LE SECRET DERRIèRE LA PORTE
Secret Beyond the Door - Etats-Unis - 1948
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Le Secret derrière la porte »
Genre : Thriller
Réalisateur : Fritz Lang
Musique : Miklós Rózsa
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais 1.0 DTS-HD Master Audio
Sous-titre : Français
Durée : 99 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 20 mars 2014
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Secret derrière la porte »
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LE PITCH
Durant ses vacances à Mexico, la jeune héritière Celia Barrett rencontre Mark Lamphere, un architecte qu’elle épouse aussitôt sans ne rien savoir de lui. Quelques jours plus tard, Mark, de retour aux États-Unis, fait visiter à des invités une série de chambres où il a méticuleusement reconstitué d’illustres scènes de crimes perpétrés au cours de l’histoire. Mais la chambre numéro 7 reste fermée à double tour. Un jour, n’y tenant plus, Célia pénètre dans la pièce sec...
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Les affres de l'inconscient

Œuvre emblématique de la période américaine de Fritz Lang, Le Secret derrière la porte exerce un pouvoir de fascination toujours intact. Puisant au cœur même de la psychanalyse, le cinéaste culte de Metropolis et de M le Maudit orchestre un thriller mental, oppressant et labyrinthique, librement inspiré de la légende de « Barbe Bleue ».

Lang a, au fil de son impressionnant parcours, touché à tous les genres cinématographiques : science-fiction, drame, aventure, polar ou film noir... La fin de sa carrière américaine s'est néanmoins focalisée sur un répertoire fortement influencé par la psychanalyse freudienne. Grand spécialiste du double, des faux-semblants, et théoricien du mal au cinéma, Lang a toujours privilégié les scénarii troubles et torturés. C'est bien évidemment le cas du Secret derrière la porte. Dès les premiers plans, le réalisateur nous embarque insidieusement vers des contrées inquiétantes et donne forme à de stupéfiantes visions cauchemardesques, baroques et oniriques. Tout débute à Mexico, lorsque Celia (Joan Bennett) tombe sous le charme d'un énigmatique architecte (Michael Redgrave). Tous deux témoins d'un combat au couteau, les inconnus se rapprochent dangereusement et cette rencontre à l'odeur de soufre s'inscrit comme point de départ d'un film-dédale dominé par la névrose, l'enfermement psychique et les douloureux maux de l'esprit. Une fois mariés (quelque peu précipitamment), Celia et Mark retournent aux Etats-Unis pour s'installer dans la vaste demeure de ce dernier. Et c'est en ces lieux étranges et menaçants que les ennuis débutent...

 

A double tour


Une fois sur place, Celia devient comme prisonnière : elle perd progressivement pied et s'éloigne de la réalité. Mark est souvent absent et la jeune épouse doit composer avec d'autres résidentes, dont une gouvernante au visage à moitié brulé, dissimulé sous un voile. Plus étrange encore, son époux qu'elle connaît si peu nourrit une passion qui fait froid dans le dos. Il collectionne des chambres dans lesquelles des meurtres célèbres furent commis. Lors d'une soirée animée, Mark organise une visite guidée des diverses salles reconstituées. Or, l'une des pièces, la chambre numéro sept, reste fermée à double tour. Quel terrible secret se cache derrière la porte ? Quels vices cachés empêchent-ils Celia de pénétrer les lieux ? Lang refuse de nous livrer la réponse. En grand manitou manipulateur, le cinéaste préfère entretenir le mystère, faire naître l'effroi et décupler notre angoisse. A coups de travellings alambiqués et de confrontations inattendues, Lang quitte les terres du thriller lambda pour flirter avec l'impalpable et le fantastique. Empruntant sa thématique au célèbre conte « Barbe Bleue » (meurtres anciens, chambre interdite, mari mystérieux), Lang modernise la vieille tambouille mythologique en y injectant des ingrédients à haute teneur psychanalytique : les personnages, ambivalents à souhait, jouent presque tous un double-jeu et ne semblent motivés, plus ou moins volontairement, que par les affres d'un subconscient instable. Quant à la maison aux vastes espaces hostiles, elle se transforme en une sorte de geôle mentale, surréaliste et fantasmagorique.

 

L'Autre femme


A bien des égards, la demeure de Mark évoque le repère du minotaure et Fritz Lang capte les espaces en clair-obscur comme s'il s'agissait de gouffres malveillants ou d'insondables pièges dantesques. La grande maison aux innombrables pièces illustre la personnalité complexe de son propriétaire ; ce drôle de fétichiste. Qui est-il réellement ? Un meurtrier imprévisible ou une pauvre âme esseulée refoulant ses traumatismes enfantins ? Il revient à Celia d'élucider l'énigme et de dénicher la clé du mystère... Film-univers au charme intense et envoutant, Le Secret derrière la porte n'est pas sans rappeler Rebecca d'Alfred Hitchcock, tourné huit ans plus tôt et traitant de l'emprise maléfique d'une défunte sur l'homme qui fut son époux. Mais là où Sir Alfred accentuait, comme à son habitude, les effets de suspense, Lang, quant à lui, nous plonge dans les limbes de la nuit, au beau milieu de salles confinées ou au fin fond de forêts brumeuses. Magnifiquement interprétée par Joan Bennett (qu'on recroisera plus tard dans Suspiria de Dario Argento), la douce et naïve Celia se retrouve cloîtrée malgré elle dans un labyrinthe spirituel dont elle ne parvient pas à réchapper. Le Secret derrière la porte diffuse constamment une puanteur de mort et de putréfaction, mais sans jamais que ne soit versée une seule goutte de sang. Lang amplifie la sensation de claustrophobie. Il intensifie le malaise et l'ambigüité macabre au sein d'un monde clôt ou chaque protagoniste, même innocent, nous est présenté comme un « tueur en puissance » régi pas des pulsions incontrôlables. Chef d'œuvre.

Gabriel Repettati










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Image :
Rien à redire, l'éditeur Carlotta remporte le combat par K.O. Entièrement décrassé en haute-définition, le master blu-ray est magistral : contrastes saisissants de précision, netteté impériale du noir & blanc, pureté du cadre et du découpage. Ce nettoyage en règle nous permet de savourer pleinement les amples mouvements de caméra du maître autrichien et de gouter à son sens inné du travelling. La vaste demeure de Mark, l'époux collectionneur de mort, incarne un personnage central, sinon LE personnage principal du film. Avec ses couloirs interminables, ses chambres scellées et ses extérieurs semblables aux limbes de l'enfer, la maison-piège évoque le cerveau chaotique d'un tueur psychotique.

 


Son :

L'édition blu-ray ne bénéficie que d'une seule piste originale en HD Master Audio Mono. Malgré l'âge avancé du film, les voix restent parfaitement audibles et relativement fluides. Du côté de l'environnement sonore, l'ambiance est très riche et nuancée, accentuée par une composition sophistiquée renforçant les émotions troublées de la pauvre Celia.

 


Interactivité :
Fidèles à leur ligne éditoriale, les experts de chez Carlotta ont exhumé deux items de très grande classe. Le premier module, tiré d'un article du magazine Positif, revient sur la carrière de Joan Bennett, muse de Fritz Lang et comédienne subtile qui malgré la finesse de son jeu n'accédera jamais au statut de star hollywoodienne. Au son d'une voix-off, le document illustre en images un parcours en demi-teinte. Le second module illustre également en images un commentaire de Lang au cours duquel le cinéaste analyse à la première personne sa fascination pour le morbide et le mal, fidèle compagnon du genre humain.

Liste des bonus : Joan Bennett : La « chose enrobée de cellophane » (11 ‘), « Pourquoi suis-je interessé par le meurtre ? » (18'), galerie photos.

 
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