LES SALAUDS
France - 2013
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Image de « Les Salauds »
Genre : Policier
Réalisateur : Claire Denis
Musique : Stuart Staples
Image : 1.85 16/9
Son : Français DTS 5.1 et Dolby Digital 2.0
Sous-titre : Aucun
Durée : 96 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 15 janvier 2014
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Capitaine d’un supertanker, Marco Silvestri doit rentrer d’urgence en France. Sa sœur est dévastée : son mari vient de se suicider, leur entreprise est en faillite et leur fille unique, victime d’abus sexuels, part à la dérive. Selon elle, le coupable n’est autre qu’un énigmatique businessman. Chamboulé, Marco mène sa propre enquête et découvre que les véritables coupables ne sont peut-être pas ceux que l’on croit…
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sortie de route

Sombre, anxiogène, voire dérangeante, l'œuvre de Claire Denis (S'en Fout la Mort, Beau Travail, Trouble Everyday, White Material) nous laisse rarement indifférents. Avec Les Salauds, la réalisatrice confirme une fois de plus son statut d'esthète de l'impalpable et d'artiste à part dans le cinéma français. Sensation du dernier Festival de Cannes, ce thriller ténébreux, poisseux et manipulateur, examine les bassesses de l'âme humaine avec une noirceur proche de l'indicible.

Hanté par les pulsations abyssales et hypnotiques du groupe électro « Tindersticks » (dont le compositeur Stuart Staples signe les bandes-sons des films de Claire Denis depuis Nénette et Boni), Les Salauds tient davantage de l'expérience sensorielle que du thriller conventionnel. Le scénario n'arpente nullement les voies balisées et préfère emprunter d'obscurs chemins buissonniers, de plus en plus inquiétants à mesure que filent les minutes et que l'effroi du pauvre Marco s'intensifie. Les protagonistes sont comme esquissés, opaques et insaisissables. On ne saisit jamais leurs motivations profondes. Mais la mort rôde et la peur est bien là.

Dixit Claire Denis, le titre s'inspire d'un film d'Akira Kurosawa : Les Salauds dorment en paix. Ici, qui sont ses salauds ? Impossible à dire. Le flou domine, la tension prend le dessus puis grimpe d'un cran. Les lisières de la culpabilité s'estompent et l'intrigue, semblable à un crescendo vers l'innommable, fait violemment jaillir ses griffes. Ce parti-pris, déstabilisant à souhait, peut bien entendu dérouter. Bad-trip absolu, « sortie de route » souvent antipathique, Les Salauds traite de thèmes qui font froid dans le dos : la pédophilie, l'inceste, le sadomasochisme, la mutilation et les rapports de domination. A tel point que certaines scènes sont à la limite du supportable (mention spéciale au lupanar «rouge sang» isolé en rase campagne et tenu par un terrifiant jeune couple de Thénardier). En un mot : ça passe ou ça casse. Mais, à condition d'avoir le cœur bien accroché, cette ultime plongée en eaux troubles peut également captiver.

 

Very Bad Trip


Cinéaste au style visuel aiguisé, davantage porté sur le physique que sur le cérébral, Claire Denis demeure une chamane hors-pair qui sait, en un seul plan, faire naître l'étrangeté et donner corps à de percutantes fulgurances formelles (cette jeune femme sanguinolente, marchant de nuit uniquement vêtue de talons aiguilles ; les coups d'accélération de Vincent Lindon au volant de sa vieille Alfa Roméo ; chacun de ces détails accentue le sentiment d'inquiétude et d'angoisse sourde). Comparé par quelques critiques au cinéma de David Lynch, Les Salauds partage en effet avec l'œuvre de l'artiste américain cet affect pour le mystère, l'inaccessible et l'insondable. Comme dans Blue Velvet ou la série Twin Peaks, le spectateur est abandonné sans boussole ; les ellipses abondent et la trame évoque un jeu de pistes psychotique sans marquages ni balises ; une sorte de puits sans fond dont on aurait volontairement retiré l'échelle. Epaulée par Agnès Godard, sa chef-opératrice attitrée, Claire Denis parvient à saisir sur pellicule la froideur solennelle des vastes appartements haussmanniens et les séquences nocturnes dans les rues de Paris ou au volant de rutilantes berlines flirtent joliment avec le cinéma fantastique. La menace est latente, tapie dans l'ombre d'une forêt maléfique. Les rapports humains sont froids, inquisiteurs, et Claire Denis filme l'errance, la perversion, l'oppressante malignité du vice et la perte de repères avec une rage contenue, une colère hors-champ quasi-démentielle. Dans la peau du frère vertueux dont la stature et les principes se fissurent dès que le drame familial dégobille les non-dits et que le sordide côtoie la barbarie, Vincent Lindon détonne et s'impose comme un bloc de granit mué par une quête vengeresse totalement aveugle (il ne sait jamais vraiment quels ennemis il combat et de héros, il devient victime). Face à lui, Chiara Mastroianni étonne également sous les traits de la maîtresse du soi-disant magnat incestueux (Michel Subor, glaçant). Leurs faces-à-faces, principalement sexuels, dégagent une apprêté rugueuse ; un érotisme à la fois frontal et morbide. Voilà du cinéma qui tache, du cinéma qui laisse des traces.

Gabriel Repettati












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Image :
Rien à redire. Nous sommes bien chez Claire Denis : omniprésence des séquences nocturnes, toute puissance du noir, des gris pierreux, délavés, et des cadrages figés en clair-obscur, entre chien et loup. De très belle facture, le transfert numérique en 1.85 retranscrit parfaitement les nuances et ce vernis d'étrangeté dégagé par la remarquable photographie signée Agnès Godard.

 


Son :
La bande-son de « Tindersticks » compose presque un personnage à part entière. Succession de nappes envoutantes, profondes ou stridentes, et de beats tout à tour marqués puis étouffés, le score orchestré par Stuart Staples est l'une des nombreuses raisons de visionner Les Salauds. Mixée aux mouvements de caméra de Claire Denis, cette musique-là fait des étincelles. Un conseil : enclenchez ce DVD pour une séance de nuit.

 


Interactivité :
Côté suppléments, c'est un peu sec. Hormis la bande-annonce, nous n'avons droit qu'à une sélection aléatoire de scènes coupées commentées par Claire Denis. La cinéaste insiste sur son goût pour les équipés réduites et les ambiances de plateau intimistes. Elle nous dévoile également tout le bien qu'elle pense de ses comédiens, qui ont tous accepté de se lancer, sans fards et ni pudeur, dans un projet cinématographique extrême.

Liste des bonus : Scènes coupées commentées par Claire Denis, bande-annonce.

 
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