THE NIGHTINGALE
Australie, Etats-Unis - 2018
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Genre : Thriller
Réalisateur : Jennifer Kent
Musique : Jed Kurzel
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 136 minutes
Distributeur : Condor Films
Date de sortie : 15 avril 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « The Nightingale »
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LE PITCH
1825, dans l’Australie sous domination anglaise. Après avoir purgé sa peine, Clare, une jeune bagnarde irlandaise, va bientôt pouvoir vivre librement auprès de son mari et de son bébé. Mais son officier de tutelle n’en a pas fini avec elle: rossée et laissée pour morte, Clare assiste impuissante au massacre de sa famille par des soldats britanniques. A son réveil, au bord de la folie, elle se lance à leur poursuite au travers des terres vierges de Tasmanie. Dans cette région sauva...
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Les diables de Tazmanie

Après son passage remarqué dans divers festival et au vu de la renommée du précédent film de Jennifer Kent, Mister Badabook, on pensait pouvoir le découvrir en salles. Las, le temps passant et le COVID s'installant c'est finalement uniquement en VOD et Bluray que The Nightingale fait entendre son terrible chant en France.

Comme Mister Badabook était presque moins un film d'horreur qu'un drame intimiste sur une femme brisée, The Nightingale ne s'intègre dans les fameux codes du rape & revenge que pour mieux s'en extraire. Il n'est pas forcément question ici de se mesurer au-dessus du genre abordé, mais plutôt d'en repousser les limites et en étendre la force et le propos. Sans doute parce qu'il est signé par une femme, le film déroge ainsi aux attraits les plus douteux, putassier parfois, d'un type de films célébrant la vengeance meurtrière en retour d'un acte monstrueux, mais non sans bien souvent en sexualiser, en érotiser, le moindre acte. Jennifer Kent n'érotise pas, elle prend naturellement le point de vue de Clare, soulignant amèrement durant tout la première partie, l'oppression qu'elle subit à chaque instant, femme « possédée » par un général anglais, esclavagisée par sa place dans la société, humiliée par le regard des troufions perdus dans une colonie au bout du monde. Étouffant, jusqu'à l'irréparable, séquence tout simplement insoutenable où la violence quotidienne explose dans un double meurtre choquant et un viol collectif sordide.

 

Langues natales


Sans pitié, avec un cadre 4/3 construit comme une prison pour le regard, Jennifer Kent confronte le spectateur à la fatalité d'un monde pas si lointain, mais souvent oublié, celui de la Tazmanie coloniale et de l'impérialisme anglais. Pas étonnant dès lors que la trajectoire vengeresse de Clare croise alors celui de Billy, jeune aborigène persécuté comme tous les siens et qu'elle considère de prime abord comme un simple sauvage. A la manière du magnifique Hostiles de Scott Cooper, le chemin commun va permettre au carcan sociétaux de s'estomper pour que les deux êtres se rapprochent, se comprennent et découvrent qu'ils ne sont finalement que les victimes d'un même mal : le mâle blanc, l'impérialiste, le pouvoir. Celui qui détruit les magnifiques paysages sauvages pour imposer sa propre civilisation au goût de cendres, celui qui considère les autres par leur place imposée dans une hiérarchie absurde. Le film de donne pas de leçon, il dresse le tableau d'une réalité historique, aussi brutale soit-elle. Une traque âpre, éreintante, désespérée au décor apocalyptique, témoin des dernières heures des ethnies aborigènes chassées, cible d'un génocide barbare, aux contours de cauchemar éveillé, de voyage sans retour. On y retrouve des sensations esthétiques et politiques de The Revenant, mais aussi un même élan terminal vers une universalité salvatrice et un lyrisme qui affleure graduellement. Questionnant tout autant l'identité de l'héroïne, que sa faculté justement à transmettre la mort autour d'elle, le film trouve enfin le calme dans une dernière séquence, évanescente et apaisée. Un regard porté vers une aube rougeoyante, où chacun se réapproprie corps, terres et identités dans un ultime chant. En langue aborigène pour Billy. En gaélique pour Clare.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Présenté dans son format d'origine anachronique 1.37, The Nightingale de dote un master numérique HD tout à fait adéquate. Reposant sur une source captée en 2K, la copie retranscrit à la perfection les environnements désaturés, installe de belles profondeurs soulignées par la mise en scène de Jennifer Kent et accompagne aussi chaleureusement que possible la photographie de Radek Ladczuk. Le piqué général est plutôt acéré devant composer avec une patine numérique pas toujours idéale, en particulier lors des scènes nocturnes où apparaissent quelques effets de banding disgracieux. Si seulement The Nightingale avait été filmé sur pellicule...

 


Son :

Si l'éditeur a eu la bonne idée de proposer pour les malchanceux sans installation sonore un DTS HD Master Audio 2.0 bien présent et équilibré, le versant 5.1 est tellement ample, dynamique et percutant, qu'il parait forcement un peu obsolète. Une vraie gageure atmosphérique qui accompagne le moindre changement climatique, donne de belles sensations d'espace et joue cruellement avec les nerfs du spectateur dans les instants les plus violents.

 


Interactivité :
Découpé en deux segments distincts, le making of réunit tous les participants importants du film dans une série d'interviews croisées et d'images de tournages qui forcément n'échappent pas aux louanges d'usages, mais réussissent à aborder très honnêtement tout les points importants du film. L'écriture, les thèmes, le voyage des personnages, la réalité historique, mais aussi l'importance d'une reconstituions pointilleuse et précise autant que de véritables décors naturels et sauvages.

Liste des bonus : L'histoire et les personnages (28'), Dans les coulisses du tournage (18').

 
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