FARGO
Etats-Unis - 1996
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Fargo »
Genre : Drame, Policier
Réalisateur : Joel Coen, Ethan Coen
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais en DTS-HD Master Audio 5.1, Français en DTS
Sous-titre : Français, anglais et divers
Date de sortie : 3 juin 2009
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Fargo »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Afin de soutirer une forte somme d'argent à son avare de beau-père, un vendeur de voitures minable engage deux ex-taulards pour l'enlèvement de sa femme. Bien évidemment, la sauce tourne vite au vinaigre…
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Une histoire vraie

"Ce film est tiré de faits réels." Ainsi débute Fargo, sur un carton dont le mensonge est aujourd'hui avéré, en plus d'être assumé pleinement par ses metteurs en scène. Plus d'une décennie après sa sortie, tous les aveux de la production n'auront de toute manière pas suffi à soustraire au sixième chef-d'œuvre des Coen sa férocité quotidienne, son incroyable véracité, son hystérie désespérément neutre.

 

Sans doute amusés par les hordes de drames, films d'épouvante et thrillers " tirés de faits réels ", mais dont " les noms et événements furent quelque peu modifiés pour ne mettre personne dans l'embarras, " les frères Coen ont réalisé avec Fargo le plus abominablement crédible des faits divers cinématographiques. Somptueusement rythmé à l'écriture (les acteurs précisent dans le documentaire " Minnesota Nice " que chaque hésitation, forme plurielle ou rupture de ton se trouvait déjà dans les pages du scénario), le projet Fargo allait naturellement bannir toute l'audace et l'excentricité visuelles qui avaient imprégné les pellicules du Grand Saut et d'Arizona Jr. La dualité créative des deux frères, à l'origine du dédoublement systématique des enjeux de leurs films, allait plus que jamais éclater au grand jour, la platitude feinte de la mise en scène s'évertuant à banaliser des situations aux proportions énormes. Comme s'en étonne encore le directeur de la photographie Richard Deakins dans son timide commentaire audio enregistré pour le DVD collector de 2003, les partis pris visuels de Fargo rejoignent tous une quête de simplicité optimale. Généralement fixes, sinon lents dans leurs déplacements, les plans s'avèrent exceptionnellement longs (chaque séquence n'en compte par conséquent que très peu) et la lumière aspire à une efficacité immédiate, quasiment fonctionnelle. De là à rapprocher les Coen de la nouvelle école Ratner (plan/plan, acteurs au milieu du cadre, inserts selon l'humeur et aucune construction scénique), il y a tout un univers. Intégralement chorégraphié et réfléchi, le calme apparent de Fargo n'a qu'un but : placer le spectateur en face d'un miroir sans teint, l'asseoir, invisible, au cœur même de l'action et en faire le témoin privilégié de la bêtise ambiante.

 

Aux frontières de la bêtise

 

Fargo traite essentiellement de bêtise, non pas dans le mode de vie si particulier des citoyens du Minnesota (dont les Coen véhiculent au contraire une sympathie touchante), mais à travers les actes de protagonistes tous persuadés d'avoir le contrôle de la situation. En organisant l'enlèvement de sa femme par deux anciens taulards, le vendeur de voiture Jerry Lundergaard espère soutirer à son avare de beau-père, via une rançon, les fonds nécessaires à la construction d'un parking. Bien incapable de se projeter dans l'avenir, le bougre lance au contraire une mécanique meurtrière et absurde, qui condamnera les destinées de sa famille et de parfaits inconnus. Véritable plongée dans les méandres d'un gâchis monumental, que les auteurs s'efforcent de percevoir comme le plus commun des faits divers (voir la scène du kidnapping, où le contraste entre l'immobilité du cadre et l'hystérie des acteurs est frappant), Fargo est une blague profondément noire, et appelle un rire d'autant plus embarrassé de la part de son public qu'il noue avec lui une proximité terrifiante. Les années n'auront altéré ni cette satire délicieuse, ni ce subtil esthétisme du quotidien : la splendide copie proposée par MGM rend ainsi hommage aux couleurs primaires du film, comme en témoigne l'inoubliable séquence d'exécution nocturne, où le trio noir / blanc / rouge transforme en une fraction de seconde un panoramique sobre et précis en authentique évocation des Enfers.

Alexandre Poncet






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Image :

Les couleurs les plus pures, telles que le blanc ou le noir, ne sont paradoxalement pas les plus faciles à respecter en DVD et Blu-Ray, le contraste et la luminosité qu'ils impliquent trahissant bien souvent une compression hasardeuse ou des défauts de pellicule épuisants. Si la première copie de Fargo, sortie il y a quelques années, pouvait subir ces attaques, on n'osera jouer aux mécontents devant la présente galette, qui reprend le master de 2003 et bénéficie, bien sûr, du niveau de détail que l'on peut attendre d'un Blu-Ray. Si ce collector n'est pas exempt de petits écarts (quelques taches ici et là), la splendeur des étendues enneigées du Minnesota n'a jamais autant éclaté depuis la sortie du film en salles !

 

Son :

Les amateurs de 5.1 qui dépotent en seront pour leurs frais : le mixage sonore de Fargo, intelligent dans tous ses choix, respecte l'adage du film : la simplicité, l'efficacité et une illusion de vérité avant le spectaculaire. Sobre et brillantes en plus de faire honneur à la splendide composition de Carter Burwell, les pistes sonores (VO comme VF, c'est assez rare pour être précisé !) remplissent parfaitement leur rôle, qu'elles soient labellisées DTS Master Audio ou DTS.

 

Interactivité :

A l'annonce de la sortie de la réédition de Fargo de 2003, dont ce Blu-Ray reprend l'intégralité des bonus, et considérant leur participation active au DVD de The Barber, on espérait que les Coen daignent réapparaître sous les feux des projecteurs et donner aux admirateurs que nous sommes quelques leçons de cinéma. Cette attente n'aura été que partiellement comblée par ce collector. Oui, effectivement, les suppléments donnent la parole aux deux frères qui tentent, à la demande générale, de définir clairement leur style et évoquent (timidement) la genèse de leur sixième long-métrage. Timide, tel est le mot. Davantage concentré sur les propos des acteurs (dont une Frances McDormand bien plus bavarde que son mari Joel Coen), le making of " Minnesota Nice " souligne la gêne des deux auteurs, dont le regard fuyant traduit soit une modestie impressionnante, soit une réticence à laisser l'objectif adverse sonder les tréfonds de leurs pensées. Car il faut bien l'admettre : plus que tout autre vérité, cette édition collector se fait messager de l'impénétrabilité de leur univers personnel. Certes instructif et riche enanecdotes (émanant des acteurs bien entendu), le documentaire parvient à décrédibiliser totalement, via l'aveu d'un mensonge, la longue interview accordée en 1996 par les deux cinéastes, qui prétendaient alors avoir tiré l'histoire de Fargo d'événements authentiques. Ce refus catégorique de s'exposer ou de faciliter l'appréhension d'œuvres qui se suffisent de toute façon à elles-mêmes n'est ni nouveau, ni totalement répréhensible. Après tout, les Coen s'étaient déjà amusés à parasiter le commentaire audio de The Barber avec force private jokes et digressions totalement imperméables, laissant finalement Billy Bob Thornton évoquer seul l'expérience du tournage. Dans une industrie numérique qui tend à noyer le film dans des flots interactifs pour la plupart dispensables, la position des deux frères n'est peut-être pas si préjudiciable...

 

Documentaire "Minnesota Nice" (28mn) : Réalisé par Jeffrey Schwarz (auteur des suppléments de Robocop, Hollow Man et du collector zone 1 de Starship Troopers), le documentaire " Minnesota Nice " représente le supplément le plus intéressant de cette édition. Sur une durée de 28 minutes, les images de tournage affluent, entrecoupées de nombreux témoignages. On notera surtout les anecdotes de Frances McDormand (" il existe un rire Coen, une espèce de gloussement qu'ils font toujours en même temps), William H. Macy ou Peter Stormare, ce dernier expliquant comment il fut contraint par sa compagnie de théâtre de refuser un rôle de Miller's Crossing. On apprend enfin qu'une touriste japonaise mourut de froid au Minnesota, pour avoir désespérément cherché la valise d'argent enterrée par Buscemi dans le film. Un fait divers à la bêtise déconcertante, auquel les Coen eux-mêmes n'auraient pas pensé à mettre dans un script... 

 

Interview des frères Coen (20mn) : Charlie Rose, célèbre animateur d'une émission de cinéma américaine, recevait les Coen à l'époque de la sortie du film. Sans rien nous apprendre de tangible sur la création de Fargo, ce supplément est intéressant à plus d'un titre, puisqu'il met en évidence la note d'intention des deux frères, qui en 1996 n'hésitaient pas à affirmer que leur film puisait son intrigue dans une histoire vraie (ce que le documentaire " Minnesota Nice " dément !). Long de vingt minutes, et jouissant de la présence non négligeable de Frances McDormand, cet entretien est une clé supplémentaire à la compréhension de l'esprit Coen ; encore faut il prendre la peine de chercher à le saisir activement !

 

Commentaire audio de Richard Deakins : Le directeur de la photographie, auquel le DVD de The Barber consacrait une interview de 45 minutes, a l'insigne honneur de commenter Fargo. Hélas, son récit se résume le plus souvent à des considérations techniques, lorsqu'il ne se souvient plus tout simplement comment s'est déroulé le tournage d'une scène précise. Une déception, même si Deakins n'a rien, mais alors vraiment rien d'un orateur antipathique.

 

Option de Pop-Up : Une option à la MTV, apposant à même l'image des textes, anecdotes, récits ou sondages plus ou moins en relation avec un détail ou une séquence du film. Cette option est ici dispensable, puisqu'elle se résume le plus souvent à recopier la filmographie d'un acteur, ou à montrer que le métier de vendeur de voiture est le plus mal vu au monde. N'attendez vraiment pas qu'on vous renseigne sur la création du film.

 

L'arbre généalogique des frères Coen : Un supplément sympathique, qui dresse une filmographie sélective (uniquement les projets communs) de tous les collaborateurs de frères Coen depuis leurs débuts. Le fan n'apprendra cependant pas grand chose, sinon rien.

 

Article American Cinematographer : Un article (présenté en pages de texte donc) paru en 1996 dans la revue American Cinematographer, consacré à la collaboration entre les frères Coen et leur directeur de la photographie Roger Deakins. Les détails techniques affluent et réservent ce supplément aux chefs opérateurs en devenir.

 

Galerie de photos du tournage : Comme son nom l'indique, une succession de clichés pris lors du tournage de Fargo, essentiellement des frères Coen. Petit détail : il s'agit d'un montage de photos (qui se succèdent à un rythme soutenu), et nom d'une liste interactive.

 

Bandes-annonces et Spots TV : Un premier trailer très hollywoodien (musique en trombe, des morts partout) de 2', un second beaucoup plus dans l'esprit des Coen (rutpures de ton, rythme lent, musique de Burwell) de 1'55, puis un Spot TV dans la lignée du second trailer (28 secondes).

 
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