TERREUR SUR LA LAGUNE
Solamente nero - Italie - 1978
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Terreur sur la lagune »
Genre : Thriller, Horreur
Réalisateur : Antonio Bido
Musique : Stelvio Cipriani
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français DTS HD Master Audio Mono
Sous-titre : Français
Durée : 109 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 19 décembre 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Terreur sur la lagune »
portoflio
LE PITCH
Jeune professeur à l’université de Rome, Stefano D'Archangelo profite des vacances d’été pour aller voir son frère, Don Paolo, prêtre dans une paroisse proche de Venise. En chemin, il rencontre la belle Sandra, artiste peintre qui vit avec sa mère paralysée. Le soir même de son arrivée, une médium est étranglée en face du presbytère, sous les yeux de Don Paolo. La vision du cadavre provoque chez Stefano une série de flash-back lui renvoyant l’image d’un petit garçon effra...
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le genre et la foi

Très peu visible en France, et en tout cas jamais avant aujourd'hui dans sa version uncut, Terreur sur la lagune, aka Solamente Nero, profite de la superbe édition Bluray / DVD / CD du Le Chat qui fume pour se rappeler à notre bon souvenir. Un giallo élégant, troublant qui surnage clairement au dessus de la mêlée de cette toute fin des années 70.

Clairement, qui en dehors des spécialistes se souvenant des sorties de l'époque ou scrutant l'import et les box DVD italien ou US, se souvient aujourd'hui du réalisateur Antonio Bido ? Un jeune artisan obligé de se perdre rapidement dans la chronique comique (Barcamenandoci) ou les coproductions improbables (Blue Tornado), mais qui pourtant à ses débuts affichait un amour évident du thriller italien, définitivement marqué par les expérimentations traumatiques de Dario Argento, plus que par la pléthore de succédanés pas toujours à la hauteur, mais aussi par la mise en scène redoutable d'Alfred Hitchock ou le film noir. Ces ambitions, déjà marquées dans le précédent Il gatto dagli occhi di giada (toujours inédit chez nous), s'impose avec vigueur dans son second long métrage qui rejette finalement tous les excès de ses contemporains, bien occupés à achever un genre en perte de vitesse. On trouvera certes une scène de sexe assez inutile et frontale, mais elle ne souffre d'aucune complaisance, et les meurtres en eux même vont à l'essentiel, parfois violents et cruels, mais jamais gores. Non, Bido préfère manifestement travailler ses ambiances, jouant sur le décor théâtrale et hors du temps de Murano (petit village dans la périphérie de Venise), faisant contraster une photographie subtile et naturelle signée Mario Vulpiani (La Grande bouffe) avec quelques explosions gothiques tournées en studio (le premier meurtre, la scène dans le cimetière), tirant constamment cette enquête policière vers les rives de l'étrange, de l'inquiétant. On est d'ailleurs jamais très loin du magnifique Qui l'a vue mourir ? d'Aldo Lado, et pas uniquement par son environnement.

 

noir c'est noir


D'ailleurs du giallo, Terreur sur la lagune a su en retenir les meilleurs codes et pas uniquement ceux de l'esbroufe. La mise en scène, minutieuse, mais surtout volontairement discrète, préfère distiller ses effets, jouer du montage ou de l'accumulation d'images obsédantes (le crime matriciel du générique, les tableaux naïf comme dans Les Frissons de l'angoisse) et laisser la place à une description décadente de la société italienne de l'époque. La fracture sociale en premier lieu, passant des ruelles grises et des petits bars enfumés, aux intérieurs cossues de la petite bourgeoisie, mais surtout cette idée sous-jacente que les hautes figures sont forcément coupables ou dissimulent un secret honteux. Un aspect « tous coupables » parfaitement maitrisé et qui va réussir à mener sa barque jusqu'à des révélations finales symbolisant, non sans ironie, cette cohabitation assez unique dans la culture italienne entre le grand ordre morale catholique et la roublardise païenne. Clairement Antonio Bido n'invente rien, mais réarticule à sa manière les fondations d'un genre passionnant, avec une belle maitrise, de la construction de ses cadres à sa direction d'acteur (le vétéran Craig Hill est surprenant en prêtre torturé). Il a su, qui plus est, s'entourer pour envelopper le tout dans une atmosphère assez mémorable, confiant la musique au très bon Stelvio Cipriani (La Baie sanglante, Tentacules) en plein glissement de compositions orchestrales vers un son plus électronique, plus discordant, interprété d'ailleurs par les membres du groupe culte Goblin. Quand on vous dit que le monsieur a du goût...

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Comme tout un pan du cinéma d'exploitation italien, Terreur sur la lagune n'aura pas franchement eu les honneurs d'éditions respectueuses en France. Déjà le film ne connu aucune sortie officielle sur grand écran, puis fut simplement distribué à la sauvette en VHS dans un montage carrément tronqué (10 bonnes minutes) et de qualité déplorable.
Et arrive le Bluray signé Le Chat qui fume : copie entièrement restaurée à peine piquée de quelques rares points blancs, couleurs bien tenues et riches, noirs profonds, grain de pellicule préservé sans entacher la compression, profondeur et relief qui se jouent d'une photographie parfois vaporeuse... Et tout cela au format respecté et compressé en 1080p. Le premier qui se plaint, il s'en prend une !

 


Son :
L'image est parfaite, la piste sonore pas tout à fait. Certes là aussi le travail de nettoyage et de restauration est évident, mais la source semble avoir été abimée, ou en tout cas mal préservée, entrainant régulièrement malgré un DTS HD Master Audio Mono clair et équilibré, quelques instants de saturations et de légers chuintements. Rien de bien grave cependant.
La version française, relativement moyenne, ne correspondant de toute façon pas au montage intégral, elle est complétée par des segments en VOST.

 


Interactivité :
Parfois, il n'est pas nécessaire de s'appeler Dario Argento pour voir l'un de ses giallo transformé en objet de collection. Très rare donc en France, mais reconnu depuis longtemps en Italie et aux USA (entre autres) Solamente Nero obtient enfin une édition à sa hauteur... voir même un peu plus. Reprenant le joli format digipack du précédent La Nuit des diables, la sortie en impose plus encore avec sa tranche plus volumineuse : en effet, en plus du double dvd (film + bonus) et du bluray, le pack contient un quatrième disque, celui de la superbe BO signée Stelvio Cipriani. Classe !
Bien entendu, le programme ne s'arrête pas à ce goodies de taille, mais consiste une nouvelle fois en une belle série de bonus vidéo. L'amusant Terreur sur la lagune en mode VHS (question de voir les coupes absurdes et la qualité déplorable de l'objet), l'excellente présentation / analyse du film signée Jean-François Rauger (La Cinémathèque française), la petite réflexion sur le genre délivrée par Olivier Père (voir sa rubrique sur le site d'Arte)... une fois encore l'éditeur oscille entre le cinéphilique et le geek avec beaucoup de goût. Et naturellement, l'ensemble est complété par une interview de l'acteur Lino Capolicchio et par plusieurs interventions du cinéaste en personne. Si manifestement tous deux affichent un petit manque de modestie, leurs interventions permettent d'évoquer le tournage du film, de révéler quelques anecdotes et surtout de dresser le portrait des dernières heures du grand cinéma italien. A noter que très fier, Antonio Bido se fend ici d'une petite présentation inédite afin d'introduire un court métrage récent de son crus : Danza Macabre. Un clip musical pas franchement convaincant (ouh que c'est kitch !), mais bon, à priori ça lui fait plaisir alors...

Liste des bonus : Copie DVD, CD de la bande originale, Mort à Venise par Jean-François Rauger (20 mn), Le monstre de Venise, interview du réalisateur Antonio Bido (36 mn), Profondo Noir, interview de l'acteur Lino Capolicchio (24 mn), Les photos du crime avec Antonio Bido (11 mn), Danza Macabra d'Antonio Bido (16 mn) - Présentation Danza Macabre (7 mn), 3 gialli par Olivier Père (10 mn), Terreur sur la lagune en mode VHS (non présent sur le DVD Bonus), Génériques du début et de fin alternatifs (3 mn), Films annonces

 
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