DILLINGER EST MORT
Dillinger è morto - Italie - 1969
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Image de « Dillinger est mort »
Genre : Drame
Réalisateur : Marco Ferreri
Musique : Teo Usuelli
Image : 1.66 16/9
Son : Italien et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 95 minutes
Distributeur : Tamasa
Date de sortie : 28 janvier 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Dillinger est mort »
portoflio
LE PITCH
Glauco, un homme marié, dessinateur de masques à gaz, rentre un soir chez lui, dîne pendant que sa femme dort, s’amuse comme il peut et trouve un revolver qu’il entreprend de peindre...
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Un Homme face au vide

Autant adoré que détesté, Dillinger est mort est l'un des films les plus radicaux et absurdes de Marco Ferreri. Porté par un Michel Piccoli en état de grâce, Tamasa nous permet de redécouvrir cet objet filmographique non identifié dans des conditions optimales.

A la fin des années 1960, le monde change, porté par un élan révolutionnaire et une critique du mode de vie « occidental »... et Marco Ferreri aussi ! Il abandonne ainsi le caractère néo-réaliste de ses premières œuvres et appuie un peu plus les côtés absurdes et provocateurs qui ont toujours parsemé ses réalisations. Son fidèle scénariste Rafael Azcona, rencontré au début de la carrière de Ferreri en Espagne, ne collabore plus avec lui et le cinéaste se rapproche de la gauche contestataire, d'abord le PCI puis le groupe « maoïste » Lotta Continua... Contemporain aux événements des années 1968 (marquées en Italie par des grèves, luttes étudiantes et attentats), Dillinger est mort symbolise bien le changement de ton du cinéaste italien qui s'entoure d'ailleurs du scénariste politisé Sergio Bazzini (qui travaillera avec Godard, Bellochio, Bolognini...). Il marque aussi la première collaboration avec Michel Piccoli, qui deviendra un des ses acteurs fétiches, un ami, un des ses fervents défenseurs ainsi que l'un des producteurs de La grande bouffe. Dans un rôle de dessinateur de masques à gaz en roue libre, qui le temps d'une soirée décide de solder son compte et de prendre un nouveau départ, Michel Piccoli impressionne. Pratiquement seul à l'écran dans un film où il ne se passe pas grand-chose, il devient à la fois notre guide et le témoin de la folie de notre monde où matérialisme et vacuité de l'existence semblent aller de pair. Sa prestation incroyable renvoie d'ailleurs à bien des égards au Themroc de Claude Faraldo sorti en 1973. Ce genre de personnage anarchiste et dingue dont on se demande bien qui aurait pu mieux l'incarner que lui.

 

La foire aux objets


Durant la majeure partie du film, tourné dans l'appartement de Mario Schifano (représentant du Pop art italien), Piccoli se retrouve en confrontation avec de nombreux objets. D'abord, le masque à gaz, symbole ô combien actuel de la peur et de l'aliénation, qui donnera beaucoup d'inspiration au collègue de travail de Piccoli qui nous gratifie d'un long monologue rejoignant la pensée de Marcuse, grand théoricien du mouvement « soixante-huitard ».  Une fois rentré chez lui, auprès de sa compagne qui ne sortira jamais de son lit, femme-objet par excellence incarnée par Anita Pallenberg muse des Rolling Stones et femme de Keith Richards, Piccoli s'adonnera à un inventaire de ses biens, à la manière d'un Gian Maria Volonté dans La Classe ouvrière va au paradis. Ustensiles de cuisine, téléviseur où on évoque la sexualité des jeunes filles ou la légende du cyclisme Fausto Coppi, un rétroprojecteur le renvoyant à des souvenirs qu'il tentera d'attraper mais en vain... Mais c'est bien la découverte d'un revolver, objet iconique par excellence, rangé dans un journal datant de la mort de John Dillinger, qui représente le culte de la mort et de la violence, qui sera l'élément déclencheur d'une nuit folle et tragique, fatalement. Cuisiné (!?), démonté, repeint, l'arme trompe l'ennui de l'homme qui tel un enfant s'amusera à singer les gangsters jusqu'à les imiter définitivement, sans préméditation ni haine. Juste un acte gratuit avant une fin onirique en rouge monochrome, filmée près de Portovenere, où est située la Grotte de Byron, endroit qui inspira l'auteur britannique et qui permet au personnage de Piccoli de trouver une voie de sortie.

Évidemment, un film aussi absurde et radical, où la quasi-absence de dialogue renvoie à l'incommunicabilité entre les êtres ne pouvait plaire à tout le monde. Son passage à Cannes en 1969 entraîna de vifs débats et divisa la critique. « Merveilleux de simple évidence » selon Godard, ennuyeux pour les autres, Dillinger est mort demeure l'un des films les plus radicaux de son auteur et annonce son plus grand succès et scandale à venir, La Grande Bouffe en 1973.

Samuel Bouvet






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Image :
Comme pour les autres films de Ferreri sortis en janvier, Tamasa Diffusion nous présente Dillinger est mort dans une superbe version. Restauré en 4K à partir du négatif original par Movie 7 Media et la Cineteca Nazionale de Rome, le film présente des couleurs chatoyantes ainsi qu'une belle définition. On remarquera quelques cadres rognés par moments, ce qui n'altère en aucun cas la qualité de l'image. A noter que Ferreri passe au format 1.66 sur ce film. Un format resserré qui emprisonne à merveille Piccoli dans son appartement.

 


Son :
Un master audio mono qui fait parfaitement l'affaire. Si les dialogues sont rares, la musique (du folklore italien en passant par de la bossa nova ou des titres des Four Kents) est très présente et bien rendue. Face à un film aussi peu bavard, le choix entre la VF (avec les voix de Girardot et Piccoli) et la VO ne change finalement pas grand-chose !

 


Interactivité :
On retrouve Gabriela Trujillo, auteure de « Marco Ferreri. Le cinéma ne sert à rien » dans un bonus très intéressant. Entre autres, elle nous rappelle le basculement de Ferreri vers un cinéma politisé à la fin des années 1960. En effet, le cinéaste jouera dans Porcherie de Pasolini, aux côtés de Pierre Clémenti, et participera à la production de Vent d'Est de Godard. Un an après, il tournera d'ailleurs La Semence de l'homme avec Anne Wiazemsky, l'épouse de Godard.

Liste des bonus : Vu par Gabriela Trujillo (31')

 
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