LA NUIT DES MALéFICES
The Blood on Satan’s Claw - Royaume-Uni - 1971
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Genre : Fantastique
Réalisateur : Piers Haggard
Musique : Marc Wilkinson
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français mono
Sous-titre : Français
Durée : 92 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 4 juin 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Nuit des maléfices »
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LE PITCH
Angleterre, XVIIIème siècle. Dans un petit village, un jeune homme affirme avoir vu le Diable. Le juge du comté n’y prête pas attention. Mais soudain, des événements anormaux se déroulent : les villageois sombrent dans la folie, et des jeunes femmes se voient affligées de marques sur le corps. C’est alors qu’un groupe mené par la jolie Angel Blake pratique d’étranges cérémonies funèbres.
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Le diable à fleur de peau

Sans doute noyé sous l'implacable règne de la Hammer et la masse incroyable de productions horrifiques anglaises de ces décennies royales, La Nuit des maléfices est souvent oublié dans la liste des grands classiques du fantastique gothique anglais. Imprévisible (le script est des plus chaotiques), barré, parfois presque douteux, il se révèle pourtant une œuvre singulière et ensorcelante.

 

Dans le cinéma de genre anglais, le début des années soixante-dix est un tournant marquant par la rencontre fructueuse, imparable et décadente entre la fin de règne de l'inimitable Hammer, à la recherche inlassable d'une renaissance à base d'effets bien plus gores et d'érotisme opulent, et de l'autre l'avènement de la contre-culture portée par les mouvements hippy. Et quand l'horreur gothique croise le paganisme moderne, cela donne naissance à une série de productions confrontant une société puritaine à une jeunesse décomplexée pratiquant joyeusement la sorcellerie et les orgies dans les bois. Des films qui a l'instar du sublime The Wicker Man, sont constamment ballotée entre illustration réactionnaire (jeunes en toges = Satan) et fascination évidente pour une liberté plus proche du corps et de la terre. A quelques mois du très réussi Les Sévices de Dracula (Twins of Evil avec les inoubliables frangines Collinson), la plus modeste Tigon British Film s'engouffre dans la même voie avec le curieux La Nuit des maléfices (titre français curieux puisque rien, ou presque, ne s'y passe la nuit), évocation étonnante d'une campagne anglaise en plein obscurantisme, tiraillée entre la modernité des lumières et les vieilles croyances locales. Les restes peu reluisants d'un authentique démon pataud (on pense au Village de Night Shyamalan) sont découverts dans les sillons d'un labour, et tous les gentils gamins faisant sagement acte de présence au catéchisme du vicaire commencent à être parcourus d'étranges, et compréhensibles envies.

 

Weaker-men


Les adultes détournent les yeux, leurs progénitures copulent entre eux et se massacrent allègrement, dirigés par une sublime et terriblement sensuelle Linda Hayden (Une Messe pour Dracula) dans des séquences de messes noires hallucinées, traversées de pulsions purement animales et d'un sadisme sans détour. La scène centrale du viol collectif  achevé par un meurtre aux ciseaux, renverse parfaitement les enjeux tout en confrontant le spectateur à sa propre innocence. Des scènes d'autant plus perturbantes, que le téléaste affirmé Piers Haggard (dont on retiendra tout de même l'amusant Venin) travail pour le reste une mise en scène extrêmement fine, des cadrages très habiles mais discrets, un montage volontairement invisible qui scrute un naturalisme frontal. A la lisière du documentaire historique, où les reconstitutions d'habitats, d'un village un poil pouilleux et d'une nature omniprésente sont admirablement photographiés par un Dick Brush (Tommy, Le Convoi de la peur) sculptant les plans intérieurs de clairs obscures magnifiques et les extérieurs comme des tableaux idylliques et pastoraux. Le traitement visuel ne vise pas très loin de celui de Barry Lyndon, rejoignant d'ailleurs la même détermination à présenter sans détour une Angleterre peu glorieuse, pauvrette et assez pathétique. Et si la persécution de ces délicieuses sorcières est une fois encore symbolisée par un juge garant de « la morale » (le vieillissant Patrick Wymark), évacuant rapidement le pauvre prêtre du coin accusé de pédophilie (pour une fois que ce n'est pas vrai), il n'est pas aussi détestable et psychotique que celui incarné par Vincent Price dans Le Grand Inquisiteur, achevant du même coup de brouiller considérablement la fine limite entre le bien et le mal, la répression et l'ordre nécessaire. La Nuit des maléfices est un très beau film oublié, sorti à quelques encolures de Les Diables de Ken Russel. 1971, décidément une très bonne année pour le malin.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Encore une fois Artus offre un joli cadeau aux cinéphiles en dégottant ici une très belle copie. Le master est totalement dénué de toutes cicatrices, presque virginal (la seule chose qui soit virginale dans le film d'ailleurs), avec des couleurs bien définies, des contrastes marqués et des noirs bien pêchus. La compression s'en sort merveilleusement bien (sauf une séquence plongée dans une fumée opaque, mais là c'est normal), avec un grain présent mais pas envahissant, et un piqué assez surprenant. Belle bête.

 


Son :
Version anglaise et française sont présentées ici dans leur mono d'origine. Un peu vieillissants, très frontaux, mais tout à fait confortables et agréables.  

 


Interactivité :
Habitué des couloirs d'Artus, Alain Petit se fend à nouveau ici d'une présentation étoffée du film, retraçant son contexte, quelques thématiques et les filmographies des joyeux drilles ayant participé à l'entreprise. Moins habituel, l'éditeur a glissé aussi sur la galette un court métrage intitulé Hyrcania. A priori peu folichon (le final est pas tip-top), il vaut tout de même le détour pour une très efficace transformation de lycanthrope. 

 

Liste des bonus : Le sang et le diable par Alain Petit (29'), Court métrage « Hyrcania » (12'), Diaporama d'affiches et photos, Bandes-annonces.

 
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