NETWORK, MAIN BASSE SUR LA TV
Network - Etats-Unis - 1976
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Drame
Réalisateur : Sidney Lumet
Musique : Elliot Lawrence
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 121 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 17 avril 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Howard Beale, présentateur du journal télévisé de la chaîne UBS, est licencié suite à une très sensible baisse de son audience. Désespéré, il donne rendez-vous à ses téléspectateurs pour leur annoncer son intention de se suicider en direct. Mais il se rétracte à la dernière minute, ce qui n’empêche pas le taux d’écoute de remonter en flèche…
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The antisocial network

Cinéaste au combien important du Nouvel Hollywood, Sidney Lumet va enchainer les chefs-d'œuvre avec une facilité déconcertante. Sorti un an après Un Après-midi de chien (1975), Network fait partie de ces classiques dont on ne parle pas assez car trop peu diffusés. Cette nouvelle sortie est l'occasion parfaite d'y revenir.

Alors qu'il enchaine les succès avec Pacino, Lumet, grand défenseur des causes sociales et des opprimés, décide de mettre en image le scénario de Paddy Chayefsky, attaquant de plein front le milieu de la télévision. Un univers que Lumet connaît comme sa poche, ayant œuvré pendant de longues années à la réalisation de téléfilms et de séries. C'est d'ailleurs à ces séries TV que Lumet va envoyer la plus grande claque à travers le personnage de Diana Christensen (rôle qui permettra à Faye Dunaway de remporter un oscar largement mérité face à Sissy Spacek et Talia Shire pour Carrie et Rocky). Si le protagoniste principal, le déclencheur, en apparences, de tout ce chamboulement est le présentateur Howard Beale joué par Peter Finch (si vous n'avez pas vu le film, vous devez au moins connaître sa célèbre tirade, présente dans quasi tous les montages « best quotes » sur Youtube), c'est bien Diana et ses semblables qui se révèlent être à l'origine de tout. La course à l'audimat, aux parts de marché, la quête du pouvoir... bien que leurs motivations soient différentes, tous n'ont qu'un seul et unique but : la domination d'un réseau au détriment de l'être humain et du programme proposé.

 

tV réalité ou réalité télévisée


A la différence de Franck Hackett (Robert Duval dans sa meilleure décennie), personnage intemporel de corporatiste évoluant dans un milieu qu'il ne connaît pas, Diana est une «enfant de la télé». Hackett pourrait très bien être la personne à la tête d'un studio actuel se référant aux chiffres d'un film des années 80 avant d'en commander un remake ou demander à ce que les affiches de Tomorrowland soient retirées pour satisfaire des actionnaires avides. Diana, elle, est imprégnée de cet univers de faux-semblants, sa vie n'est que fiction. Chacun à leur façon, ces hommes et ces femmes dirigent notre quotidien télévisuel depuis plus de 40 ans, ceux qui ont cette fameuse « main mise » du titre français vont gangréner des personnages, comme Howard ou Max Schumacher (William Holden) et transformer leur vie, comme la TV le fait avec la notre.

 

présentateur vedette


Car si Lumet attaque les corporatistes et autres manipulateurs du monde de la télévision de plein front, comme il l'avait déjà fait contre la police dans Serpico, le réalisateur de Douze hommes en colère en profite pour s'en prendre au médium lui même. A travers les yeux de Max Schummacher, directeur d'informations, vieux de la vieille, précurseur des personnages de Mike Wallace et Lowell Bergman (Christopher Plummer et Al Pacino) dans Révélations de Michael Mann. Comme les deux journalistes de l'émission 60 minutes, Schummacher est un homme seul contre tous, faisant tout pour défendre un Howard Beale (ou Jeff Wigand chez Mann) devenu l'instrument de promoteur ayant changé la télévision en un cirque perpétuel. Un cirque mené par des « terroristes » (l'un des premiers mots du film... tout comme dans Révélations) ayant déjà gagné leur combat, tant leur pouvoir est supérieur à tout ce qui les entoure, que ce soit la vie des gens ou même la politique du pays. Au milieu de tout cela, on pourrait entendre la voix de Lumet à travers les répliques du présentateur grimé en clown prédicateur Howard Beal. Une voix qui nous incite à éteindre le poste (certains y verront une attaque injustifiée par un milieu, le cinéma, en perte de vitesse contre l'écran présent dans chaque foyer...il n'en est rien), une voix qui nous hurle de ne plus prendre pour argent comptant tout ce que nous voyons. Une voix qui nous implore de montrer que nous existons en tant qu'individus et non en % sur une feuille de statistiques. Une voix nous poussant à nous révolter contre la machine ! « I am mad as hell, and I will not take it anymore » ouvrant le chemin aux futurs « Fuck you I won't do what you told me ».

Rythmé à la perfection, ne s'embarrassant pas d'intrigues secondaires inutiles pour faciliter la vie du spectateur (même si la romance présente peut le paraître, son rôle est primordial), nihiliste et réaliste, Network est de ces films que l'on peut par goût étiqueter de grandiose, mais par conviction juger comme nécessaire. Un film qui n'était pas en avance sur son temps et qui tristement résonne toujours aussi bien aujourd'hui. Aucun studio ne veut en faire le remake. Étonnant non ?

François Rey








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Image :
Déjà exploitée aux USA et en Angleterre, la copie HD présentée aujourd'hui par Carlotta est tout simplement la seule existante à l'heure actuelle, produite à la source par la firme MGM. Il va donc falloir apprendre à s'en contenter, même si les effets neigeux dans les séquences en basse luminosité, la photographique qui manque clairement d'énergie et l'apparition fréquente de scories héritées d'un master source vieillissant a forcément de quoi décevoir. Heureusement le piqué est tout a fait convaincant et l'image ne subit pas de manipulations numériques excessives.

 


Son :
Transféré sur DTS HD Master Audio se sont bien les mono d'origine qui nous reviennent ici avec un son tout de même plus clair et équilibré qu'autrefois. Le doublage français d'époque est plutôt agréable mais on préférera toujours la vo bien plus énergique et naturelle.

 


Interactivité :
Lors du lancement de sa collection de luxe, Carlotta avait marqué les esprits à la fois par le choix de Body Double pour ouvrir le bal mais aussi la présence d'un ouvrage américain inédit chez nous qui retraçait avec force et pertinence les coulisses de sa fabrication. On retrouve enfin dans le coffret collector français de Network cette excellence éditoriale avec le roman / document / Making of Fou de rage : la genèse de Network et la vision prophétique du type le plus furieux du cinéma signé Dave Itzkoff. Rédaction du scénario et variation (nombreuses) de ses itérations, recherche du studio, collaboration avec le réalisateur, choix des acteurs, tournage et distribution : l'ouvrage est un riche témoignage de la naissance de Network, qui serait quasiment exhaustif si son auteur n'avait pas eu l'excellence idée de l'accès du point de vue du scénariste Paddy Chayefsky. Un personnage complexe, torturé, tour à tour génial, obtus voir illuminé, qu'Itzkoff tente de saisir ici dans toutes ses amplitudes.

Un supplément tout simplement idéal, qui trouve un complément naturel dans l'unique bonus vidéo disposé sur le Bluray ou le DVD dédié : By Sidney Lumet. Un documentaire de presque deux heures entièrement dédié au cinéaste qui se livre dans un témoignage sobre face caméra, évoquant tour à tour ses débuts précoces dans les coulisses du théâtre puis de la télévision, certains de ses plus beaux projets cinématographiques mais aussi et avant tout sa vision humble, artisanale mais passionnée, de son art. Pour Carlotta, c'est un sans faute !

Liste des bonus : Le livre « Fou de rage : la genèse de Network et la vision prophétique du type le plus furieux du cinéma » rédigé par Dave Itzkoff (200 pages), « By Sidney Lumet » : portrait de Sidney Lumet réalisé par Nancy Buirski (2015, HD, 110'), Bande-annonce.

 
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