12 HOMMES EN COLèRE
12 Angry Men - Etats-Unis - 1957
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Genre : Thriller
Réalisateur : Sidney Lumet
Musique : Kenyon Hopkins
Image : 1.66 4/3
Son : DTS-HD Master Audio 1.0 Anglais, Mono français, allemand, italien…
Sous-titre : Français, allemand, italien…
Durée : 96 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 5 juin 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « 12 Hommes en colère »
portoflio
LE PITCH
Douze jurés doivent décider du sort d’un adolescent accusé du meurtre de son père. Espérant expédier les délibérations, onze le déclarent coupable. Un seul juré est convaincu de son innocence et va tout faire pour lui éviter la peine capitale.
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La mécanique des justes

Modèle absolu des tonnes de séries juridiques qui abreuvent la télévision chaque année, dont Tribunal Central produit et réalisé par le même Sydney Lumet, 12 Hommes en colère n'a jamais été vidé de sa substance, ni de son efficacité en plus de cinquante ans d'existence. Sans doute parce que sa fausse simplicité repose sur une montagne de détails.

  

Seul et unique projet auquel la star d'alors, Henry Fonda (Les Raisins de la colère, Il était une fois dans l'ouest) aura choisi d'accoler son nom en tant que producteur, 12 Hommes en colère ré-imaginé depuis au théâtre ou au cinéma (il existe un remake norvégien, un autre indien et même un téléfilm signé William Friedkin), était dès le départ une reprise d'un épisode de la série Studio One dirigé par le grand Franklin J. Schaffner (La Planête des singes) et écrit par Reginald Rose, qui s'était chargé dans la foulée d'une première adaptation sur scène. Le film est d'ailleurs excessivement proche de la pièce, s'emparant directement d'un certain jeu de scène, et plus particulièrement de la tendance du texte à jouer sur les alternances entre tirades, et échanges musclés. Une œuvre qui passe inévitablement par le dialogue, par l'échange, par le verbe, puisque 12 Hommes en colère est tout simplement la confrontation de 12 personnalités, enfermées dans une salle de délibération, qui vont devoir décortiquer jusqu'au vertige une affaire qu'ils pensaient pliée d'avance. Au 11 « coupable », un seul « non coupable », et cet homme comme les autres (impeccable et sobre Henry Fonda) de travailler pas à pas, détail par détail un petit fait divers qui pourrait mener un jeune homme à la chaise électrique.

 

law & order

 

Moins une grande charge contre la peine de mort (comme le raccourci a souvent été fait) qu'un plaidoyer pour une justice plus humaniste, le métrage s'attache surtout à dépeindre un système imparfait, perverti par la médiocrité de certains, la paresse, la bêtise, la lâcheté, le racisme et les préjugés... mais heureusement sauvé laborieusement par l'intelligence, la curiosité. Car cet homme en blanc sait tout simplement qu'il ne sait pas. Un texte extrêmement pertinent, admirablement construit, combinant polar (la réécriture de l'enquête) et étude psychologique, qui offre à cette petite troupe d'acteurs (en particulier les jurés farouchement « contre », très impressionnants) ce qui est sans aucun doute l'un des plus grands moments de leur carrière. Et cette direction constamment tendue, sur la corde, on la doit forcément à Sidney Lumet (Serpico, Un après-midi de chien, Network), alors tout juste échappé de la télévision, et qui tout en préservant l'efficacité, la rugosité et la discrétion de la mise en scène de la petite lucarne, réussit à distordre, à manipuler ce huis clos parfait où seul les cinq dernières minutes, la sortie du tribunal filmé en grand angle, permet de respirer. Avant, il met en place un dispositif magnétique et claustrophobique jouant sur une réalisation en trois temps avec déplacement du point de vue (d'un angle écrasant à une contre-plongée étouffante), alternances de focales, variations subtiles de lumières et d'échelles et surtout l'impériosité d'incroyables gros plans, montrant en un instant le « doute » s'inviter dans l'esprit du juré. Jamais moralisateur, jamais grandiloquent, mais parfaitement maitrisé, minuté et doté d'un texte d'une modernité sidérante, 12 Hommes en colère est un film passionnant et essentiel. 

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Aux USA, 12 Hommes en colère a été édité par l'honorable Criterion. Pas bête, FPE en reprend directement le matériel pour la distribution européenne, ce qui permet aux cinéphiles de retrouver ici un nouveau master restauré et peaufiné avec un soin rare. Entièrement nettoyé de la moindre trace des années : plus une seule tache, griffure ou petite altération n'est désormais visible. Une belle prouesse déjà qui s'accompagne d'un réétalonnage bien senti de la photographie avec des contrastes accrus, des noirs plus appuyés, rendus idéalement par un piqué impressionnant (particulièrement dans les très gros plans) qui se combine idéalement avec un grain d'origine très présent, mais naturel et organique. Du bel ouvrage.

 


Son :
Le film repose bien évidement uniquement sur ses dialogues, les effets sonores (rares) et la musique (en ouverture et clôture), ne sont là que pour lui donner un peu plus de coffre. Pas étonnant alors que le film soit toujours proposé dans son mono historique. Mais attention, la version anglaise a tout de même profité d'une petite remise à jour avec un nettoyage de printemps sensible et un DTS HD Master Audio qui en assure une clarté idéale.

 


Interactivité :
Si on était tatillon, on s'amuserait au comparatif exaspérant entre les bonus de l'édition française et de l'américaine produits par Criterion. Comme il y a du bon et du mauvais chez tout le monde, on se satisfera cordialement de ceux présents sur notre édition Blu-ray : commentaire audio d'un historien du cinéma (un poil pontifiant, mais bourré d'information), un sujet sur les jurés à l'américaine pour resituer certaines figures du film (pourquoi aucune femme?) et enfin un documentaire rétrospectif classique mais bien construit qui retrace les origines du film et s'articule autour de quelques interview dont celle, forcément, de Lumet. Pas trop mal en sommes. Tiens, si on était tatillon, on ferait remarquer à l'éditeur qu'il a totalement oublié de sous-titrer tout ça.

Liste des bonus : Commentaire audio de l'historien Drew Casper, Making of (23'), Dans la salle des jurés (15'), Bande-annonce.  

 
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