HOMMAGE à EDWARD G. ROBINSON
La Rue Rouge / Le Criminel / La Maison Rouge - Etats-Unis - 1945 / 1946 / 1947
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Image : 1.33 4/3
Son : Anglais en mono
Sous-titre : Français
Durée : 300 minutes
Distributeur : Bach Films
Date de sortie : 22 novembre 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
La Rue Rouge : Christopher Cross, un homme en pleine crise de la cinquantaine, rencontre la belle et énigmatique Kitty… La Maison Rouge : Austère et invalide, Pete Morgan avertit sa fille adoptive et son jeune ami de ne jamais s’approcher de la «maison rouge»… Le Criminel : Après la Seconde Guerre mondiale, l’inspecteur Wilson est chargé de retrouver Franz Kindler, un dangereux criminel de guerre allemand, qui vit sous une nouvelle identité.
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Rendre à césar...

Légende d'Hollywood, artiste de renom apprécié et reconnu pour son talent, Edward G. Robinson n'avait pourtant rien du jeune premier. Avec sa tronche mêlant des traits de ses origines yidish et roumaine, il était bien loin des traits fins des héros des grands studios. Une caractéristique physique qui aurait pu lui fermer les portes des studios et qui pourtant va lui permettre de nourrir une filmographie riche et contrastée.

 

Le cinéma ne l'intéresse d'ailleurs que tardivement, ou en tout cas à l'arrivée du parlant, l'acteur préférant alors travailler la langue sur les planches. C'est finalement le film de gangster Little Caesar, signé Mervyn LeRoy en 1930, qui va le faire découvrir au grand public. Un rôle sur mesure pour sa gueule atypique, sa taille moyenne, et qui surtout lui permet d'imposer un jeu entre grandiloquence, subtilité, trouble et panache. Et si la facilité dicte alors aux réalisateurs et aux producteurs de l'époque de l'enfermer dans le polar noir, Edward G. Robinson n'aura de cesse toute sa carrière de s'échapper des cases, alternant les genres, les styles, les approches avec un talent constant. Ce n'est pourtant qu'en 1973, après une émouvante apparition dans le Soleil Vert de Richard Fleischer, qu'il reçoit un Oscar pour l'ensemble de sa carrière. Troublant d'ailleurs de revoir cette séquence d'euthanasie en sachant que ce dernier était effectivement très malade et se savait mourant. Il ne survivra d'ailleurs pas jusqu'à la cérémonie. Mais comme on dit dans ces moments là,  les œuvres restent et, en l'occurrence, l'homme aura eu le mérite d'attirer vers lui certains des plus grands cinéastes de l'âge d'or, comme l'atteste avec évidence le coffret édité par Bach Films.

 

le portrait

 

Ce box est aussi une bonne façon d'apprécier l'amplitude de son jeu, le voyant ici passer d'un rôle de brave homme manipulé, de détective malin et acerbe, à celui d'un austère père de famille rongé par le secret.  Trois portraits, tournés successivement de 1945 à 1947 en pleine apogée de sa carrière, où il réussit systématiquement à faire rejaillir une vraie puissance émotionnelle, construisant ses personnages par de multiples couches, creusant les non-dits et les détails. Un grand, cela va de soi, dont les traits ronds et lourds sculptent le noir et blanc de la pellicule. C'est qu'au passage, le bonhomme n'est pas tombé dans les mains de n'importe qui et se retrouve ici filmé par Fritz Lang (M Le maudit, Le Tombeau Hindou...), Orson Welles (Citizen Kane) et Delmer Daves (Elle et lui, La Flèche Brisée). Le premier lui offre un drame déchirant inspiré de La Chienne (Jean Renoir), dans lequel un artiste en herbe détruit sa vie à petit feu pour les yeux enflammés de Joan Bennett. Photographié comme un film noir, écrit comme un mélo, construit comme une fable, La Rue Rouge est une merveille du genre discourant autant sur la crise de la quarantaine que sur la puissance destructrice de l'art.

 

en eaux troubles

 

Auteur tout aussi brillant et essentiel dans l'histoire du cinéma, Welles semble de prime abord un peu plus en retrait sur Le Criminel. Abordé comme une simple commande pour démontrer à ses contemporains sa capacité à se glisser dans le moule, ce thriller moral et politique suit les traces d'un criminel de guerre (Welles en personne, magnétique) dissimulé dans une petite bourgade américaine. Pas de rédemption ici, le nazi en question est une ordure psychopathe de haut niveau et le réalisateur transforme cette confrontation psychologique en combat idéologique entre le bien et le mal (la séquence finale de l'horloge). Sans doute pas l'une de ses plus grandes oeuvres (trop académique), mais déjà un excellent film. Reste enfin La Maison rouge que l'on aurait pu croire écrasé entre les deux premières références, signé par un plus discret Delmer Daves (même si Elle et lui est un sommet du cinéma romantique). Il n'en est pourtant rien. Etrange production usant autant des outils de l'horreur Universal (nuit écrasante et frappée par le vent, foret inquiétante) que du drame familial, elle oscille avec élégance entre chronique adolescente (personnages particulièrement bien écrits), thriller fantastique et œuvre psychanalytique sur la culpabilité. Parfois très moderne, en particulier dans l'illustration extrêmement sexuée des relations entre les jeunes gens, magnifiquement photographié par Bert Glennon (L'homme au masque de cire, Rio Grande), voilà une bande à redécouvrir d'urgence... tout comme la carrière du grand Edward G. Robinson dans son ensemble.  

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Tous les films ne sont pas égaux devant l'histoire. Certains qui profitent de grands réalisateurs au générique connaissent des conditions de conservation plus sérieuses ou font l'objet de restaurations plus minutieuses. Sans être miraculés (le grain y est toujours trop présent, certaines taches apparaissent régulièrement), La Rue Rouge et Le Criminel s'en sortent plutôt bien avec un noir et blanc joliment contrasté et un piqué honnête. On ne peut malheureusement pas en dire autant de La Maison rouge, parfois totalement noyé parfois sous les cicatrices, entre taches, sautes et perte totale de définition. Il faut s'accrocher pour profiter pleinement du spectacle.

 

Son :
Si Le Criminel profite de la présence de la version française d'époque, les trois films sont surtout visibles dans le mono anglais d'origine. Des pistes pas toujours de première fraîcheur avec quelques pertes d'amplitude et des petits grésillements en fond, mais l'ensemble reste correct et n'entame pas le visionnage. A noter quelques coquilles encore présentes dans les sous-titres.  

 

Interactivité :
On aurait tant aimé que l'éditeur mette la main sur un documentaire rétrospectif effectuant un résumé de la carrière de l'acteur, dommage. Heureusement Bach Films a enregistré quelques interviews de François Guérif (Le film noir américain, éditions Denoël) et  Jean-Pierre Piton (Robert Aldrich chez Edilig) qui effectuent tour à tour une présentation / analyse de chaque film et évoquent la filmographie de Edward G. Robinson, ainsi que son personnage public. Instructifs et intéressants, ces documents sont bruts de décoffrage (plans statiques et presque sans montage) et donc souffrent parfois de petite longueurs. Idéal cependant pour se remettre le pied à l'étrier et approfondir le visionnage de ces trois longs-métrages.

 

Liste des bonus : Interviews et analyses de François Guérif, Interview de Jean-Pierre Piton

 
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