ESPIONS SUR LA TAMISE
Ministry of Fear - Etats-Unis - 1944
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Genre : Espionnage
Réalisateur : Fritz Lang
Musique : Victor Young
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 87 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 6 février 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Espions sur la Tamise »
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LE PITCH
Peut-il vraiment exister de petits « films » signés Fritz Lang ? C’est pourtant ainsi qu’à longtemps été qualifié Espions sur la Tamise, film de propagande antinazi typique de son époque, mais dont la distance permet aujourd’hui d’apprécier la maestria incroyable de son auteur.
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Peut-il vraiment exister de petits « films » signés Fritz Lang ? C'est pourtant ainsi qu'à longtemps été qualifié Espions sur la Tamise, film de propagande antinazi typique de son époque, mais dont la distance permet aujourd'hui d'apprécier la maestria incroyable de son auteur.

Pourtant ce dernier n'aura cessé d'égratigner cette œuvre. Lui qui déjà pouvait avoir la dent dure avec sa filmographie se révélera particulièrement sévère à l'encontre de celui-ci, en rejetant presque la paternité. Expatrié allemand ayant connu une indépendance certaine, Lang aura en effet beaucoup de mal à s'intégrer dans le système hollywoodien et surtout à accepter la main mise des producteurs. Le comble ici est que ce dernier, Setton I. Miller (Les Aventures de Robin des bois, Guerre au crime) est aussi accessoirement le scénariste de cette adaptation d'un roman de Graham Green (Le Troisième Homme). Perdant donc tout droit de retoucher une ligne du script ou des dialogues, de préserver son director's cut, Lang avouera donc avoir approché le projet comme une simple commande, s'en désintéressant artistiquement... Sauf que bien entendu, on peut difficilement faire plus langien que Espions sur la Tamise. Une dichotomie absolument passionnante nait ainsi à l'écran entre une trame d'espionnage relativement classique dans sa construction, jamais très loin du thriller hitchcockien d'ailleurs (on pense à Correspondant 17, La Mort aux trousses...), mais dont les détours alambiqués, les jeux de masques troubles et inquiétants se découvrent un écho cauchemardesque dans la mise en scène sublime du cinéaste.

 

l'empire du mal


Se réappropriant (consciemment ou inconsciemment ?) constamment le matériau d'origine, Lang y insuffle des figures clef de son cinéma, entre des allusions à M Le Maudit, l'organisation tentaculaire digne du Testament du Docteur Mabuse ou la femme vaporeuse et minérale de Metropolis, faisant constamment glisser le film d'espionnage vers le délire paranoïaque, le surnaturel expressionniste voir le conte métaphorique. En particulier dans une première bobine enchainant la sortie de l'asile à une visite impromptue dans une petite foire associative, insinuant un doute, une aura presque surnaturelle qui ne disparaitra jamais vraiment. Parfait en attachant Mr tout le monde, Ray Milland, est bien entendu le faux coupable par excellence, perdu dans la succession de traquenards et de manipulations d'un groupuscule nazi qui peut prendre la forme de mères de famille bourgeoises, d'une voyante de pacotille, d'un faux aveugle, d'un cercle de spiritisme, d'un tailleur souriant, d'un membre éminent du gouvernement... Une telle omniprésence des disciples d'Hitler que l'on frôle constamment l'œuvre onirique comme en atteste les performances figuratives de Fritz Lang dans l'utilisation d'un décor en studio noyé sous un bombardement, d'une élimination suggestive à travers une porte ou une installation d'un suicide probable dans un troublant et puissant jeu de miroirs. Un film riche et fascinant qui ne peut prétendre effectivement au chef d'œuvre, sans doute à cause d'une love-story inutile ou d'un plan final trop solaire pour être honnête, mais qui clairement n'a pas à rougir face aux autres œuvres du créateur du Secret derrière la porte.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Nouveau master HD pour Espions sur la Tamise, qui témoigne clairement d'une restauration admirable et sérieuse. Pas évident ce savoir si la copie présente ici est là même que celle disponible depuis 213 chez Criterion aux USA, mais le rendu 2K est excessivement proche avec une restauration impressionnante, ne laissant plus transparaitre que quelques rares petits spots rapides, soulignant d'un même mouvement de superbes contrastes et un piqué très appréciable dans les gros plans. Quelques outils numériques sont venus redorer un peu la patine de ce métrage âgé de 70 ans et des brouettes, mais ont préservé joliment un petit grain de pellicule et des reflets argentiques toujours aussi appréciables. Seul défaut au tableau, quelques ombres et matières noirs qui fluctuent parfois sur les bords du cadre.

 


Son :
Comme c'était déjà le cas il y a 10 ans sur le DVD de Carlotta, la version doublée française a depuis longtemps disparue, ne laissant donc sur place que le mono anglais d'origine. Pas bien grave, ce dernier est en excellente forme avec un DTS HD Master Audio des plus clair et limpide, révélant là aussi un travail bien présent sur la restauration de l'ensemble.. Le tout est stable, équilibre et ne souffre d'aucune instabilité ou souffle gênant.

 


Interactivité :
Journaliste cinéma, Eddy Moine est le nouvel intervenant d'Elephant, dédié pour l'instant justement aux films noirs de l'éditeur. Si ce dernier n'arrive pas toujours à bien cacher qu'il lit un texte rivé pas loin de la caméra, son débit et la qualité des informations n'en restent pas moins plus qu'honorables. Il resitue ainsi le film dans la carrière de Lang, revient sur le désamour généralisé autour du métrage et développe les filmographies des acteurs les plus intéressants. Sobre et efficace.

Liste des bonus : Présentation du film par Eddy Moine (15'), Galerie d'images, Bandes-annonces.

 
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