LOVE + ANARCHISM
Eros + massacre エロス+虐殺, Heroic Purgatory 煉獄エロイカ, Coup d’Etat 戒厳令 - Japon - 1969, 1970, 1973
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Genre : Drame
Réalisateur : Kijū Yoshida
Musique : Toshi Ichiyanagi
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais PCM Mono
Sous-titre : Anglais
Durée : 607 minutes
Distributeur : Arrow Video
Date de sortie : 9 novembre 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Love + Anarchism »
portoflio
LE PITCH
Sakae Osugi, anarchiste et militant japonais, assassiné par la police militaire durant les troubles qui ont suivi le grand tremblement de terre du Kantô de 1923. Le film expose ses relations avec trois femmes différentes : sa femme Yasuko Hori, la militante féministe Itsuko Masaoka, et sa dernière amante Noe Itō, auteur anarchiste et féministe assassinée en même temps que lui. La narration suit deux étudiants, Eiko Sokuta et son ami Wada, qui découvrent en 1969 les idées politiques e...
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Japanese New Wave

Parlons du cinéma de Kiju Yoshida, un nom pas forcément très connu dans nos contrés, la faute à une approche excessivement élitiste, que seul les plus avertis cinéphiles peuvent en apprécier la complexité. Contemporain du cinéma de Wakamasu et son porno engagé, d'Oshima, et autres Imamura, cinémas intellectuels, esthétisants et politisés. Celui de Godard en France pour comparer, bien qu'ils soient tous les trois, bien timides aux regards de la trilogie que l'éditeur Arrow a eu le culot d'éditer.

Trois films mettant en lumière, trois mouvements idéologiques biens présents dans l'archipel dans l'éclosion du cinéma nouveau de la Nouvelle Vague. Eros + Massacre de 1969, parle d'Anarchisme, Heroic Purgatory (1970) de Communisme, et Coup d'Etat (1973) de Nationalisme, autant d'écoles que de métrages dits : « de curiosité ». Si nous ne devions n'en garder qu'un, ce serait Eros + Massacre qui est le plus curieux de tous, et dont émane une certaine beauté.

 

Free love

Eros + massacre tiré de l'histoire vraie de l'anarchiste Osugi, assassiné par un militaire profitant du chaos généré par le terrible séisme qui a ravagé la région du Kanto en 1923.
Le film ne se traduit pas comme un banal biopic, comme on a l'habitude de les voir : c'est au travers du regard de deux étudiants documentaristes qu'il est abordé.
Ces deux étudiants sont la rencontre entre un homme et une femme que tout oppose, et qui pourtant vont entrer dans une symbiose à l'esthétique pinku-eiga fragile et torturée.
Eiko Sokuta recherche quelque part sa mère au travers son enquête, cette quête d'identité : celle d'une femme dans une société patriarcale à outrance est un questionnement excessivement abordé dans la Nouvelle Vague japonaise. Son acolyte, à contrario est un nihiliste qui ne sait passer à l'acte, un anarchiste inaccomplis faisant écho à l'image d'Osugi. De là le film se transforme constamment, déjà par deux jeux d'acteurs et esthétiques aux antipodes. Celle de la période Taisho, où la vie d'Osugi est filmée en costumes d'époque, et le jeu d'acteurs très légèrement surjoué, le maquillage très marqué, une indolence dans les prises de vues, et la mise en scène est opérée. Puis à mesure que l'on s'enfonce dans l'enquête, les deux esthétiques : moderne et passée s'entremêlent de manière insidieuse, nous laissant toujours dans le questionnement constant.
Les personnages en costumes, sont parfois posés dans des décors modernes, comme l'une des maitresses d'Osugi s'enregistre à l'aéroport et prend place comme n'importe qui dans un avion rempli de personnes habillées de façon contemporaine. Ces incursions, sont-elles des flashbacks, ou des rêveries ? Des souvenirs, ou des faits ? Cette hybridation n'a jamais eu lieu nulle part ailleurs à notre connaissance, et en cela c'est une vraie curiosité. De même les préceptes d'Osugi sur « l'amour libre » sont les prémices de la révolution sexuelle de la fin des sixties, et bien entendu seventies.
Que ce soit ses relation avec son épouse ou ses deux maitresses dans les années vingt, fait écho à la relation qui éclot entre les deux étudiants en pleine libération sexuelle.
Le tout est livré dans des décors naturels, en lumière naturelle, car Yoshida était parmi les plus indépendants de son époque, il œuvrait en autonome, en marge totale des grands studios, après avoir fondé le sien avec son épouse et actrice fétiche Mariko Okada.

Le film est présent dans ses deux montages : celui d'époque qui compte 164 minutes car coupé par Yoshida suite à un procès avec l'une des concubines d'Osugi encore en vie lors de la sortie du film. Puis la version director's cut, qui elle comptabilise 215 minutes de cinéma étrange et fascinant. Fascinants dans la composition des plans et des scènes : Yoshida n'hésite à aucun moment sur la place du silence dans l'espace scénique. Ces moments élégiaques, sont d'une beauté à couper le souffle. Là où l'on peut apprécier la maestria d'Ozu ou Naruse sur des beaux noirs et blancs immaculés, Yoshida œuvre à un tout autre niveau bien au-delà de ses ainés. Ses personnages sont plantés dans un espace, ouvert ou complétement fermé pour symboliser leurs humeurs et inquiétudes du moment, qu'aussi bien leurs places dans la société. Notamment celle de la femme et sa nudité, ce n'est pas grivois, elles sont magnifiées par la photographie hallucinante apportée. De même le cinéaste utilise aussi les stop-motion, où il prélève juste des photogrammes instantanés pour symboliser un mouvement figé par l'objectif. Ceci est une réflexion sur l'objet cinéma qu'il utilise aussi pour rappeler dans quel médium nous sommes impliqué, cela rappel la place du photogramme dans l'objet film, et replace la problématique de la temporalité dans la narration. Les décors quant à eux, sont illustrés dans leurs simples appareils : des moments brumeux, pluvieux ou ensoleillés avec les personnages figés, placés comme des pions sur un échiquier. Cette hybridation entre la photographie statique et l'image animée est un autre questionnement qui enrichis la complexité de l'œuvre unique que nous avons l'honneur d'admirer.

L'internationale sera le genre humain... ou un poème d'amour

Heroic Purgatory second film de cette trilogie politique de Yoshida, est aussi une approche hautement élitiste. Il s'attarde de manière très complexe sur le mouvement Communiste et ses répercussions dans la société japonaise. D'abord sur l'impact de la Guerre de Corée qui a séparé le Monde en deux blocs, puis sur les protestations estudiantines contre la Guerre du Vietnam. Lors de ces conflits, le Japon encore sous occupation Américaine servait de base d'opérations pour les troupes, ce qui a entrainé le pays dans un combat qui n'était pas le sien d'abord, puis l'a contraint à tenir une position occidentalisée dans l'échiquier de l'Asie toute entière.
Yoshida, toujours dans la réflexion constante aborde ses sujets au travers d'un habile mélange de situations présentes, passées et futures, au travers de flashbacks, et flash forwards imbriqués les uns dans les autres. Les protagonistes y tiennent des rôles, matérialisés par le port de perruques et autres reconstitutions rejouées devant la caméra. Cela fait écho au cinéma d'Oshima dans un premier temps, du moins pour ses films les plus contestataires et politisés, puis quelque part on y trouve aussi l'empreinte d'Antonioni et d'Alain Resnais autres esthètes de la Nouvelle Vague. Il reste une chose qui de prime abord est quasi invisible, c'est le poème en toile de fond. Ce poème est dédié à Mariko Okada, l'épouse de Yoshida dans la vie. Car sur ce film en particulier, elle n'est jamais filmée de façon aussi rayonnante, célébrant sa beauté parfaite.
Derrière l'aspect cruel et cryptique du métrage se cache alors, cette volonté de crier l'amour pour une femme, vecteur d'avenir radieux et d'amour partagé.

Nationalisme et coup d'état

En 1936 le Japon a subi sa première tentative de coup d'état, fomenté par Ikki Kita philosophe ultra nationaliste pro militariste et anticapitaliste. Sa pensée sera reprise par une faction ultra nationaliste de l'Armée Impériale Japonaise, entrainant l'assassinat d'hommes politiques et l'investissement d'un quartier de Tokyo. L'évènement a suffisamment fait trembler l'institution Impériale, pour instaurer la Loi Martiale. De nombreux insurgés sommés de se faire seppuku, d'autres emprisonnés, un immense procès condamna à mort les survivants, ainsi que le philosophe Ikki Kita qui fut exécuté dans le plus grand secret. Ce film est plus direct, moins sujet aux interprétations que les précédents. Là où Eros + Massacre s'appuyait sur des faits réels pour accoucher d'un film où l'onirisme avait une place importante. Bien différent de l'histoire totalement romancée d'Heroic Purgatory, le film Coup d'Etat est un brulot parfaitement lisible rejoignant les écrits du livre Le Patriotisme de Yukio Mishima. Mishima qui se suicide en pleine production de la trilogie étudiée, ce film s'en fait un écho de l'actualité, aux côtés du dernier film où Hideo Gosha a employé l'écrivain.

Comme pour clore cette trilogie qui est un tout, une réflexion sous trois angles d'approches, complémentaires et opposées dans les idéologies évoquées. L'œuvre majeure de Kijū Yoshida, est d'une réelle complexité, celle d'une vision entière d'un intellectuel et esthète plus qu'affirmé.

 

Guillaume Pauchant


















 

 

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Image :
Probablement le plus beau noir et blanc du cinéma japonais, des blancs intenses, des noirs profonds, des nuances de gris quasi inégalées, un piqué à tomber dans les décors en extérieurs, et sur les inserts sur les visages, et les yeux des actrices sublimes. Un scan des bobines originales dont hélas, 9 minutes ont été perdues à jamais.

 


Son :
Son monaural sans fioritures, les mélodies sont bien mixées avec les dialogues, c'est propre et efficace. Nous notons que comme pour l'image le film Eros+ massacre bénéficie d'un meilleur traitement que les deux autres.


 


Interactivité :
Cocorico ! Nous apprécions la démarche d'être allé chercher chez les français pour les quelques interviews présentes dans le documentaire : Yoshida ...or: The Explosion of the Story. Yoshida étant encore vivant, bien que retiré du milieu depuis longtemps, il est précieux de l'avoir consulté, ses interventions en introduction sont un trésor, bien qu'un peu court avec leurs formats de 8 minutes en moyenne. Les introductions de David Desser sont taillées dans le même bois : format court (10 minutes maximum), concises et riches d'enseignements. Toute la complexité des films est fort bien amenée dans les commentaires, quel que soit la copie.

Liste des bonus: Yoshida ...or: The Explosion of the Story - un documentaire de 30-minutes en français à propos du film: Eros + Massacre avec Yoshida et les critiques Mathieu Capel et Jean Douchet, Introductions to Heroic Purgatory and Coup d'état by Yoshida, Discussions on Eros + Massacre, Heroic Purgatory and Coup d'état par David Desser, auteur de Eros Plus Massacre: An Introduction to the Japanese New Wave, Commentaires audio de David Desser pour les 3 films., Trailers, Jaquette reversible par Maarko Phntm

 

 

 

 

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