ENTRETIEN AVEC ROB BOWMAN, RéALISATEUR D'ELEKTRA
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L'oeil de la belle

Quelques mois à peine avant la sortie de sa vision d'Elktra, l'ancien talent des X-Files Rob Bowman ne cachait pas ses ambitions quant à son futur bébé. Entre les paroles, les actes et surtout les impératifs d'un studio maltraitant ses licences costumées, le faussé est parfois très profond...

(Entretien réalisé en janvier 2005)


 

Cela fait trois ans que Le Règne du feu est sorti sur les écrans. Qu'avez-vous fait au cours de ces années qui vous séparent d'Elektra ?

Après Le Règne du feu, j'ai travaillé sur différents projets, quatre pour être exact. Quatre scénarii qui sont restés au stade du développement et piétinaient un peu. A ce moment-là, on m'a proposé le projet du film Elektra est comme il était déjà bien avancé, et que le tournage avait déjà reçu le feu vert, je n'ai pas hésité.

 

Et comment avez-vous été contacté pour être le réalisateur d'Elektra ?

En fait c'est la Twenty Century Fox qui me l'a proposé. On avait une réunion avec les principaux dirigeants du studio pour discuter de nouveaux projets et voir quel film je pourrais diriger pour eux, et parmi les quelques idées qui ont circulé, il y avait Elektra. Je leur ai fait comprendre que ce sujet m'intéressait et ils ont tout de suite été d'accord.

 

Comment vous positionnez-vous par rapport au Daredevil de Mark Steven Johnson ? Vous essayez de rester dans la continuité ou vous partez dans une direction totalement différente ?

Daredevil est un "véritable" film de super héros. Il y a là-dedans tout ce que l'on attend de ce type de film avec des personnages iconiques, des super-pouvoirs... Pour mon film, je me suis vraiment concentré sur la psychologie d'Elektra et ai tenté de faire le film à son image. Je me suis demandé ce qui faisait sa singularité. Ce n'est pas un spin-off ni une suite, le seul lien avec Daredevil, c'est que Jennifer Garner interprète un personnage qui s'appelle Elektra. 


Daredevil a connu quelques difficultés lors de l'étape du montage et la version projetée en salles est loin d'être celle du réalisateur. Quelle est votre marge de liberté ? Avez-vous le final cut ?

J'ai entendu des bribes de ce qui c'était passé sur Daredevil, mais je ne sais pas exactement ce qu'il en est. Mais pour Elektra la présence du studio a surtout pris la forme d'un réel soutien. Nous n'avons pas eu plus de conflits que sur un tournage normal, car ils sont d'accord avec mon point de vue, l'histoire et le ton du film tel que je l'envisage.

 

Etiez-vous un amateur du comic book ?

Honnêtement, je n'en avais jamais lu. J'ai commencé à en lire seulement après avoir étudié la première version du scénario. Là j'ai commencé à faire des recherches pour développer le script en gardant en tête la mythologie grecque mais aussi en me replongeant dans l'histoire originale de Frank Miller. Je me suis alors rendu compte que le matériau d'origine avait beaucoup d'humour, mais surtout que la mise en scène et le scénario étaient d'une grande richesse. Tous cela m'a forcément servi tout au long de la pré-production, même si je n'ai pas reproduit ici la véritable Elektra où tout est question de sexe et de meurtre. Le côté purement sexuel du personnage ne m'intéresse pas plus que ça. Vous savez, quand j'étais gamin, le personnage qui me fascinait le plus était Batman. Parce qu'il était le plus sombre et le plus torturé. Quand Elektra est devenu une possibilité de film pour moi, j'y ai découvert certaines qualités du justicier de Gotham. Et comme Batman a déjà été fait par Burton et est de nouveau en branle sous la direction de Christopher Nolan, j'ai trouvé en Elektra une bonne façon de faire « mon Batman ».

 

Y-a-t-il une partie du comics qui a été adaptée en particulier ?

Pas vraiment, ce que l'on a surtout repris de la bande dessinée, c'est la personnalisation d'Elektra. Par exemple on a tout de suite voulu réhabiliter son costume rouge au lieu du noir que l'on voit dans Daredevil. On a réinséré dans sa psychologie une grande dose de noirceur comme Frank Miller l'avait créée, même si je ne peux la souligner autant dans le film. C'est forcément un film plus noir que Daredevil. Elektra est désormais mue par sa rage, sa colère, dévorée par la blessure émotionnelle qu'elle a vécue dans le premier film.

 

Pour vous, Jennifer Garner est-elle la Elektra idéale pour le grand écran ?

Franchement oui. Rien que de penser qu'une femme aussi agréable et charmante que Jennifer Garner interprète une personne aussi torturée qu'Elektra, ça me fascine. Dans la BD, il arrive que le personnage d'Elektra soit presque antipathique. Jennifer Garner est foncièrement sympathique pour le spectateur. Je suis sûr qu'avec elle dans ce rôle, les gens ressentiront de l'empathie pour cette femme et auront envie de se battre pour elle. Je pense vraiment que cette dichotomie est une combinaison intéressante.

 

Les premières images que l'on peut voir du film montraient une réelle inclinaison vers le cinéma asiatique et le film d'art martiaux...

Dans les films classiques de super héros, les spectateurs voient le personnage avec des super pouvoirs. Les films foncent alors tête baissée dans le fantastique, avec des personnes qui sautent jusqu'en haut d'un building ou volent... Ici, j'ai préféré développer un mysticisme plus asiatique. Il n'y a pas véritablement de super pouvoir, même si un des personnages a un tatouage « vivant ». J'ai surtout tenté de traiter le film avec plus de sobriété pour lui apporter une dose importante de réalisme ou plus exactement de plausibilité. Je me suis rendu compte, lorsque je travaillais sur X-Files, que plus on apportait de réalisme à un récit fantastique, plus on le rendait crédible et donc accrocheur pour le spectateur. C'est pourquoi on a tous beaucoup travaillé autour des mouvements du nunjitsu, cette façon de se mouvoir dans l'espace, ou l'habilité de projeter ses pensées dans le cerveau d'un autre. On aboutit alors à un film plus « magique » que « super-héroïque ».

 

La mode reste actuellement au cinéma d'action post-Matrix. Y a t-il beaucoup de combats câblés ?

On en a utilisé forcément, mais plus pour des questions de sécurité que d'esthétique. Les fameux effets de combat à « gravité zéro », le spectateur en a déjà vu un grand nombre de fois. On a tenté d'être vraiment strict en termes de chorégraphie, d'être plus réaliste. Surtout, je ne voulais pas de scènes de combat pour avoir des scènes de combats... que le scénario s'arrête artificiellement le temps des empoignades. Dans Elektra, lorsqu'il y a un combat, il est utile et développe les enjeux des personnages. En fait l'objectif du combat, sa cause et ses conséquences sont plus importants que le combat lui-même.

Nathanaël Bouton-Drouard






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