SHUTTER ISLAND
Etats-Unis - 2010
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Shutter Island »
Genre : Thriller
Réalisateur : Martin Scorsese
Musique : Collectif
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1, français et espagnol Dolby Digital 5.1
Sous-titre : Français, Anglais, Néerlandais, Danois…
Durée : 138 minutes
Distributeur : Paramount Home Entertainment
Date de sortie : 24 juin 2010
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
En 1954, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l'île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L'une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée de l'extérieur ?
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Insane

Chaque nouveau film de Martin Scorsese (Les Affranchis, Gangs of New York) provoque autant de passion que de débats. Difficile cependant d'entendre les réserves de certains face à la maîtrise absolue affichée par sa dernière œuvre sur pellicule.

 

68 ans et toutes ses dents (enfin a priori), Martin Scorsese fait partie de ces rares monstres sacrés à oser se mettre en danger à chaque nouveau film, passant récemment d'un remake habile d'un polar hongkongais (Les Infiltrés) à une ode rock aux Rolling Stones (Shine a Light). Le tout sans faiblir, le cinéaste jouant autant de la forme que du fond d'un art qu'il pratique avec un talent incroyable depuis  quelques décennies. Œuvre crépusculaire autant que gothique, le roman Shutter Island de Dennis Lehane (Mystic River, Gone Baby Gone) avait certes tout pour plaire au réalisateur : une reconstitution d'une époque aussi crue que fantasmagorique, une description appuyée d'un microcosme sociétal avec ses propres mécaniques, ses codes et sa hiérarchie écrasante... Le manuscrit présentait toutefois de véritables risques dans sa mise en lumière de la folie comme outil narratif. Un mélange entre réalité et visions plus ou moins biaisées, qui devient heureusement le centre du long-métrage devant l'objectif virtuose de Scorsese. Sa mise en scène sobre et structurée se rapproche naturellement des films noirs des années 50, et en particulier du Shock Corridor de Samuel Fueller (aux contours thématiques justement très proches) avec des jeux de lumière inspirés et une mécanique des plans hitchcockienne.

 

Voyage au bout de l'enfer


Ce cadre rigoureux permet d'instaurer sans surabondance la lente dégradation de l'équilibre mental d'un DiCaprio fiévreux (l'une de ses meilleures interprétations), dégradation qui semble contaminer la nature des lieux (brouillard à couper au couteau, tempête homérique...) autant que le long-métrage lui-même, traversé par des images traumatiques héritées de sa découverte d'un camp de concentration pendant la seconde guerre mondiale et la mort tragique de son épouse. Les repères s'effondrent et Shutter Island glisse vers l'horreur pure, baladant plonge dans la paranoïa et frise le cauchemar lors d'une visite d'un bâtiment de haute sécurité plongé dans les ténèbres. Manipulateur, Scorcese décrit une apocalypse au singulier, rappelant les fulgurances formelles et affectives de son sublime A tombeau ouvert. Même la principale faiblesse du roman est doucement écartée par le cinéaste, qui minimise le twist final en préférant à l'effet de surprise pataud un saupoudrage savant de détails et d'attitudes (Mark Ruffalo et Ben Kingsley sont parfaits), mettant le spectateur sur la voie pour mieux lui asséner une séquence finale d'une violence émotionnelle tétanisante.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
On aurait été scandalisé de ne trouver ici qu'une image dans la moyenne. Heureusement Paramount s'est littéralement surpassé en offrant à ce film noir faussement rétro un traitement monstrueusement précis. Les contrastes clair/obscur se découvrent une plus grande force encore qu'en salles, tandis que les couleurs du réel détonnent admirablement avec celles des visions de DiCaprio, plus vives et riches dans leur palette colorimétrique. Contrastes appuyés, profondeur de champ optimale, compression invisible, douce patine argentique... sublime et idéal pour un long-métrage qui mérite la revoyure.

 

Son :
Avec le traitement de l'image, la piste DTS-HD Master Audio 5.1 finit de hisser la galette vers les hautes strates du support. Admirable d'équilibre entre les différentes sources et sachant réveiller les esgourdes par des effets sonores aussi efficaces que subtiles, le mixage se montre hautement immersif, renvoyant constamment le spectateur à la folie des personnages et à l'ambiance plus qu'inquiétante de cette île de fous. De la pluie battante au vent qui frôle les impers en passant par les expérimentations sonores d'une bande originale aussi disparate que flippante, c'est du grand art. Alors pourquoi la version française doit-elle seulement se contenter d'un Dolby Digital 5.1 de série ?

 

Interactivité :
Amusant de voir comme certains réalisateurs restent à distance des possibilités introspectives des DVDs et aujourd'hui du Blu-ray. Pas question ici de commentaire audio de Martin Scorcese sur son dernier essai, et le cinéaste ne se fend que d'une participation des plus restreintes aux deux petits documentaires fournies. C'est donc aux producteurs et aux acteurs de s'étendre sur le talent incroyable de ce monument (vivant !) du cinéma moderne, dans un défilé de propos admiratifs et pas forcément passionnants. Un chouia plus pertinent, Le Phare revient sur les recherches effectuées par le casting pour comprendre la folie en général et leur personnage en particulier, mais c'est l'occasion aussi de faire un petit tour historique des traitements psychiatriques des années 50, et de l'abandon progressif (ouf !) de la lobotomie. A réserver aux néophytes cependant.

 

Liste des bonus : Les Mystères de l'ïle (17'), Le Phare (21'), bandes-annonces

 
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