QUATRE DE L’ESPIONNAGE / UNE FEMME DISPARAIT
Secret Agent / The Lady Vanishes - Royaume-Uni - 1936 / 1938
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Réalisateur : Alfred Hitchcock
Musique : Louis Levy
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et Français mono
Sous-titre : Français
Durée : 183 minutes
Distributeur : Filmedia
Date de sortie : 3 mars 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Quatre de l’espionnage / Une Femme disparait »
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LE PITCH
Londres, 1916. Tandis que des militaires se recueillent sur son cercueil vide, un écrivain-espion se rend en Suisse pour y démasquer un agent secret allemand. A bord d’un train qui la ramène d’Europe centrale à Londres, la jeune Iris fait la connaissance de Miss Froy. Lorsque cette dernière disparaît mystérieusement, Iris semble la seule à s’en apercevoir. Est-ce vrai ou est-ce son imagination qui lui joue des tours ?
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Précis de manipulation

Joli doublé pour l'éditeur Filmedia qui sort en simultané deux films d'espionnage datant de la période britannique de Sir Alfred Hitchcock. L'art virtuose du maître du suspense s'y exprime pleinement, en toute clarté et en toute allégresse. Dans les deux cas, la noirceur côtoie la légèreté et le cinéaste brouille les pistes avec délectation. Tout simplement génial.

Penchons-nous tout d'abord sur le premier item de la collection : Quatre de l'espionnage. Sorti un an après Les 39 marches, considéré à juste titre comme l'un des premiers grands chefs-d'œuvre d'Hitchcock, ce film assez méconnu (et souvent délaissé dans les manuels de cinéma) s'inspire d'une série de nouvelles de W. Somerset Maugham. Hyper-inventive et menée tambour battant, la course-poursuite effrénée nous mène de Londres jusqu'à la Suisse. Haletante et cahoteuse, elle réserve son lot de surprises et de rebondissements. Bénéficiant d'un casting haut de gamme mené par John Gielgud et Madeleine Carroll, monstres sacrés du 7ème art british, Quatre de l'espionnage s'impose comme une chausse-trape volontairement alambiquée. Le scénario jongle perpétuellement entre le sérieux et la comédie échevelée. Et cette ambivalence dynamise le récit avec classe et panache. En effet, Hitchcock recourt ici à des effets comiques plutôt inhabituels dans son cinéma. Plus d'une fois, le cinéaste britannique fait preuve d'une sorte de nonchalance détachée, savamment personnifiée par Peter Lorre (l'inoubliable Hans Beckert de M le Maudit de Fritz Lang). Le comédien austro-hongrois aux grands yeux globuleux et à la dégaine d'oisillon malade incarne « le Général », savoureux personnage burlesque semblant échappé d'une case de bande-dessinée. Séducteur, roublard, intenable et surexcité, « le Général » se double d'un assassin assoiffé de sang, paré à toutes les saloperies pour mener à bien sa mission secret-défense. En un mot, le lascar inquiète autant qu'il fait rire. Et cette dualité à la fois curieuse et dérangeante symbolise parfaitement la teinte générale de Quatre de l'espionnage. L'ambivalence, Sir Alfred la maîtrise sur le bout des doigts et il nous le prouvera plus d'une fois. Avec le recul et même s'il se refuse constamment à choisir un camp, le long-métrage demeure un exemple de construction formelle et narrative. As de la manipulation, le réalisateur malaxe plusieurs genres : l'espionnage certes, mais aussi le « slapstick », le cinéma d'aventure et la comédie romantique. Le cocktail hitchcockien se sirote comme un breuvage parfaitement dosé. Pur divertissement, rafraichissant et dépaysant. Que demandez de plus ?

 

Du cinoche en trompe-l'oeil


Avec Une femme disparaît, le second opus du diptyque, l'artistique monte d'un cran. Redoutable thriller ferroviaire mâtiné d'impalpable, le film constitue une étape clé dans la carrière britannique d'Hitchcock. L'œuvre est d'ailleurs qualifiée de fleuron de cette période faste, faite de paris romanesques, d'audaces stylistiques et d'expérimentations en tous genres. Peu de temps après, Hitchcock embarquera vers les Etats-Unis pour devenir ce génie absolu du langage visuel. C'est simple, à l'instar d'un Orson Welles, le cinéaste au gros cigare et aux bajoues rebondies a presque tout inventé cinématographiquement parlant. Pour preuve, il orchestre dans Une femme disparaît un jeu de pistes en mouvement permanent. Il s'agit d'un long travelling virtuose. Une fuite éprouvante dont on ne prédit jamais l'aboutissement. S'ouvrant sur une stupéfiante séquence en plongée qui fleure bon le carton-pâte et l'art du trompe-l'œil, Alfred Hitchcock nous propulse dans un monde clos ; un dédale frénétique plein de mystères, d'artifices et de questions ouvertes. Où est-donc passée cette femme qui vient de se volatiliser ? Est-elle morte ? A-t-elle été enlevée ? Ou est-ce l'héroïne qui s'est faite bernée par une imagination débordante ? A la limite du rêve, ou plutôt du cauchemar éveillé, Une femme disparaît nous tient en haleine avec une vigueur déconcertante. Exclusivement tourné en studios, le film débute sur le ton du vaudeville caustique puis file vers des contrées plus oppressantes et inconfortables. Rappelons que l'intrigue surfe avec l'histoire en marche. Nous sommes à la toute fin des années 30 et le monde s'apprête à sombrer dans le chaos. Le cinéaste en est tout à fait conscient. Mieux, il utilise en sous-texte la menace qui gronde pour mieux bâtir son suspense implacable. Chacun des protagonistes joue un double-jeu. Les plus bienveillants ne sont finalement pas si sympas que ça. Et une paranoïa incontrôlable va peu à peu s'emparer du récit. Sur la base d'un film d'espionnage standard, le metteur-en-scène dissèque les névroses de ses personnages. Le piège psychanalytique ne tardera pas à se refermer sur eux. Une femme disparait constitue une expérience jubilatoire. L'on s'y joue de nous, de nos croyances et de convictions. L'on s'y rend surtout compte que derrière la candeur se terre souvent la pire des horreurs. Plus de doutes possible : c'est bien m'sieur Alfred qui mène la danse.

Gabriel Repettati










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Image :
Les deux éditions DVD correctement exécutées sont loin d'être exemplaires. Dépoussiérées, les copies originelles retrouvent un peu de leur éclat. Quatre de l'espionnage était déjà paru en 2008 chez TF1 Vidéo. Le nouveau transfert est plus clair et lumineux mais souffre d'une image parkinsonienne et d'un grain sale et terne. Concernant la bobine d'Une femme disparaît, l'on constate également un net progrès par rapport à la précédente édition chez TF1 Vidéo. Mais de nouveau, une image tremblotante et un manque global de netteté viennent gâcher le spectacle. Les deux films auraient mérité un nettoyage HD digne de ce nom.

 


Son :
La piste sonore du DVD Quatre de l'espionnage manque cruellement de souffle et de précision. On distingue un bourdonnement persistant. Pis, une saturation nous strie les oreilles dès que l'action s'emballe et que la musique plonge dans les graves ou grimpe dans les aigus. Du côté d'Une femme disparaît, c'est un peu mieux. Notamment avec la piste anglaise qui respecte la prise de son directe de l'époque. La version française, en revanche, prête davantage à rigoler. Elle a été supervisée plus récemment par des doubleurs frais et proprets. Le décalage engendré est plutôt malheureux. A éviter, donc.

 


Interactivité :
Délectable flopée de suppléments. Le clou du spectacle : un document divisé en deux parties se penche en détails sur la carrière anglaise d'Alfred Hitchcock, période durant laquelle le maître a pu expérimenter les ressorts dramatiques qui feront la sève des classiques à venir, «made in Hollywood». Son sens du suspense, sa maestria formelle, les coups de bluff cinétiques... Les ingrédients de la gastronomie hitchcockienne sont décortiqués au scalpel et fournissent des éléments éclairants pour la compréhension de ses thématiques phares. Un autre document issu de la collection « Les hommes qui ont fait les films » nous fournit les clés pour mieux appréhender le cinéma d'Hitchcock. Un cinéma de joueur invétéré qui prend un malin plaisir à nous manipuler. Le tout est ponctué d'interviews inédites du metteur-en-scène. Enfin, un dernier entretien, plus surprenant, avec le cinéaste français Jean-Claude Missiaen (Tir groupé, Ronde de Nuit) revient sur le tournage de L'Etau, film d'espionnage tourné à Paris avec des comédiens français et considéré, à tort, comme l'un des rares échecs du metteur-en-scène. Beau programme pour la cinéphilie.

Liste des bonus : « L'espionnage selon Hitchcock » (épisode 1 & 2 - 14'/ 13') par Linda Tahir Meriau et Christophe Champclaux, « Hitchcock made in France » par Jean-Claude Missiaen (14'), Alfred Hitchcock, extrait de la série « Les hommes qui ont fait les films » (60').

 
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