LE NARCISSE NOIR
Black Narcissus - Angleterre - 1947
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Genre : Drame
Musique : Brian Easdale
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 101 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 7 mars 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Narcisse noir »
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LE PITCH
Une mission formée de cinq religieuses s’installe en Inde, au pied de l’Himalaya. Elles ouvrent une école et un dispensaire avec l’aide réticente de l’agent britannique, Mr Dean. Un sentiment spirituel et violent va agiter la communauté religieuse…
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spiritualité à fleur de peau

Sorti un an avant le magnifique Les Chaussons Rouges, Le Narcisse Noir est « l'autre » film du duo Michael Powell et Emeric Pressburger, celui avec lequel ils vont imposer une vision unique et scintillante du 7ème Art. Toujours aussi puissant, toujours aussi troublant : un chef d'œuvre une fois encore.  

 

Une fois n'est pas coutume, Le Narcisse noir pourrait se résumer entièrement à son affiche de ressortie. Une nonne s'apprête à sonner une cloche (pour faire résonner la parole divine), mais semble s'être arrêtée pour scruter le vide qui est à ses pieds, un flot de nature riche et verte : l'Inde. Une image en équilibre, à la limite de la chute, véhiculant un certain vertige et où l'on perçoit un vent invisible. Un vent impétueux et constant, qui parcourt chaque image de ce film moins métaphysique qu'érotique, rencontre incroyable entre un groupe de sœurs et un domaine perché dans l'Himalaya, ancien harem d'un maharadja quelconque, lieu où en tout cas la nature imprime son impétuosité et sa nudité. Là, elles tentent d'imposer leur culture, leur rigidité, le blanc immaculé de leur robe, tandis que tout le reste (décors, costumes) rutile de couleurs, de grandeur et surtout de naturel. Jamais les deux réalisateurs n'imposeront leur vision aux personnages ; c'est bien la vision qui s'imposera d'elle-même. Entièrement tourné en studio (incroyable !), Le Narcisse Noir est composé de tableaux gigantesques où des peintures sur verre viennent compléter des plans complexes et poétiques ajoutant généreusement au surnaturel de l'ensemble.

 

le dieu sur la montagne

 

Le film baigne dès lors dans une ambiance étrange, voyant une petite indienne, Kanchi (Jean Simmons), voleuse mais créature d'une sensualité presque animale, obliger les sœurs à se souvenir de leur nature terrestre, de leurs parcours personnels, de leurs vies de femme. Un vrai choc des cultures en somme, où le syndrome indien prend ici une nature plus puissante encore, comme si tout cela était bien trop grand, trop grandiose pour être contrecarré par une foi impalpable. Un sujet des plus avant-gardistes (et osé) en 1947, qui trouve pourtant ici une illustration jouant habillement de tous les outils de l'époque (ce scope ! Ce Technicolor !) et même d'une rigidité toute anglaise, pour mieux apporter un traitement d'une modernité incroyable où l'érotisme, la sensualité des plans se révèlent  insidieux, vénéneux. Il faut voir le regard à la fois troublant et effrayant de Kathleen Byron (clairement la performance la plus impressionnante du film) à l'encontre d'un David Farrar apparaissant torse nu : presque indécent. Plus que le personnage joliment joué par Deborah Kerr, c'est justement de cette sœur, fiévreuse, provoquée à la fois par ses pulsions et ses besoins physiques, que va venir le basculement final du Narcisse noir. De l'étude de mœurs, de la comédie dramatique à une imagerie digne des futurs films d'horreur de la Hammer (voir la superbe utilisation des lumières et des filtres de couleurs), Le Narcisse noir prend à contre pied les attentes du public avec une minutie et une éclatante efficacité qui fascine aujourd'hui encore. Du cinéma puissant et magistral.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
La copie HD des Chaussons Rouges était une claque monumentale... et celle du Narcisse noir est une petite baffe chaleureuse. Ici aussi le master a été sérieusement restauré, évacuant la plupart des taches et perditions de pellicule, réalignant les sources Technicolor, creusant les contrastes. Le résultat est d'une richesse jamais atteinte pour ce film avec une profondeur splendide, un piqué délicieux et des couleurs magnifiquement riches. Seul souci, la copie manque souvent de stabilité dans les arrières-plans, montrant quelques variations indélicates de couleurs et par là même un grain de pellicule qui peut s'agglomérer. Ce n'est pas le luxe de l'autre bébé Powell / Pressburger, mais le Blu-ray offre tout de même un superbe résultat.

 

Son :
Joliment restaurée, la version anglaise profite clairement du DTS-HD Master audio pour faire éclater une clarté nouvelle mais, heureusement, toujours dans son mono d'origine. La version française, à la justesse aléatoire, ne laisse pas toujours entendre la même précision (malgré une compression identique) et on perçoit même quelques ronflements en arrière-plan.

 

Interactivité :

Le problème pour Carlotta avec Le Narcisse Noir, c'est que l'éditeur américain Criterion travaille sur le film depuis de nombreuses années maintenant et a su accumuler au fil du temps quelques suppléments extrêmement pertinents comme l'interview de Bertrand Tavernier (ami de Powell), deux documentaires (dont un uniquement sur Jack Cardiff) et surtout un commentaire audio passionnant de Powell et Martin Scorsese. Aucun de ces documents n'est malheureusement présent sur l'édition française qui compense tout de même ces cruelles lacunes par un solide making of anglais, permettant d'entendre les souvenirs de proches collaborateurs. Souvent très poli (c'est anglais), mais bourré d'informations, d'anecdotes et de détails sur les choix picturaux, ce bonus n'est pas a négliger. Plus surprenant sans doute se montre le documentaire Spectrum, qui consiste en une très longue interview de Darius Khondji (directeur photo de génie ayant oeuvré sur La Cité des enfants perdus, Seven ou Les Ruines). Ce dernier évoque les recherches couleurs du Narcisse noir, les qualités du Technicolor, la force du film, mais aussi en parallèle son propre travail et ses expériences visuelles. Rarement la parole est laissée à ces artistes de l'ombre (c'est le cas de le dire), et l'on ne va donc pas bouder notre plaisir.

 

Liste des bonus : Il était une fois Le Narcisse Noir (24'), Spectrum (32'), Galerie de photos, Bande-annonce.

 
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