LE LIT CONJUGAL
L’ape Regina - Italie, France - 1963
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Réalisateur : Marco Ferreri
Musique : Teo Usuelli
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 94 minutes
Distributeur : Tamasa
Date de sortie : 28 janvier 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Alfonso, la quarantaine, épouse Regina, une jeune femme catholique et vierge afin de l’initier au devoir conjugal selon ses désirs. Mais Regina va vite s’avérer insatiable jusqu’à ce qu’elle soit fécondée, tout comme la reine des abeilles.
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La semence de l'homme

Objet d'une rétrospective à la Cinémathèque française, l'œuvre de Marco Ferreri est également mise à l'honneur chez Tamasa, avec la sortie de plusieurs de ses films . Comme ici Le Lit conjugal, où l'originalité provocante de Marco Ferreri s'étalait au grand jour.

Après avoir tourné trois films en Espagne avec Rafael Azcona au scénario (L'appartement, Los chicos et La Petite Voiture), Marco Ferreri retourne en Italie et signe son premier long-métrage italien, L'Ape Regina ("La Reine des abeilles") en 1963. Avec cette comédie aussi grotesque que terrifiante sur « l'enfer » du mariage et le devoir de procréation, Ferreri rencontre de nouveau les foudres de la censure, tout comme ses premières réalisations espagnoles. Le scénario fut saisi pour obscénité et un procès eut lieu, imposant des coupes, modifiant le titre... Tout en faisant de la publicité au projet ! Comme nombre de ses collègues transalpins, Ferreri s'adonne en effet avec joie à une charge anti-cléricale présentant Regina comme une jeune femme vierge pas si pure que cela (voir son regard complice avec une nonne) et fait du curé à la fois un entremetteur et un conseiller conjugal n'hésitant pas à prescrire des piqûres d'hormone au pauvre Alfonso pour qu'il puisse effectuer sa mission : rendre enceinte Regina !
Thème central de l'œuvre du cinéaste, les questions de la procréation et de la fin de l'homme se retrouveront par exemple dans La Semence de l'homme ou Le Futur est femme. Et qui de mieux pour interpréter ce mâle triste s'épuisant à accomplir son rôle de reproducteur qu'Ugo Tognazzi. Sa prestation, auréolée du prix du Ruban d'argent en 1964, nous fera passer du rire aux larmes et marque la première d'une fructueuse collaboration avec Ferreri (La grande bouffe, Touche pas à la femme blanche...). Sa déambulation dans le cimetière, accompagnée des trompettes de Nini Rosso, et sa triste fin, reclus dans la plus petite chambre de l'appartement pour laisser place au futur enfant, sont de magnifiques séquences proches de la comédie néo-réaliste.

 

le futur est femme


Dans le rôle de Regina, on retrouve la française Marina Vlady dans un rôle aussi sensuel qu'ambigu. Elle recevra d'ailleurs un prix d'interprétation bien mérité à Cannes. Sa transformation de jeune vierge effarouchée et angélique en une véritable reine des abeilles, prenant soin d'« éliminer » son faux-bourdon, est remarquable et fait froid dans le dos. D'abord réticente à l'acte sexuel avant mariage, cette mante religieuse, bientôt veuve noire, épuisera ensuite littéralement son mari que ce soit au bureau sur un canapé ou bien, et pour leur première fois, dans un ancien couvent avec un squelette tenant une faux à leurs côtés ! Et c'est ce côté érotico-macabre qui fait tout le sel et l'originalité du film. Dans la famille bigote de Regina, qui possède un appartement avec vue sur le Vatican (!?), seules les femmes vivent encore, les maris étant tous morts leur don de soi accompli ! Un véritable matriarcat faisant évidemment référence au titre original bien plus explicite que le titre français. Un regard misogyne certes, mais qui met surtout en lumière le poids des institutions et de l'éducation des femmes.

En conclusion, dès son premier flm italien, Ferreri impose sa patte et ses obsessions et assoit sa notoriété. Sorti à une époque où la vitalité du cinéma italien était incroyable (Le Guépard, Les Monstres, Huit et demi par exemple sortent cette même année 1963), L'ape Regina est une incontestable réussite, comédie douce-amère servie par un couple d'acteurs magnifiques et un scénario férocement machiavélique.

Samuel Bouvet








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Image :
Une restauration exemplaire avec un nouveau scan 4K. Les photogrames sont d'une très belle propreté, stables et le noir et blanc est joliment conservé. Les cadres sont clairs, l'image un peu trop sombre par moments est bien définie.

 


Son :

Un peu feutré sur quelques scènes, le son s'avère bien aéré, calir et net. La musique de Teo Usuelli accompagne joliment le film. La VO est très agréable, tout comme la VF, moins naturelle mais de qualité.

 


Interactivité :
Tamasa nous livre deux interviews intéressantes. La comédienne Marina Vlady, nous confie ses souvenirs de tournage et sa fierté d'avoir obtenu ce « rôle en or ». Elle juge le film très bon, rappelant la qualité du scénario « au scalpel » d'Azcona, et la réalisation « classique et très technique de Ferreri ; Il savait exactement ce qu'il faisait, il n'y avait pas d'improvisation. ».
Enfin, Gabriela Trujillo, auteure d'un essai passionnant sur le réalisateur « Marco Ferreri. Le cinéma ne sert à rien. », rappelle le poids de la censure qui modifia le titre (ajoutant "Una storia moderna"), coupa des scènes notamment quand le curé fait l'entremetteur ou lors de l'enterrement de la mère d'Alfonso. Elle souligne également l'importance de la figure de Sainte Lia, à qui Dieu octroya des poils pour ne pas être violée (!?), qu'on retrouve dans le film suivant de Ferreri, Le Mari de la femme à barbe.

Liste des bonus : Vu par Gabriela Trujillo (22'), Marina Vlady (21'), Bande-annonce (6')

 
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