RETOUR
Coming Home - Etats-Unis - 1978
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Genre : Drame
Réalisateur : Hal Ashby
Musique : Divers
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 128 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 20 septembre 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Los Angeles, 1968. Capitaine dans les Marines, Bob Hyde part combattre au Vietnam. Voulant se rendre utile en l’absence de son mari, Sally se porte bénévole à l’hôpital des vétérans où elle retrouve un ancien camarade de lycée, Luke Martin, devenu paraplégique. Cet homme brisé, sujet à de multiples accès de colère, retrouve progressivement goût à la vie au contact de la jeune femme…
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A change is gonna Come

Sorti quelques semaines seulement avant Voyage au bout de l'enfer, Retour est le premier film à se confronter au traitement des vétérans de la Guerre du Vietnam. Un grand film motivé par le militantisme de Jane Fonda et révélé par l'évidence poétique d'Hal Ashby (Harold et Maud, Shampoo).

Longtemps porté par Jane Fonda comme un moyen de combiner son métier d'actrice et son combat reconnu contre la Guerre du Vietnam, ce qui qui deviendra Coming Home changea forcément de visage lorsque le pays sortit enfin du marasme en 1975. Le message ne pouvait plus être le même, la voie portée ne pouvait plus être aussi forte et la tonalité ne pouvait plus être celle d'un manifeste, d'un anti-Bérets verts de John Wayne. Le mélodrame voulu par Fonda, le triangle amoureux entre son personnage et les deux hommes, l'un son époux fier combattant pour son pays, l'autre vétéran en chaise roulante devenu pacifiste accompli, se doit alors de regarder de l'avant. C'est ce qui fait sa plus grande force. Que faire après ces années de massacre, de mort, de mensonges et de rêves brisés ? Comment se reconstruire et reconstruire son pays ? Abordant depuis sa première réalisation, Le Propriétaire, des questions de société hautement complexes mais toujours avec une franche modestie et un regard extrêmement sensible sur ses personnages, Hal Ashby était certainement le cinéaste idéal pour Retour. La question politique primordiale du film ne passera pas par un discours militant, par de grandes dénonciations plein cadre, mais par l'histoire elles-mêmes et ses personnages, toujours servie par une mise en scène discrète mais lumineuse. Une recherche constante de véracité, de crédibilité et d'humanité qui sous-tend tout le film, et qui en passe souvent par une certaine part d'improvisation très préparée.

 

For What IT's Worth


Ainsi l'ouverture, écoute simplement de (véritables) vétérans, plus ou moins abimés, discuter du bienfondé de leur engagement autour d'une partie de billard, alors que la caméra se rapproche lentement du visage de Luke (John Voight) silencieux, le menton posé sur ses mains. Une scène transformée par l'acteur qui ne jugea pas juste de déclamer ses dialogues, laissant par respect, ces anciens combattants s'exprimer. Une voix, souvent multiples, où affleure la douleur de chacun, les fêlures mais aussi les espoirs et la force de vie. Au départ imaginé comme une métaphore évidente de l'opposition cristallisée entre les pro et contre, le triangle amoureux qui oppose le mari Bob (Bruce Dern) et l'amant Luke se montre à l'écran beaucoup plus nuancé, complexe et malgré effectivement leurs différences évidentes de vision et d'évolution, résonne presque comme des personnages en miroir. L'un est brisé physiquement mais en est ressorti plus apaisé et lucide, l'autre y a manifestement perdu pied et n'arrive plus à s'extraire de son trauma. L'implication, l'émotion, la vérité interprétée par les deux acteurs masculins est souvent terrassante, révélatrice d'une société fracturée, mais servent aussi à merveille la prestation de Jane Fonda, sans doute dans son plus beau rôle. Féministe encore et toujours elle brosse le portrait d'une femme qui va peu à peu retrouver son indépendance, trouver sa place dans le monde et le comprendre, affirmer un regard et donc une maturité inédite, figurant brillamment le cheminement d'une féminité, elle aussi en reconstruction. Là encore une séquence, sublime, vient concrétiser ce cheminement : une scène d'amour extrêmement délicate et touchante entre Sally et Luke, où l'orgasme enfin atteint n'en passe pas par la pénétration (renvoyant au devoir conjugal aperçut plus tôt) mais par des caresses et un cunnilingus. Car oui dans Retour se joue aussi la question d'une autre virilité, loin du culte du corps et des armes, loin de l'idéologie machiste qui mène souvent à la guerre.

Film témoin d'une époque de changement, d'une évolution des mœurs et des esprits, Retour capture comme peu d'autre le souffle de son temps, l'atmosphère d'un pays à l'aube d'une nouvelle décennie encore pleine de promesses (malheureusement...) Inévitablement porté par une bande originale constante de tubes d'alors (des Stones aux Beatles en passant par Jefferson Airplane et Dylan) flottant dans l'air comme un souvenir déjà diffus. Splendide.

Nathanaël Bouton-Drouard






 

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Image :
Comme pour l'édition américain de Kino Lorber datant déjà de 2014, la copie proposée par Carlotta n'est pas forcément des plus impressionnantes. La source vidéo un peu datée a été sobrement nettoyée numériquement assurant certes une certaine propreté, mais peine à gérer la photographie vaporeuse du film et un grain de pellicule très présent à la source. Un master un peu neigeux, pas déplaisant, mais jamais vraiment au niveau de l'efficience attendue.

 


Son :
Sobres mais bien posées, les pistes DTS HD Master Audio 2.0 mono restent très agréables et proches des sensations initiales. On notera du coté de la version originale un traitement très particulier des tubes de la bande originale, toujours légèrement en arrière comme quelques souvenirs auditifs capturés à la radio.

 


Interactivité :
Nouveau volume de collection Ultra Collector de Carlotta, Retour se présente donc sous la forme d'un imposant coffret avec fourreau au design très épuré et en carton dur, dans lequel vient se ranger un livre de 160 pages rédigé par Jean-Baptiste Thoret. Un spécialiste éclairé du cinéma américain des années 70 qui naturellement se fend d'un ouvrage passionnant qui retrace la production et le tournage du film, mais qui surtout capture totalement l'esprit du film, sa volonté initiale de film militant et sa transformation en grand mélodrame moderne, tout en développant la place particulière d'Hal Ashby dans l'industrie de l'époque et celle de Jane Fonda, icone sexuelle et militante. Le tout analyse le fond et la forme, décrypte choix esthétiques, narratifs et musicaux avec pertinence. Passionnant et complété par quelques photos d'archives et même l'un des traitements premiers du film avec la première fin envisagée.

Dans les petites pochettes inclues dans la couverture on trouve aussi bien entendu les deux disques DVD et Bluray accompagnés de leurs bonus vidéo. En l'occurrence deux items produits pour une ancienne sortie DVD prenant l'apparence d'un making of rétrospectif très complet, revenant encore sur le tournage, la direction d'acteurs, l'écriture compliquée du film et l'importance de celui-ci dans la carrière de chacun, suivi d'un hommage au réalisateur où les intervenants reviennent plus chaleureusement encore sur sa personnalité joyeuse, ses combats politiques, son ouverture d'esprits etc... Plutôt sympa mais vite éclipsé par le long documentaire « Hal Ashby, l'insoumis du nouvel Hollywood » (pour le coup absent du Bluray américain) qui retrace toute la vie et la carrière du metteur en scène. Construit autour de nombreuses interviews de ses collègues et collaborateurs (de Jane Fonda à Jeff Bridges), de quelques précisions apportées par des historiens du cinéma mais aussi de textes et d'enregistrements d'Ashby en personne, le film traverse l'intégralité de sa filmographie, soulignant le contraste entre sa production des 70's et des 80's, et dresse le portait d'un personnage intense, passionné par son art et qui s'est heurté à la dure réalité économique et politique d'une Amérique qui lui ressemble de moins en moins. Une approche sincère, complète et passionnante.

Liste des bonus : Le livre « L'Esprit retrouvé - « Retour » de Hal Ashby » par Jean-Baptiste Thoret avec 50 photos d'archives (160 pages), « Retour sur ‘Retour' » : entretiens avec Jon Voight, Bruce Dern et Haskell Wexler (25'), « Hal Ashby, un homme hors du temps » : hommage à Hal Ashby par Jon Voight, Bruce Dern, Haskell Wexler et Norman Jewison (15'), « Hal Ashby, l'insoumis du nouvel Hollywood » : documentaire réalisé par Amy Scott (2018, HD, 91'), Bande-annonce originale.

 

 

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