LA NUIT AMéRICAINE DE FRITZ LANG : LA CINQUIèME VICTIME & L’INVRAISEMBL...
While the City Sleeps / Beyond a Reasonable Doubt - Etats-Unis - 1956
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Genre : Policier, Livre
Réalisateur : Fritz Lang
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français Dolby Digital 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 179 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 5 décembre 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Un inquiétant « tueur au rouge à lèvres » terrorise New York. L’héritier d’un groupe de presse met alors ses employés en concurrence. La carotte ? Celui qui identifiera le meurtrier sera nommé directeur exécutif. Un patron de journal s’allie à un reporter pour lutter contre la peine de mort. Ensemble, ils fabriquent des preuves qui mèneront à la condamnation d’un innocent.
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Les masques tombent

L'éditeur Wild Side revient en force avec ce coffret-double renfermant deux des derniers films de Fritz Lang. Réalisés à la fin de sa période américaine (juste avant qu'il ne repose ses caméras en Allemagne) les long-métrages ont été entièrement restaurés en haute-définition. Œuvres jumelles à la noirceur absolue, La cinquième victime et L'invraisemblable vérité célèbrent tout l'art manipulateur de Mr. Lang, créateur génial, fin limier frappant dans le mille pour mettre à jour les vices et travers de l'humain.

 

Dans le premier opus, le metteur-en-scène dissèque le fonctionnement interne d'un imposant groupe de presse. A la mort du big boss, magnat richissime, son fils met en concurrence plusieurs de ses employés. Leur mission est limpide : ils se doivent de démasquer un tueur psychotique assassinant froidement plusieurs ménagères de « La Grosse Pomme ». Le jeu de massacre est lancé. Et tous les coups (fourrés) sont permis. Même les plus bas. L'un des participants ira même jusqu'à utiliser sa compagne comme appât.

Dans le second opus, Lang fait travailler, main dans la main, un journaliste et son rédacteur en chef. Bien décidés à monter un « coup » médiatique, les deux hommes fabriquent de toutes pièces les preuves accusant un innocent d'un crime défrayant la chronique. Leur but ? Montrer à quel point il est facile de se retrouver condamné à mort. Seul hic, un imprévu fait dérailler le plan si bien huilé et l'engrenage judiciaire conduit tous les protagonistes à leur perte.  

 

double impact

 

Dans les deux cas, la trame policière n'est qu'un prétexte. Une feinte, un tour de passe-passe. Ce qui importe vraiment, c'est l'étude des comportements et la manière dont chacun des personnages tente de tirer son épingle du jeu. Soit ils se mettent en quête d'une gloire éphémère. Soit ils se lancent dans un combat (perdu d'avance) au nom de la vérité. Comme souvent chez Fritz Lang, le tragique est de mise. Sauf qu'il se grime, soigneusement dissimulé sous les masques de la comédie, du sarcasme, de la distance ironique. L'étude sociologique est juste parfaite. Dans La cinquième victime, la caméra s'immisce au cœur d'un organe de presse. On y dissèque les méthodes de travail, les relations interprofessionnelles, les mesquines habitudes des employés : du photographe au grand patron, du rédacteur en chef à la secrétaire de direction. La description est toujours juste, sans pitié aucune. La cinquième victime est une merveille de film noir. Une comédie démoniaque dans laquelle les vrais méchants, les véritables détraqués, ne sont pas ceux qu'on croit. Lang y met en lumière ses thèmes phares (la soif de pouvoir, la mort, le double et la dualité) avec une maestria détonante. C'est une œuvre en mouvement perpétuel, une descente dans les bas-fonds de l'âme humaine, au cœur de la grande ville (peu éloignée de celle, froide et totalitaire, de Metropolis).

 

jeu de massacre

 

Les dialogues sont assassins, les confrontations vives, sans concession et les comportements limite ; à l'image de cet homme bien sous tous rapports lançant sa belle dans les griffes du loup. L'invraisemblable vérité évoque davantage un théorème philosophique, un pamphlet décalé. Plus didactique, l'œuvre ressemble à un piège machiavélique ; elle évoque un traquenard mortel. Au nom d'une justice idéalisée, les protagonistes vont jusqu'à pervertir les bases mêmes du système. C'est le règne des puissants, l'avènement des imbéciles parés à toutes les bassesses pour arriver à leurs fins Ils grugent, trichent, élaborent des stratagèmes peu recommandables. Et in fine, ces misérables délinquants improvisés périssent, pris à leur propre jeu. La mise en place du projet justicier les contraindra à trahir leurs propres convictions, éliminant au passage toute trace d'innocence, tout vestige de vertu. Datant pourtant de 1956, les deux films délivrent un message d'une frissonnante modernité. Il suffit de feuilleter les quotidiens ou de surfer sur le Net pour s'en rendre compte. Partout autour de nous, l'invraisemblable l'emporte, la noirceur de l'homme s'exacerbe sous fonds de crise économique. Lang avait déjà tout compris. Son constat s'avère glaçant et implacable. En moraliste macabre et omniscient, il nous rappelle ceci : ne JAMAIS défier le diable sur son propre terrain.  

Gabriel Repettati








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Image :
Le rendu est impeccable. Net et précis. Les nouveaux transferts HD restituent brillamment les contrastes. Notons que les copies des deux films présents dans le coffret ont été restituées dans leur format de 1956. Plus de coupes grotesques, terminés les plans tronqués, le spectateur peut visionner les œuvres telles qu'elles furent projetées, à l'époque, dans les salles de cinéma. Nous apprécierons en toute plénitude le sens du cadre de Fritz Lang, son art du travelling, cette manière unique de représenter la ville, l'effervescence urbaine, le brouhaha de la foule. A chaque nouvelle sortie, l'éditeur Wild Side prouve qu'il reste l'un des meilleurs pour exhumer les trésors du passé cinématographique.

 


Son :
Les deux bandes originales, signées Herschel Burke Gilbert, mixent orchestrations jazzy et effets de style typique de l'époque (avec une surabondance de cuivres et autres coups de tambourins). Les dialogues se détachent clairement, parfaitement audibles, malgré l'âge avancé de la piste sonore. On préfère, bien évidemment, la version originale en Dolby Digital 2.0. Un authentique bonheur pour qui apprécie les joutes verbales, les répliques ciselées et les rapports de force façon « Années 50 ».  

 


Interactivité :
A l'instar des autres films de la collection « Classics Confidential », La cinquième victime et L'invraisemblable vérité sont accompagnés d'un livre exclusif de 120 pages. Intitulé « La nuit américaine de Fritz Lang », il est rédigé par Bernard Eisenschitz, historien du cinéma, journaliste et traducteur de renom. Illustré de photos de documents d'archives rares, le livret se focalise sur la période américaine de Fritz Lang et l'influence qu'eut le cinéaste à la fois à Hollywood et en Europe. Grand maître de l'expressionisme allemand, le metteur-en-scène aura vécu mille vies et touché à tous les styles cinématographiques (comédie, aventure, drame, western, thriller, film noir). Son œuvre demeure colossale et visionnaire.

Liste des bonus : le livre La nuit américaine de Fritz Lang (120 pages) écrit par Bernard Eisenschitz.   

 
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