THE LIGHTHOUSE
Etats-Unis, Canada - 2019
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « The Lighthouse  »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Robert Eggers
Musique : Mark Korven
Image : 1.33 4/3
Son : DTS HD Master Audio 5.1 anglais, DTS 5.1 Français, espagnol, allemand.
Sous-titre : Français, arabe, allemand, portugais…
Durée : 109 minutes
Distributeur : Universal
Date de sortie : 2 septembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
L’histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare sur une île mystérieuse et reculée de Nouvelle-Angleterre dans les années 1890.
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Lueurs mortes
Après la forêt millénaire et les mystères insondables de The Witch, Robert Eggers s'embarque pour un rocher isolé, balayé par le vent et une mer déchainée où la encore les puissances primaires semblent attendrent patiemment pour dévorer les deux gardiens de phare. Hypnotique et terrifiant.

The Witch, impressionnante invocation de sortilèges dans une campagne médiévale dépouillée où le déterminisme devenait loi, était une œuvre intensément féminine, voir féministe dans le plus noble sens du terme. Second long métrage de Robert Eggers, The Lighthouse lui répond naturellement en optant pour un décorum et un cadre bien plus masculin. Le monde des marins, des gardiens de phares, des travailleurs forcenés, effectuant leurs tâches jusqu'à l'épuisement et l'avilissement... Des figures viriles, burinés, minérales, mais dont la masculinité n'a rien d'une force célébrée, mais serait plutôt la source d'une plongée progressive dans une folie liquide, paranoïaque et contaminante, comme une gangrène. The Lighthouse est ainsi un film empreint d'une grande rudesse, d'une violence frappante et omniprésente au millieu de laquelle les machines charbonneuses, bruyantes et fumantes, viennent s'incruster douloureusement dans ce paysage décharné, acéré d'une île dont le seul point de mire semble être ce phare central, phallique, symbolique et obsédant. Non sans une très volontaire ambiguïtée.

 

Les Survivants


La cohabitation difficile et tendue entre les deux gardiens, un gigantesque Willem Dafoe en vieux marin de légende (grosse barbe, pipe au bec et vieilles chansons paillardes plein le gosier) et un inquiétant Robert Patinson constamment mis à mal par son partenaire, partage ainsi son temps entre les taches journalières, les beuveries, les pratiques sexuelles solitaires et une méfiance mutuelle qui, le temps aidant, va vriller vers un point de non retour. Un quotidient austère, étouffant, définitivement flippant, qui se voit parcemé de flashs de croyances païennes à coups de sirènes lubriques, de mouettes narquoises et de créatures mutantes dignes d'une nouvelle de HP Lovecraft. Des descriptions presque obscènes, barbares et vulgaires, d'un rapport avilissant entre le maitre de besogne et sa victime incertaine. Mais outre la prestation d'une subtilité effarante de la part des deux interprètes (là où ont aurait pu facilement tomber dans la caricature), The Lighthouse est entièrement métamorphosé par le contraste provoqué avec la noblesse affectée d'une esthétique éblouissante. Tourné sur pellicule 35mm mais avec un format de cadre 1.19, The Lighthouse s'empare des constructions du cinéma des premiers temps et travail au corps sa matière en optant pour des objectifs (dont certains plus utilisés depuis presque cents ans) et des filtres altérants les noirs et la lumière pour un résultat métallique, vibrant, presque respirant, qui creuse constamment les traits et la fatigue des personnages, autant que rend plus tranchant encore ce monde contenu mais débordant d'un cauchemar mythomaniaque, primitif et lourd. Pas d'élévation salvatrice comme dans The Witch, The Lighthouse finit plus simplement fracassé au sol.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Célébration d'une certaine esthétique révolue du cinéma, The Lighthouse a été capturé sur pellicule 35mm à grand renforts d'objectifs creusant et intensifiant les contrastes, parfois à l'extrême. Transféré ensuite sur master 4K pour le montage et l'étalonnage, le film s'installe plus que confortablement sur le disque Bluray déversant à chaque instant une intensité imposante, une richesse de matières et de vibrations qui ajoutent certainement à la fascination que peut provoquer le film. Les détails sont omniprésents, le grain de pellicule délicieusement organique, les argentiques semblent presque invoqués d'une époque lointaine du cinématographe... Aaah si seulement le film était disponible en UHD.

 


Son :
La rigueur technique est tout autant de mise du coté de la piste anglaise DTS HD Master Audio 5.1 anglaise qui travaille avec force ce mélange étonnant de silences écrasants, de bruits sourds, de notes lancinantes, d'éléments naturels épuisants et d'effets rocailleux... Jusque-dans les voix de nos deux marins. Le mélange est parfaitement équilibré, constamment fluide et joue avec les ambiances et la dynamique de l'installation avec une minutie parfaite.

 


Interactivité :
Assez sobre d'apparence, la partie suppléments va pourtant se révéler des plus intéressantes. On écarte les deux très courtes « scènes coupées » qui sont surtout des versions rallongées pas forcément indispensables, pour se concentrer sur les deux autres segments qui se répondent et se complètent : le making of et le commentaire audio du réalisateur. Chacun à leur manière, ils abordent sans détour les questions techniques les plus pertinentes (lumières, objectifs choisi, filtres, construction des cadres...), l'écriture de dialogues inspirés de vrais témoignages de marins de l'époque, les exigences portés sur des acteurs en quêtes d'expériences de ce types, les difficultés de tournages et bien entendu la portée artistique de l'ensemble. Passionnant dans les deux cas, mêlant naturellement l'aventure humaine et esthétique.

Liste des bonus : Commentaire audio de Robert Eggers, Scènes coupées (2'), Une histoire sombre et houleuse (37').

 
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