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Image :
Remastérisée en haute définition, l'image du film est des plus agréables grâce à un master en bon état. Si quelques scènes souffrent d'un rendu flou, voire granuleux, la majeure partie de l'ensemble est très claire. Notamment les belles séquences dans les rues de la ville où on apprécie la patte de Giulio Albonico, directeur de la photographie.

 


Son :
Le mono d'origine ne pose pas de problème particulier et nous permet d'apprécier la belle Bande Originale d'Ennio Morricone, avec ses bruitages distordus et ses échos. Comme souvent dans les films italiens d'alors, les dialogues sont post-synchronisés, mais ils sont parfaitement audibles.

 


Interactivité :
Un seul supplément, mais de qualité notamment pour les amoureux du cinéma italien. Il s'agit en effet d'une longue interview d'une heure, de Liliana Cavani interrogée pas son "collègue" Carlo Lizzani. Un éclairage intéressant sur une réalisatrice finalement peu connue en dehors de ses frontières, hormis pour le "scandaleux" Portier de nuit de 1974.
En ce qui concerne le film, on y apprend que Paramount souhaitait acheter les droits, mais en refaisant la fin. Ils étaient prêts à mettre 150 000 dollars... soit plus que le budget du film ! Cavani refusa, ne voulant pas dénaturer sa tragédie contemporaine.

Liste des bonus : Le cinéma italien : témoignages et protagonistes - Entretien avec Liliana Cavani par Carlo Lizzani (60 min.)

 
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