LE JOURNAL INTIME D’UNE NYMPHOMANE / LES POSSéDéES DU DIABLE
France - 1972/1974
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Erotique
Réalisateur : Jess Franco
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Mono
Sous-titre : Français
Durée : 185 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 7 août 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Mari volage, Ortiz est accusé à tort d’avoir assassiné Linda, une strip-teaseuse. Sa femme enquête sur la personnalité de la victime, … / 18 ans après avoir passé un pacte avec Patrick Mariel, un homme d’affaires, la sorcière Lorna est de retour pour réclamer son dû : Linda, la fille unique de Patrick…
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nue et culottée

2018, l'année Jésus Franco ! 2 parutions chez Gaumont (Cartes sur Table, Le Diabolique Docteur Z), 3 chez Artus Films (La Fille de Dracula, Les Démons, Les Expériences Erotiques de Frankenstein) et le présent doublé chez un Chat Qui Fume très polisson, le boulimique de la pellicule bis et du zoom lesbien ressuscite en haute définition. L'occasion de redécouvrir des pépites oubliées.

Le titre le plus intéressant du lot est sans conteste Le Journal Intime d'une Nymphomane. Produit par l'indéboulonnable Robert de Nesle et tourné en Espagne, cette plongée sans retour dans la psyché d'une droguée du sexe déjoue toutes les attentes. Si Franco satisfait aux impératifs du genre et filme (avec beaucoup de goût) ses actrices dévêtues sous toutes les coutures et dans les poses les plus lascives qui soient, il soigne le fond et livre un étonnant pamphlet féministe. Empruntant sa structure au Citizen Kane d'Orson Welles, l'enquête menée par le personnage de Jacqueline Laurent, épouse trop sage et bafouée par un goujat moustachu, se joue en deux temps et torpille sans la moindre pitié l'image du mâle dominant. La première moitié laisse la parole à l'une des compagnes de la défunte Linda (Montserrat Prous, poupée fantôme au regard d'une infinie tristesse) et trouve son point d'ancrage lors d'une scène de viol glaçante où le hors-champ sert à épingler ces regards coupables et complices qui se détournent des violences sexuelles au quotidien. Franco transforme alors la nymphomanie, ces étreintes qui s'enchaînent sans fin, en un cri d'amour désespérée plutôt qu'en prétexte un peu facile. La seconde moitié du film va plus loin et l'héroïne s'adresse directement au spectateur par le biais de son fameux journal intime. Une voix d'outre-tombe au langage cru et qui n'épargne pas les hommes. Lâches, menteurs, libidineux, profiteurs, ils ne sont pas dignes de confiance. Ni aujourd'hui, ni demain. Le propos est fort, incroyablement pessimiste, et si le cinéaste ne s'attachait pas à sublimer ses actrices, totems de sensualité triomphante, il y aurait de quoi débander durablemenent.

 

La Luxure en héritage


Plus osé mais moins convaincant dans l'ensemble, Les Possédées du Diable bénéficie pour l'essentiel de son statut d'œuvre miraculée. Pour en offrir la version la plus complète qui soit, Le Chat Qui Fume a été contraint de mélanger deux masters 35 mm différents, l'un étant très endommagé et restauré au mieux.  Dans la foulée de Célestine, Bonne à Tout Faire, Jésus Franco, toujours chaperonné par Robert de Nesle et Le Comptoir Français du Film, plante ses caméras à La Grande Motte et mêle le sexe au sang. D'une grande simplicité, cette histoire de malédiction et de possession s'étire plus que nécessaire autour d'un script famélique. Une sous-intrigue avec une demoiselle non identifiée convulsant (toute nue, forcément) dans le lit d'un hôpital psychiatrique à intervalle régulier laisse plus que dubitatif. Le constat est encore aggravé par une facture visuelle plus fauchée qu'à l'accoutumée et enlaidie par des décors qui font mal aux yeux (ah, le bêton futuriste des 70's et le papier peint aux couleurs mal assorties).
Tout n'est pas à jeter pour autant. Les hommes en prennent une fois de plus plein les dents, le rythme lent et syncopé parvient à installer une atmosphère de cauchemar éveillé comme seul Franco savait y faire et les actrices, magnifiques comme toujours, donnent de leur personne. Trois scènes à elles seules marquent les esprits par leur audace graphique et l'ambiance malsaine qu'elles distillent. Il faut voir Jacqueline Laurent victime d'un sortilège qui fait sortir des crabes de son vagin. Il faut voir Pamela Stanford lécher avec passion un godemichet souillé du sang de sa protégée tout juste déflorée. Il faut voir Lina Romay éclater dans un fou-rire démoniaque et meurtrier lors d'un épilogue sanglant. Bref, en dépit de scories impossibles à ignorer, il faut voir Les Possédées du Diable.

Alan Wilson








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Image :
Tournés dans des conditions précaires et pas forcément conservés pour la postérité, les copies de ces deux films ne peuvent pas rivaliser avec ces classiques du cinéma que l'on restaure en 4K à coups de millions. Le travail de l'éditeur n'en est que plus méritant. Peu importe les accidents de pellicule (et ils sont nombreux sur une bonne moitié des Possédées du Diable), la définition est d'une solidité à toute épreuve et la compression est impeccable. Le rendu cinéma est donc optimal et l'on se croirait revenus dans une petite salle de quartier à compter les poils pubiens des muses peu farouches de feu Jésus Franco.

 


Son :
Dans les deux cas, les doublages français, assez croquignolets mais débordants de personnalité, l'emportent sur les versions anglaises. Là encore, les pistes sons ont été nettoyées avec soin mais le souffle persiste, ça crachote et ça sature très vite. Là encore, on ne peut en tenir rigueur à l'éditeur.

 


Interactivité :
La perfection, en toute simplicité. Une série d'entretiens conséquents délivrent un flot d'informations indispensables dans une bonne humeur contagieuse. Alain Petit, spécialiste, admirateur et proche de Jésus Franco, replace les deux films dans leurs contexte et enrichit son propos d'anecdotes érudites et savoureuses. Les actrices Pamela Stanford et Jacqueline Laurent reviennent avec le sourire et sans honte sur leurs prestations auprès d'un cinéaste « rigoureux, intelligent et attachant ». Le réalisateur et monteur Gérard Kikoïne témoigne avec sa verve habituelle de sa participation au montage et au doublage des films de Franco tout en peignant le portrait d'une époque révolue. Enfin, un module est consacré à la restauration problématique des Possédées du Diable dont la version intégrale (à quelques minutes près) semble perdue corps et bien.

Liste des bonus : Le Journal Intime de Jess Franco par Alain Petit (41 min) / Jésus et Moi avec Jacqueline Laurent (25 min) / Le Journal Intime de Gérard Kikoïne (60 min) / Franco le Possédé par Alain Petit (47 minutes) / Jésus et Moi avec Jacqueline Laurent (25 min) / Pamela Stanford, la Possédée de Franco (14 min) / La Restauration du Film / Bandes annonces.

 
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