SAINT JACK
Etats-Unis - 1979
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Saint Jack »
Réalisateur : Peter Bogdanovich
Musique : Divers
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0, Français DTS HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 115 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 10 octobre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Saint Jack »
portoflio
LE PITCH
Dans les années 1970, Jack Flowers est un Américain déraciné à Singapour où il dirige une maison close avec un ami comptable. Pourtant, le proxénète doit se heurter à la colère de la pègre locale chinoise, mécontente de son succès, au moment même où la CIA lui propose d’ouvrir un autre bordel uniquement réservé aux soldats en permission, de retour de la guerre du Vietnam…
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la dernière passe

Projet atypique parmi d'autre dans la carrière très fluctuante du cinéaste Peter Bogdanovich, Saint Jack et sa rencontre impromptue avec un petit mac américain bien sympathique dans les rues de Singapour, se voit aujourd'hui à la fois comme un retour aux sources et comme un adieu à une certaine indépendance. Une dernière virée.

Après le premier coup d'éclat The Last Picture Show, Bogdanovich aura rapidement connu les affres d'une insertion difficile dans un système américain brisant peu à peu ses élans créatifs. Certains auteurs donnent le meilleur d'eux même sous la contrainte, lui manifestement à besoin de place pour expirer, comme le prouve la lente chute d'intérêt que connaitront ses productions suivantes, échecs de plus en plus imposants au box office. Arrive alors à point nommé cet étrange projet d'adapter le roman Saint Jack de Paul Theroux (Mosquito Coast), soufflé une fois encore par le mentor Orson Welles. Un texte dont c'est pourtant Hugues Hefner qui détient les droits alors que Bogdanovich et Cybill Shepherd (sa compagne d'alors) sont en procès contre Playboy pour avoir diffusé des photos de nu de l'actrice extraits sans autorisation de The Last Picture Show. Faisant d'une pierre deux coup, le réalisateur efface plus ou moins la dette, récupère les droits et un coproducteur (Playboy donc) avant d'aller querir l'illustre Roger Corman, le premier à lui avoir fait confiance, pour le reste de l'entreprise financière. Une gestation compliquée, jalonnée de multiples réecritures et d'un tournage sous couverture à Singapour: le gouvernement ne voyant pas d'un très bon œil cette évocation de leur archipel transformé en bordel géant par les occidentaux. Une réalité tristement historique pourtant pour un lieu paradisiaque qui passera des mains de l'ancien empire colonial anglais, présenté ici sous la forme de quelques sujets récalcitrants et alcoolisés sentant bon la « fin de règne », à celui moins tendre encore et surtout plus perfide, de l'empire du dollar.

 

les anges déchus


A quelques kilomètres d'une Guerre du Vietnam dont on ne verra rien ou tout comme, l'Oncle Sam place ses billes, s'octroie la marchandise locale (femme et jeunes homos) et bien entendu perverti tout sur son passage. La question dans Saint Jack est de savoir si justement le personnage roublard, charmeur et résigné incarné par un Ben Gazzara échappé d'un film de John Cassavetes, poussera sa quête désuète du pactole - pour «s'acheter une grande maison, des paons et des cigares» comme il dit - jusqu'à perdre son statut d'émancipé. Une histoire de rédemption ? Pas tout à fait car avec malgré la séduction constante du personnage, ce dernier n'est rien de plus qu'un mac un peu miteux, dont les plans sont réduit à néant d'années en années. Bourlingueur, arrangeur, puis tenancier d'une maison close « familiale » avant de faire les GO dans un bordel / usine pour militaire en perm'. Il n'est pas un saint loin de là, ni un monstre, mais ne fait que peu de cas de la condition féminine où de l'identité culturelle des lieux. Un film constamment trouble et ambigüe, foncièrement amoral, mais où le terrain que tous croyait conquis ne cesse de se dérober sous les pieds. Entre détournements cruels du tourisme bondien (les asiatiques faciles, la chanson thème de Goldfinger qui habille un strip-tease un peu triste, l'apparition déroutante de George Lazenby), le documentaire (de nombreux plans volés dans les rues) et une nonchalance toute newyorkaise qui n'est pas sans rappeler Martin Scorcese, Saint Jack défie magistralement son spectateur jusqu'à un dernier chapitre qui remet tous les enjeux du film (mais aussi du cinéaste) en place en se confrontant frontalement aux atours sordides de la politique étrangère US. L'instant de vérité pour Jack, qui s'en sort avec une élégance, s'affranchissant de ses fantasmes inaccessibles avant de se perdre, enfin, dans les rues de Singapour. Bogdanovich lui, malgré quelques prix et une belle réception critique, se fera de nouveau happer par la real-politique hollywoodienne.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Très belle restauration que voilà, qui impressionne vraiment par la propreté immuable de son cadre, la netteté de ses teintes (largement rehaussées par rapport aux anciens masters existants) et surtout préservant avec soin le petit grain de pellicule et les reflets argentiques de l'objet. On remarquera bien quelques très légers aplatissements sur certain décors plus en profondeur, mais la définition et le piqué tiennent largement le cap révélant, enfin, toutes les subtilités de la photographie de Robby Müller (Paris Texas, Dead Man).

 


Son :
La nouvelle piste DTS HD Master Audio 2.0 fait acte d'un nettoyage effectif de la bande sonore originale avec une stabilité probante et quelques effets d'ambiances plus efficaces dans les scènes de nuits ou les ballades en pleine rue. Parfois certains son un peu étouffés rappellent l'âge du film... Là où le doublage français, malgré un DTS HD Master Audio Mono, ne fait que le souligner à chaque instant avec un mix daté et étouffé.

 


Interactivité :
Sorti le même jour que The Last Picture Show et dans la même collection Prestige Limité, Saint Jack propose donc comme il se doit quelques goodies pour collectionner dans son joli boitier cartonné : une mini affiche, quelques cartes postales et faux polaroïds. Sympathique, même si comme toujours l'attrait de l'édition est surtout du coté des suppléments vidéos avec, comme son prédécesseurs, une offre assez complète. On retrouve là aussi une assez longue interview du réalisateur datant de la sortie DVD qui lui permet de revenir sur un tournage caché aux autorités locales, la participation peu connue de Cybill Shepherd à l'écriture et à la production et d'évoquer sa longue collaboration avec Roger Corman. Un entretien souvent plus pertinent et précis que le segment suivant combinant le témoignage de membres de l'équipe (quelques acteurs et actrices, producteurs...) enregistré bien plus récemment lors d'une rétrospective du film au National Museum of Singapore. Le programme se clôt sur un reportage photographique comparant les lieux de tournages en 79 avec leurs restes actuels.... Le résultat est édifiant et rejoint souvent le propos même du film.
On peut par contre regretter que l'éditeur ne se soit pas procuré l'intégralité des bonus existant aux USA chez Scorpion Releasing, nous privant ainsi d'un commentaire audio de Bogdanovich et d'un témoignage du producteur Roger Corman allant souvent à l'encontre des propos (suffisants ?) du cinéaste.

Liste des bonus : Entretien avec Peter Bogdanovich (20'), « Souvenirs de Saint Jack » : entretien avec les membres de l'équipe du film (32'), « Splendeurs dormantes à l'aube » : retour en photos sur les lieux de tournage de Saint Jack (16'), Bandes-annonces + 8 photos instantanées, l'affiche du film (40 x 60), 5 planches-contacts, 5 cartes postales.

 
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