COLLECTION HOMMAGE à EDGAR G. ULMER
La Fille du Dr Jekyll / So Young So Bad / Le Démon de la chair / Detour / Barbe Bleue / Moon Over Harlem… - Etats-Unis - 1933 à 1960
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Réalisateur : Edgar G. Ulmer
Musique : Divers
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais mono
Sous-titre : Français
Durée : 840 minutes
Distributeur : Bach Films
Date de sortie : 28 juin 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Pénétrez pour la première fois dans l’univers insensé du réalisateur culte Edgar G. Ulmer avec ce coffret collector 6 DVD. 12 films incroyables et incontournables.
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Illusioniste

Lorsqu'un éditeur se fend d'un gros coffret six disques entièrement consacré au travail d'un réalisateur, c'est logiquement que ce dernier est une véritable star. Sauf que la présente box éditée par Bach Films est dédiée à un certains Edgar G. Ulmer, stakhanoviste forcené dont le CV comporte une cinquantaine de réalisations (et autant de collaborations), pour la plupart tombées dans l'oubli. 

Edgar G. Ulmer aurait pourtant pu entrer au panthéon des grands cinéastes de l'âge d'or. Le cinéaste entame sa carrière en Autriche et en Allemagne comme décorateur pour Max Reinhardt,  puis sur le Metropolis et M. Le Maudit de Fritz Lang ou L'Aurore de Murnau ; excusez du peu ! Ces collaborations lui laisseront un goût certain pour les arrière-plans travaillés, les structures complexes et expressionnistes, privilégiant les sensations à un réalisme plus direct. C'est la coréalisation des Hommes du dimanche avec Robert Siodmak qui va ouvrir à Ulmer les portes d'Hollywood ; ou plutôt les petites portes, puisqu'il devra passer par quelques productions opportunistes comme Damaged Lives (présent sur le 6ème disque), mise en garde moralisatrice mais fictionnalisée sur les relations extraconjugales et les maladies vénériennes qui peuvent en découler. Un autre temps, mais le document est traité avec soin. C'est surtout avec l'extraordinaire Chat Noir que l'injustice de sa carrière se fait évidente. Ulmer réalise ainsi l'un des plus beaux fleurons des classiques horrifiques de la Universal (avec Karloff et Lugosi en renfort) et rencontre un succès imposant. Mais il ne pourra en tirer aucun bénéfice à cause de la jalousie de l'un des pontes du studio, échaudé par les refus répétés de la femme d'Ulmer.

 

Pour un ailleurs


Désormais blacklisté, l'artiste retombe dans un certain anonymat et doit se contenter de tourner à la pelle des productions rachitiques, des films pour minorités tournées sur des chutes de pellicule. Il finira par devenir le « Orson Welles » de la PRC, la société de production la plus famélique de l'époque. Quelques sous, des acteurs de seconde zone ou d'anciens talents sur le déclin, des effets spéciaux approximatifs, des stock-shots à foison et du bricolage endiablé... Ces bandes d'exploitation digérées par les salles obscures comme un MacDo souffrent très souvent de conditions de tournage extrêmes (5 jours maxi !!!), que seul le talent solide et la passion de Ulmer réussissent à sauver. Pas toujours cela dit, puisque Girls In Chain, polar timide dans une prison pour adolescentes criminelles, sombre dans le ridicule avec ses dialogues d'une naïveté caricaturale et ses « gamines » de 40 ans bien tassées ; L'incroyable Homme Invisible (The Amazing Transparent Man) accuse un manque d'originalité et une rigidité rythmique accablante ; enfin, le futuriste Le Voyageur du temps (Beyond the Time Barrier) semble aussi figé et ampoulé qu'un mauvais Star Trek turc. Les plus observateurs y décèleront tous de même quelques plans élégants, un décor qui détonne, mais parmi les 12 longs-métrages proposés dans le coffret, il y a plus emballant.

 

soul man


A commencer par l'inquiétant Barbe Bleue (Bluebeard), sublime film d'horreur atmosphérique se déroulant dans le Paris du XIXème siècle, porté par un magnétique John Carradine. Un descendant direct de M. Le maudit, qui s'attarde plus sur la psychologie de son assassin incontrôlable (un marionnettiste séducteur qui ne peut peindre qu'après avoir étranglé son modèle) que sur le sort réservé à ses victimes. Très ambivalent dans son approche du sujet, le film renvoie directement au mélodrame Le Démon de la chair (The Strange Woman), qui s'intéresse à une jolie arriviste (éclatante Hedy Lamarr) dont le destin va faire d'elle l'une des femmes les plus riches de la ville après quelques séductions successives. Loin de la fustiger pour son comportement, l'oeuvre mélange cause (pauvreté, père alcoolique) et énigme (propension pour la violence lui venant de l'enfance), le cinéaste brossant un portrait tout en contrastes. Sans doute le long-métrage le plus réussi de cette sélection. Ulmer aime encastrer ses personnages troubles dans une forme solide, fignolée avec un sens visuel imparable, mais surtout questionne à chacun de ses essais la notion de destin, l'inextricable « ligne de conduite » conditionnée par la morale et les préjugés.

 

Black list

Ces questions sont également au centre d'un très abouti (cette fois-ci) film de prison pour femmes, So Young So Bad, qui sans ambition démesurée surprend par la modernité de son propos et de son ouverture d'esprit. Plus classique, mais particulièrement bien troussé, Detour regroupe toute la personnalité de Ulmer dans un polar noir du meilleur acabit, particulièrement bien campé par le duo Tom Neal / Ann Savage, avec un grain de folie assez fascinant. Mais au-delà des conditions artistiques, la grande curiosité de l'anthologie est à découvrir du coté de Moon Over Harlem, thriller qui tend surtout vers le drame familial, dont la particularité est d'être l'un des premier films (presque) uniquement incarnés par des acteurs noirs. Une oeuvre pour minorité donc, budgétisée avec moins que rien, mais qui outre son importance historique affiche une finalisation plus que recommandable. Profitant sans doute du désintérêt total des circuits de diffusion de l'époque, le cinéaste enfonce d'ailleurs quelques portes, n'hésitant pas à filmer un couple mixte (un noir et une blanche, extrêmement shocking pour l'époque) ou à laisser s'enfuir les criminels dans un final atypique... qui en somme, symbolise bien cette carrière hors-norme, courageuse, inégale mais à redécouvrir, assurément.
Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
L'éditeur nous prévient avec honnêteté avant chaque film : ces productions rarissimes, voire totalement inédites en France pour une grande part, ne sont plus disponibles dans des copies de parfaite tenue. Tournées avec moins d'un peseta et oubliées dans des cartons, elles affichent de méchantes rides à chaque image. La pellicule manque parfois de stabilité, le noir & blanc n'a pas les contrastes assez marqués et stries et autres taches s'invitent régulièment. Ca fait un peu mal sur un écran HD, mais le but ici n'est pas de canoniser des classiques, mais bien de leur offrir la possibilité de le devenir.

 

Son :
Même discours que pour l'image. Les versions anglaises (uniquement) en mono d'époque ne profitent par d'une tenue des plus constantes. Des passages sont étouffés, d'autres plus saturés... Les sous-titres français sont particulièrement appréciables.

 

Interactivité :
Proposé a sa sortie aux environs de 30 euros, ce programme chargé combinant douze films disparates semble déjà une jolie opportunité. Bach Films ne s'arrête pas là et fait appel au critique / Historien Stéphane Bourgoin pour venir concocter un cahier de présentation de vingt pages qui retrace la carrière du réalisateur, passant de ses grandes réussites à ses échecs avec une jolie manière d'attiser la curiosité. Plus agréable encore, le même se fend d'introductions allant de 5 à 20 minutes en fonction des sujets et des longs-métrages. Les différents segments se renvoient parfois un peu trop la balle, mais le spectateur étant souvent devant l'inconnu, quelques infos éclairantes s'avèrent indispensables.

Liste des bonus : Livret de 20 pages sur Edgar G.Ulmer, écrit par Stéphane Bourgoin, Présentations de tous les films par Stéphane Bourgoin.

Le coffret contient les films : Le Voyageur du temps / L'incroyable homme Invisible / La Fille du Dr Jekyll / So Young So Bad / Le Demon de la chair / Detour / Strange Illusion / Barbe Bleue / Girls in Chains / Moon Over Harlem / Damaged Lives / Goodbye Mr Germ
 

 
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