LE PRéSIDENT ET MISS WADE
The American President - Etats-Unis - 1995
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Réalisateur : Rob Reiner
Musique : Marc Shaiman
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 113 minutes
Distributeur : L’Atelier d’Images
Date de sortie : 5 janvier 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Démocrate, libérale, populaire auprès des électeurs et veuf, le président des Etats-Unis Andrew Sheperd est d'ores et déjà assuré de sa réelection et tente de faire passer au congrès un projet de loi délicat sur la criminalité. C'est alors qu'il fait la rencontre et tombe amoureux de Sidney Wade, avocate d'une association écologiste …
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Trois ans après le succès de l'adaptation au cinéma de la pièce de théâtre A Few Good Men, thriller judiciaire et militaire où un Jack Nicholson gonflé à bloc tentait de bouffer du Tom Cruise à coups de répliques cultes (« YOU CAN'T HANDLE THE TRUTH ! »), Rob Reiner et Aaron Sorkin remettent le couvert pour une comédie romantique qui n'en est pas vraiment une, évocation sincère de l'idéalisme cher à Frank Capra et prémices de la série culte The West Wing.

Avec l'échec sans appel de L'irrésistible North au box office américain au mois de juillet 1994, Rob Reiner sent pour la première fois le vent tourner. Fils du comédien et cinéaste Carl Reiner et figure populaire de la sitcom 70's All In The Family (ne l'appelez plus Meathead!), Reiner junior entame en 1984 une nouvelle carrière derrière la caméra et enchaîne les films cultes. La Rolls du mockumentary Spinal Tap, le conte méta Princess Bride, la comédie romantique définitive Quand Harry rencontre Sally, deux adaptations à haut risque de Stephen King, Stand by Me et Misery (Oscar à la clé pour Kathy Bates), et le courtroom drama cinq étoiles Des hommes d'honneur. Excusez du peu. Quant à la comédie Garçon choc pour nana chic qu'il signe en 1985, son succès en salle suffit à excuser la modestie de cette péloche pour ados, aujourd'hui totalement oubliée. Il aura donc suffi de coller un Bruce Willis au creux de la vague dans un costume de lapin rose géant (!) et d'en faire l'ange-gardien d'Elijah Wood pour que la critique, souvent plus inspiré par l'échec que par la réussite, puisse enfin tailler un costard à Rob Reiner. S'il ne mérite pas forcément l'étiquette de « pire film de tous les temps » qu'une poignée de plumes courroucées tentèrent de lui épingler à l'époque, L'irrésistible North incite Reiner à se replier vers des valeurs sûres.
D'où Le Président et Miss Wade, à nouveau confié au talentueux scénariste et dramaturge Aaron Sorkin et où se mêlent des éléments de fable politique et de comédie romantique, le tout servi par un casting en or massif et alors que l'aura d'un certain Bill Clinton, 42ème locataire de la Maison Blanche, n'a pas encore été durablement ternie par l'affaire Monica Lewinsky et son cigare mal placé.

 

La force tranquille


À son arrivée à la Maison Blanche pour sa première réunion de travail, la fougueuse Sidney Wade cite le nom de Frank Capra à un agent de sécurité, lequel, ravi, énumère quelques classiques du réalisateur de La Vie est belle, dont le très politique Monsieur Smith au Sénat. L'échange, à priori anodin, résonne pourtant comme une note d'intention pour le réalisateur et son scénariste. Usant du scope pour mieux souligner la grandeur des enjeux qui animent l'épicentre de la vie politique d'une nation et l'effervescence de ces antichambres du pouvoir, Reiner exige également de John Seale, son directeur de la photographie, de ne pas lésiner sur la couleur et de composer des cadres classiques et chaleureux. Solide et précise (« à l'ancienne », diront les nostalgiques du bon vieux temps), la mise en scène de Rob Reiner calque son rythme sur celui des comédies de Capra ou même d'Howard Hawks, le débit soutenu des dialogues de Sorkin forçant la comparaison avec le style du réalisateur de L'impossible Monsieur Bébé. Plus gonflé qu'il n'y paraît, le choix de confier le rôle de ce président démocrate et réformateur à Michael Douglas - Gordon Gekko himself, nom d'une stock option ! - se révèle sacrément payant, le fils de Kirk étant en fin de compte on ne peut plus à l'aise dans les pompes d'un James Stewart 90's. Face à la star, Martin Sheen, Michael J. Fox (plus très loin du Mike Flaherty de Spin City) et Richard Dreyfuss font feu de tout bois. Plus discutable est l'interprétation inégale d'Annette Bening, loin d'être crédible en avocate supposément redoutable.
De son côté, Aaron Sorkin s'amuse à concilier romance et politique, le premier aspect servant essentiellement à apporter de l'eau au moulin du second. Sans être traitée par dessus la jambe, l'histoire d'amour entre le président Andrew Sheperd (littéralement « le berger », la métaphore est limpide) et Sidney Wade ne cherche pas non plus à révolutionner les codes du romantisme sur grand écran, même si la réflexion sur la réalité des prouesses sexuelles de l'homme le plus puissant du monde donne lieu à un échange savoureux. En réalité, Sorkin en profite surtout pour épingler le pourrissement du débat politique avec un adversaire républicain attaquant le président sur sa vie privée et son cursus pour mieux noyer le débat de fond et l'action publique. Enfin, on retrouve le goût du scénariste pour l'envers du décor, les débats virtuoses et un idéalisme franc du collier et opposé à un cynisme grandissant.

Sans atteindre les cimes de Des hommes d'honneur, Le Président et Miss Wade constitue une belle entame pour la seconde partie de carrière de Rob Reiner, lequel prendra encore quelques risques avec Les Fantômes du passé, beau drame judiciaire sur le racisme institutionnel du Sud, avant de se replier définitivement vers des péloches plus convenues et anonymes.

Alan Wilson










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Image :
Déjà disponible en haute-définition outre-Atlantique depuis près de dix ans, Le Président et Miss Wade débarque dans nos belles contrées avec le même master vieillissant et imparfait que la Warner et Universal proposent depuis la sortie du film en 1995. Les couleurs sont belles, la définition correcte et les contrastes robustes. Mais il y a aussi du fourmillement (particulièrement marqué sur les arrières plans composites du bureau ovale) et des points blancs. Une mise à jour plus conforme aux nouveaux standards vidéos n'eut donc pas été de refus mais on en voudra guère à Rimini de faire au mieux avec le matériel fourni.

 


Son :
Le doublage de la version française est on ne peut plus soigné mais, Sorkin oblige, il reste préférable de se tourner vers la version originale, laquelle est disponible en stéréo et en 5.1. L'ouverture multicanale offre davantage de clarté que de puissance et profite davantage au score de Marc Shaiman qu'aux ambiances.

 


Interactivité :

Pas de doutes, le fond est là, avec deux modules consacrés à Aaron Sorkin et Rob Reiner et suffisamment éclairant sur les intentions et la personnalité des deux auteurs. Mais la forme est on ne peut plus discutable et pose une fois de plus le problème des interactivités fabriquées avec des bouts de ficelle. Et ce n'est pas forcément la faute des éditeurs, forcés de composer avec des budgets serrés et la volonté de ne pas offrir de galettes sans contenus. Auteur d'un ouvrage consacré au créateur de The West Wing, Mathieu Demaure semble en effet très mal à l'aise devant une caméra, bafouillant sans cesse et peinant à éveiller le moindre intérêt pour des propos pourtant richement argumentés. L'exercice n'est clairement pas fait pour tout le monde (et l'auteur de ces lignes avoue volontiers qu'il serait bien incapable d'y arriver lui-même) et un livret aurait sans doute était plus adapté. Quant à l'interview de Rob Reiner, il s'agit d'un montage extrait d'une émission spéciale accompagnant la promo de Rumor Has It (avec Kevin Costner et Jennifer Anniston) et les anecdotes ont une fâcheuse tendance à partir dans tous les sens sans aborder réellement le film qui nous intéresse ici.

Liste des bonus : Entretien avec Mathieu Demaure, Entretien avec Rob Reiner, Bande-annonce

 
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