CALMOS
France - 1976
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Genre : Comédie
Réalisateur : Bertrand Blier
Musique : Georges Delerue
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Aucun
Durée : 97 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 14 septembre 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Calmos »
portoflio
LE PITCH
Harassé par le spectacle quotidien de l’intimité de ses clientes, le gynécologue Paul Dufour abandonne son travail et sa famille, et part avec un ami à la campagne. Leurs femmes les poursuivent. Les époux s’enfuient et entraînent derrière eux tous les hommes qu’ils trouvent sur leur passage, jusqu’à former un long cortège…
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Reconquête

Enorme échec après l'énorme succès des Valseuses, ultime provocation pour un jeune cinéaste qui n'en restera certainement pas là et étude de mœurs à rebrousse-poil d'une France secouée par les mouvements féministes, Calmos n'est pas forcément le meilleur film de Bertrand Blier, mais le plus furieux et libérateur sans doute.

Né de la simple constatation que quelque semaines passées à baffrer à la montagne, sans pression, sans femmes ni enfants, entre potes censés bosser sur un nouveau scénario, a un petit air de paradis, Calmos se voulait aussi une réponse de sales gosses aux mouvements féministes qui chahutaient alors la bonne société franchouille et menaçait la place bien confortable du bonhomme. Avec son verbe acide et sa misanthropie affectée, Blier n'allait tout de même pas s'encombrer de quelques pincettes pour éviter les jets de pierres, ni même d'une véritable structure dramatique, pour venir conter sa révolution à lui. Celle des hommes, menés par le fabuleux et gourmand duo Jean-Pierre Marielle et Jean Rocheford, l'un gynécologue l'autre commissaire, qui du jour au lendemain, sur un simple ras-le-bol, décident de tout plaquer et d'aller se planquer à la campagne. Un cadre idéal pour retrouver des plaisirs simples (la bouffe, la glande et l'absence totale d'élégance), que ces dames leur auraient trop longtemps refuser. Les blagues machistes fusent, la bonne chair est célébrée avec une poésie à la Audiard tandis que papa Blier s'invite pour jouer les curés phallocrates. Malgré la justesse des dialogues, leur précision tout hexagonale, Calmos pourrait certainement être pris (dans un premier temps) pour une simple pochade, comédie culotée et paillarde, un tant soit peu mieux fignolé que la moyenne. Mais l'un des talents de Blier est de toujours porter sa logique jusqu'au bout, quitte à glisser progressivement et joyeusement dans un improbable de plus en plus prononcé. Ici la virée salvatrice, après un terrible retour au bercail avec une inédite Brigitte Fossey jouant les épouses exigeant avec véhémence les plaisirs obligatoires du devoir conjugale, va devenir le départ d'une massive exode virile, suivi d'une véritable guerre entre les deux sexes dont naitra une nouvelle société matriarcale aussi injuste que la précédente.

 

le front de libération de l'homme


Au-delà de la blague, Blier n'a jamais caché que l'ambition initiale du projet, « kubrickienne » même dans sa reconstitution voulue d'une société dystopique délirante, n'a jamais pu aboutir faute de « talent » et d'argent. Cela montre surtout que sous la fanfaronnade, les grossièretés fleuries et les errances un peu nanar de l'objet s'est toujours caché une véritable vision, outrancière certes, mais scrutant avec le cynisme toujours tendre du cinéaste, une société en pleine perte de repères. Autoproclamé film mysogine, Calmos en est bien entendu l'inverse et son contraire (et vice et versa), se moquant sans retenue des excès de certains mouvements féministes de l'époque plus « extrémistes », mais surtout en inversant les rôles. Ici se sont bien les hommes les esclaves d'une société injuste, obligés de supporter les visions incessantes de vulves étalées, de désirs et de logiques féminines, et surtout devenant de simples objets décoratifs du couple et autres outils sexuels. Lorsqu'une armée de femme en treillis chante à tue-tête « Ce qu'il nous faut, c'est un coup d'bite ! » en menaçant nos deux pauvres héros de viols à la chaine, Blier ne leur fait subir ni plus ni moins que le destin de nombreuses femmes à travers les âges. Pas mieux lorsque des hordes de femmes en furie font la queue dans le plus simple appareil pour grimper sur les membres hypertrophiés de Paul et Albert réduits à des vibromasseurs biologique drogués jusqu'à la moelle, renvoyant sous couvert de futurisme extravagant le spectateur aux images des males attendant leur tour aux portes d'un bordel. Tout d'abord triomphant et fier, Marielle et Rocheford (magiques, il faut le redire), en finiront misérables, bêtas face à leur combat ridicule, réduits à la taille de morpions perdus dans le vagin géant d'une naïade de carte postale.

Bordélique, par instants totalement foirés, Calmos fait toujours autant de bien par là où il passe, proposition rabelaisienne digne de l'esprit Harakiri, dont on se demande constamment ce que donnerait une ressortie sur grand écran aujourd'hui...

Nathanaël Bouton-Drouard








 

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Image :
Encore une magnifique copie HD pour la collection Nos Années 70 avec Calmos. Un scan 4K à la source manifeste, une restauration pointue et minutieuse, un réétalonnage et une réhausse chaleureuse des couleurs, une définition optimale... Absolument rien à redire sur la prestation, plus qu'admirable, qui redonne une vraie élégance à la photographie du métrage et le détache plus encore des simples comédies potaches auxquels il était souvent rattaché.

 


Son :
Petit rafraichissement aussi pour le mono de la bande son qui préserve sa nature frontale et directe mais qui profite désormais de meilleures stabilité et clarté, sans aucune perdition à l'horizon.

 


Interactivité :

La collection bat déjà son plein et s'installe avec une politique éditoriale déjà bien posée. Le programme s'ouvre donc par une nouvelle présentation par le journaliste et directeur de collection Jerome Wybon, suivi de deux documents télévisés d'archives (l'un français, l'autre belge flamand) visitant le tournage et donnant la parole plus ou moins brièvement au réalisateur, Brigitte Fossey et le duo Marielle / Rocheford qui manifestement s'amusent beaucoup. Des images précieuses auxquels s'ajoute une très longue interview de Bertrand Blier, enregistré pour Filmo TV, dans laquelle il revient pendant 1h40 sur la plupart des films de sa filmographie, sa relation avec ses acteurs fétiches, ses modèles d'écriture, ses réussites, ses échecs... Le bonhomme n'est pas toujours un client facile et ses réponses autant que son flegme distant déstabilisent parfois, mais l'exercice reste passionnant pour les fans de l'auteur.

Liste des bonus : Préface de Jérôme Wybon (5'), Interviews de Bertrand Blier, Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort sur le tournage (14'), Reportage sur le tournage (11'), Entretien avec Bertand Blier par Yves Alion (100')

 

 

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