LE MONDE, LA CHAIR & LE DIABLE
The World, the Flesh and the Devil - USA - 1959
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Genre : Science-fiction
Réalisateur : Ranald MacDougall
Musique : Miklós Rózsa
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais Dolby Digital 2.0, Français Mono
Sous-titre : Français
Durée : 95 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 7 novembre 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Bloqué au fond d’une mine en Pennsylvanie, Ralph Burton ne se rend pas comte qu’au dessus de lui, l’humanité vie ses derniers jours. Lorsqu’il finit enfin par se libérer, il découvre qu’à la surface, toute trace de vie a disparue après le passage d’un nuage radioactif. Arrivé à New York, il traverse des avenues désertes et organise sa survie, tirant derrière lui un chariot au pied des gratte-ciels abandonnés, se demande s’il n’est pas le dernier survivant…
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Lost in the city

Après avoir été exhumé il y a quelques années sur les écrans français par le petit distributeur Madadayo Films, ce bijou méconnu de la fin des années 50 revient dans la bien nommée collection « Les Introuvables ». Une œuvre d'anticipation habitée par Harry Belafonte qui sidère encore aujourd'hui par sa justesse et la fulgurance de certaines images.

 

Si l'on se souvient souvent des années 50 comme la décade bénies de la science-fiction, des robots pas forcément crédibles, des aliens belliqueux et des insectes géants, on oublie parfois qu'en dehors de représentations naïves inoubliables, ces productions servaient la plupart du temps à la propagande gouvernementale anti-communiste. En dehors du magnifique Le Jour où la terre s'arrêta de Robert Wise et du Météore de la Nuit de Jack Arnold, ces menaces venues d'ailleurs symbolisaient les dangers de cette horrible pensée unique et lénifiante qui osait concurrencer le capitalisme effréné et égratigner l'image d'Epinal de l'American way of life. Complètement à contre courant, le surprenant Le Monde, la chair et le diable n'essaye même pas de se confronter à de quelconques idéaux politiques. Si fin du monde il y a, elle est due à la menace nucléaire, sans que l'on puisse savoir lequel des deux camps est véritablement en tort (a priori ce serait surtout les deux).

 

new york AD

 

Plutôt que d'ajouter de l'huile sur le feu, l'inconnu Ranald Mac Douglas (il a tout de même participé au scénario de Cléopâtre) recentre son long-métrage sur les conséquences de cette course effrénée après la mort nucléaire. Une représentation proprement terrifiante où justement la mort visible est totalement absente, sans aucun cadavre pour l'attester, mais justement marquée par l'absence cruelle de toute vie à l'écran. Seul au monde, Ralph Burton déambule ici dans des rues désertes, littéralement écrasé par la solitude et la masse de l'architecture new-yorkaise. Une véritable prouesse technique pour l'époque (l'équipe tournait de 4H30 à 6H du matin en plein Wall Street), accentuée par les prises de vues ultra structurées du chef operateur Harold Marzorati et un silence omniprésent. Une vision apocalyptique qui préfigure bien entendu tout un pan du cinéma d'anticipation et d'horreur qui naîtra dix ans plus tard sous l'impulsion de George A. Romero et sa Nuit des Morts-vivants. Un autre chef-d'œuvre qui comporte un second point commun : un héros principal noir.

 

colors

 

Car si le point de départ du film est bien une critique frontale de la course à l'armement et des tensions politiques de l'époque, il n'en demeure pas son atout principale. Grand activiste pacifiste de la cause des noirs (proche de Martin Luther King, il se mobilisa contre l'apartheid et devint ambassadeur de l'UNICEF en 1987), l'acteur Harry Belafonte n'est sans doute pas totalement étranger au glissement progressif de la réflexion du film vers les questions de la tolérance et du regard porté alors sur la communauté noire. Mais loin de tomber justement dans le plaidoyer grandiloquent, Le Monde, la chair et le diable montre la perversité des années de ségrégation. En effet si la belle Sarah Crandall (autre survivante incarnée par Inger Stevens) n'a visiblement aucun mal à passer outre leur différence de couleur de peau (pour dire clairement, elle en tombe amoureuse), c'est bien le pauvre Ralph Burton qui n'arrive pas à dépasser la condition et la quasi-servilité qu'on lui a inculquées depuis tout petit. Témoin des plus pertinents d'une époque déboussolée où un pays tente de se construire malgré les carcans d'une société paranoïaque et intolérante, cette curiosité étonnement presque inconnue a admirablement résisté au temps (si l'on excepte un happy end peu crédible) grâce à sa grande sobriété, des images imparables et la prestation extraordinairement moderne d'un acteur pour la première et unique fois en tête d'affiche. Forcément un film d'exception.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Toujours aussi soigneux avec sa collection Les Introuvables, l'éditeur nous livre ici une copie de très belle tenue, affirmant malgré son grand âge des contrastes noir et blanc sculpturaux et des contours joliment dessinés. Si parfois le grain de pellicule glisse vers le neigeux sur quelques arrières plans, l'ensemble de l'image est débarrassé de ses cicatrices les plus marquantes et impressionne par la profondeur de ses noirs et de son piqué.

 

Son :
Les deux versions sonores ne sont ici pas tous à fait égales. Le doublage français en mono est assez clair, mais légèrement étouffé, et perd clairement en impact à côté de la petite stéréo anglaise, qui bénéficie d'une ouverture plus agréable, d'une restitution plus pure et surtout d'un naturel bien plus conséquent.

 

Interactivité :
Pas de véritable document d'archive si ce n'est la jolie galerie de photos. Il faut donc se diriger vers l'interview du rédacteur en chef de L'Ecran Fantastique pour en apprendre un peu plus sur les spécificités du film. Petite évocation thématique, recoupement esthétique avec l'expressionnisme allemand, raisons probables de son échec commercial, destinée des acteurs... sobre mais idéal pour les néophytes.  

 

Liste des bonus : Entretien avec Alain Schlockoff (13'), Galerie photo.

 
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